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Crédits : DR

Thibaud Vermillard
Le vin sans les yeux mais avec le cœur
 

Thibaud Vermillard n’est pas du genre à baisser les bras. Ingénieur agronome de formation, en 2014 avec sa femme Jenia, il reprend les 10 hectares de vigne de son grand-père à Lunel-Viel pour les planter avec des cépages historiques du Languedoc (piquepoul noir, terret noir, rivairenc …), le tout conduit en bio. En 2023, il apprend qu’il est atteint d’une maladie génétique qui lui fait progressivement perdre la vue.

Loin de se laisser abattre, il entend faire de son handicap un moteur. « J’ai fait une croix sur le travail à la vigne et me suis recentré sur les tâches plus sensorielles ». La dégustation devient l’axe central de l’élaboration de ses vins : il ne fait plus d’analyse pour décider de la date de vendange et ne s’appuie plus que sur la dégustation des baies. Idem pour la vinification pilotée sans la vue « mais avec une hyper sensorialité de l’odorat et du goût, qui renforce le ressenti intérieur et les intuitions ».

En 2024, il lance le collectif WineMesCoeurs, à la base avec des mal-voyants dans l’objectif de rendre plus visible le handicap dans le monde du vin. « 25 000 personnes sont porteuses de handicap dans le monde agricole et on ne les voit pas, on n’en entend pas parler », déplore-t-il.

Lui veut faire évoluer le regard sur le handicap. Chaque année, le collectif organise une journée de vendanges participatives avec des mal-voyants et des voyants avec les yeux bandés. Il a également créé une cuvée dont l’assemblage est réalisé par les mal-voyants du collectif. Enfin, il anime régulièrement des ateliers dégustation en verres noirs pour sensibiliser le grand public au handicap visuel. Prochain projet : la réalisation en 2026 d’un film documentaire sur les structures agricoles gérées par des mal ou non-voyants ou qui emploient des salariés avec un handicap visuel.


Michèle Tastavy