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Crédit photo : DR
Adrien Boisnier
Forgeron d’idées
 

La trentaine intrépide, Adrien Boisnier ne tremble pas devant le défi. « Emisol a fait tout exploser ! » s’exclame le charentais. Peu d’années se sont succédé entre ses débuts en exploitation, puis de mécanicien et sa société éponyme Forge Boisnier comptant une dizaine de personnes qu’il a créé et qu’il dirige depuis maintenant sept ans. « Sorti d’études viti-oeno au lycée de Jonzac, j'ai été employé viticole chez plusieurs exploitants et même chef d'exploitation chez mon dernier employeur, à Chérac. C'est mon rapport conflictuel avec l'autorité qui m'a poussé à prendre les rênes de ma vie professionnelle et à vouloir voler de mes propres ailes. J'ai profité de notre maison de famille située à Celles et de l’opportunité des dépendances qu'elle offrait. Qui plus est, mon grand-père était lui-même exploitant agricole, m'installer sur les lieux de son exploitation était symbolique ! » raconte Adrien Boisnier.

« Je me suis installé mécano à mon compte en 2013 et j’ai rapidement embauché. On fait beaucoup de réparations et de modifications de matériels. En fait, on fait tout ce qu’on nous demande dit-il, le sourire en coin. L’intercep à deux rangs Emisol, c’est moi, un papier et un crayon. Ensuite, j’ai sous-traité le dessin industriel. On a déjà fabriqué 17 modèles. Comme on a amélioré la machine, aujourd’hui, on reprend petit à petit tous ceux qu’on a fabriqués pour les améliorer et pour qu’ils soient au même standard de qualité » décrit Adrien Boisnier.

Mais tout n’est pas rose dans l’histoire de la Forge. Il y a eu des périodes difficiles. « Au tout début de l’intercep Emisol, les viticulteurs n’étaient pas convaincus, ça a été compliqué ». Puis les premiers achats et les démos ont aidé au développement. « Il y a même un client qui en prend un deuxième ! Ça plaît ! raconte, optimiste, Adrien Boisnier. Une autre période difficile a été le Sitevi 2019, tempère-t-il. Il y a eu beaucoup de demandes, difficiles à suivre et à satisfaire. On s'est fait approcher par beaucoup de potentiels distributeurs, c'était difficile de ne pas se faire "embrigader" dans ce monde que l'on ne connait pas. Je veux garder et porter mon projet du mieux possible. Pour l'instant nous travaillons uniquement avec la société Boisumault située à Jarnac. Maintenant, un an après, je me suis assuré que toutes les machines Emisol achetées fonctionnent correctement, je suis serein ». Et Adrien Boisnier peut regarder d’autres horizons. Ce 10 décembre, il rentre du Gard où il vient de mettre en route une machine. « Nous passons la journée à trois personnes. A peine 10 minutes pour la mise en route, le reste pour tester tous les outils du viticulteur : disques, lames, coutres, etc. » Tant et si bien qu’Adrien Boisnier limite la production pour 2021. « 20 machines sont en commande, on n’en fera pas plus, alors même qu’on va embaucher deux ou trois personnes. Il faut que je libère du temps sur la mécanique courante et sur la développement » précise-t-il.

Et justement, Adrien Boisnier ne manque pas d’idées pour assurer l’avenir de sa Forge. « On est en train de sortir des Charentes avec une machine Emisol dans le Gard et une autre près d’Arles, décrit Adrien. On pense bien-sûr à un outil pour vignes plus étroites. Je pense qu’on sortira un prototype d’outil interligne. A voir en fonction des demandes. Mais on réfléchit aussi à un usage sur enjambeur ou porteur de machine à vendanger, en vigne étroite. Il y a une demande en trois rangs, de façon à optimiser l’usage des automoteurs. Sur le modèle Emisol existant, il y a aussi des choses à tester. Le client du Gard voudrait par exemple épamprer ». Adrien Boisnier a du pain sur la planche, ou plutôt de l’alliage de fer à plier et souder !

 


Vincent Gobert