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Crédits : DR

Lucas Merlo
Le vigneron bricolo et solidaire
 

« Je ne viens pas d’une famille d’agriculteurs… mais j’ai été piqué un jour », sourit Lucas Merlo. Originaire d’Albi, l’actuel vigneron du domaine Laubarel, à Gaillac, n’était pourtant pas prédestiné à reprendre des vignes. Ingénieur agro-œnologue formé à Toulouse, il fait ses armes au château Bellegrave, dans le Haut-Médoc. Un stage, un maître de chai enthousiaste… Et le virus ne le quitte plus. « À la fin du stage, ils m’ont gardé. Je crois que j’étais mordu pour de bon. »

Il enchaîne ensuite sur Cahors comme chef de culture au clos Triguedina, avant de décider, en consultation avec sa compagne, de se lancer dans l’aventure d’exploitant viticole, il y a 17 ans. Après plusieurs pistes, leur choix se fixe sur Gaillac. L’installation se déroule sans accrocs : six hectares au départ, neuf aujourd’hui, plantés en cépages traditionnels de la zone.

Original dans son parcours, le vigneron est également un bricoleur émérite. Car Lucas Merlo est aussi un adepte du "bon sens paysan", celui qui transforme la répétitivité du métier en terrain de jeu pour l’ingéniosité. « On fait du désherbage mécanique, donc il nous faut mettre des tuteurs. Les machines à planter ne peuvent le faire dans nos parcelles. Donc enfoncer ça à la main… Disons que c’est formateur. » Rieur, il raconte les 2 000 tuteurs posés à la massette lors de la première replantation. L’année suivante, le double. « À un moment, la flemme a gagné. Alors j’ai réfléchi, puis j’ai bricolé. »

Sa fameuse invention, de détournement d’écimeuse pour en faire un enfonce-tuteur amovible, lui vaudra en 2025 le premier prix national du concours Trucs & Astuces d’agriculteurs. Une idée simple, efficace, coût zéro, montée en dix minutes. « Je ne veux pas breveter. Si ça peut servir aux autres, tant mieux. » L’esprit de partage n’est pas un slogan : c’est une manière de travailler.

Car Lucas est aussi un homme de groupe. Membre de groupes 30 000 et du réseau Dephy, il échange, teste, visite, discute traitements phyto, travail du sol, couverts végétaux. « Il y a plein de façons d’être vigneron. Le plus important, c’est d’apprendre des autres. Quand on est timide, il ne faut pas hésiter : les animateurs mettent à l’aise. C’est vraiment un état d’esprit. »

Aujourd’hui, il planche avec un ferronnier sur un nouveau système d’orientation des disques émotteurs, inspiré d’un collègue croisé… au concours. La boucle est bouclée. Chez Lucas Merlo, l’innovation n’est jamais loin : « Finalement, faire marcher sa tête, ça économise le corps. » Une devise de vigneron moderne.


Sarah El Makhzoumi