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Patrice Florentin
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Arrivé par hasard, resté par passion. Bien que natif de Carpentras, l’actuel directeur général du groupe CAPL (Coopérative Agricole Provence Languedoc) Patrice Florentin ne s’imaginait pas à la tête du groupe coopératif provençal lorsque, à l’orée des années 2000, son objectif était de devenir expert-comptable. « Je suis rentré en CDD il y a 25 ans, pour établir des contrats de travail », retrace-t-il en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, « et j’ai trouvé une entreprise et des valeurs qui me correspondaient, donc j’y suis resté quand on me l’a proposé ». La promotion interne des compétences fait justement partie des spécificités de l’entreprise, et Patrice Florentin devient successivement responsable des ressources humaines, puis administratif et financier, directeur administratif et financier, puis directeur général adjoint. « Le conseil d’administration me propose la direction générale en 2021, poste que j’occupe donc depuis le premier juillet 2021 », résume-t-il.

Alors que le groupe compte 3 caves coopératives rhodaniennes adhérentes (Le Gravillas à Sablet (84), Gigondas la Cave et le Cellier de Laure à Noves (13)), Patrice Florentin et ses équipes cherchent « à trouver des solutions pour la filière vin, autres que l’arrachage, et sans que cela nécessite de lourds investissements, donc avec les outils dont nous disposons », trace-t-il. Grâce à ses filiales, le groupe lance donc « l’expérimentation de concentration de raisins dans notre usine de concentration de tomates », pour ensuite l’intégrer dans des recettes de sauces élaborées dans l’usine de la Cuisine Provençale, une autre filiale de la CAPL. « C’est ainsi que nous sommes arrivés à l’intégrer dans ce ketchup, produit emblématique par excellence, que tout le monde connaît et qui frappe les esprits », valide le DG du groupe CAPL. De 25 tonnes de raisins du millésime 2024 pour le lancement, la production de ce ketchup a permis l’utilisation de 250 tonnes du millésime 2025. Les raisins bruts destinés à ce débouché sont payés à hauteur de 100 €/hl de vin (1 tonne de raisins équivalant à 8 hl de vin, pour ensuite donner 120 kilos de concentré de raisins), « alors que la même valorisation des raisins bruts va de 35 à 60 €/hl en IGP ou 75 à 85 €/hl en côtes du Rhône », détaille le directeur du groupe CAPL. Il souligne en outre que sans les contraintes de rendement AOP ou IGP, « on parvient même à un chiffre d’affaires multiplié par 6 à l’hectare par rapport à l’IGP et par 3 par rapport à l’AOP ».

L’objectif 2026 serait donc de doubler encore cette utilisation de raisins pour parvenir à 500 tonnes. « C’est atteignable dans la mesure où nous avons enfin validé la recette qui nous permet de basculer en Nutriscore A, alors que les ketchup de la concurrence industrielle sont D. Les 250 tonnes que nous avons valorisées en ketchup équivalent à 2 000 hl de vins produits sur les 18 000 hl de la cave du Gravillas, donc plus de 10 %. En extrapolant à l’échelle de la production française, si on retire 10 % de production très bien valorisée, on règle quelques problèmes de la crise actuelle et on parle moins d’arrachage… », plaide Patrice Florentin. Lors du prochain salon de l’agriculture, le groupe CAPL lancera officiellement 3 références supplémentaires de ketchups conventionnels en Nutriscore A, ainsi qu’une gamme de 4 références en bio. « En ayant décuplé l’utilisation de raisins en deux millésimes, nous avons diminué les coûts de production de 40 %, donc maintenir la croissance nous permettra par effet d’échelle de devenir concurrentiels avec les prix de vente des ketchup industriels, mais avec ces valeurs ajoutées très importantes de Nutriscore A, d’ingrédients locaux et de valorisation pour les producteurs », enchaîne Patrice Florentin.

Le DG de la CAPL voit même déjà plus loin, puisque son équipe de R&D parvient à présent à valoriser pour l’industrie cosmétique les co-produits issus de la concentration des raisins, avec là aussi une gamme de produits qui sera présentée lors du salon de l’agriculture. « N’étant ni sulfités ni fermentés, ces co-produits contiennent deux fois plus d’ingrédients à vocation cosmétique que ceux issus des processus de distillation », félicite Patrice Florentin, « avec là encore une valorisation fois 30 par rapport au prix du kilo de raisins destiné au vin. Si ces développements, ketchup ou produits cosmétiques se poursuivent à l’échelle de distribution nationale, comme nous l’espérons, nous n’attendons qu’une chose, c’est que les autres producteurs nous copient et permettent à toute une filière vin d’entrevoir autre chose que la crise et l’arrachage ».


Olivier Bazalge