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Crédits : CNAOC

Jérôme Bauer
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Rebaptisée cette fin d’année La Maison des Vignerons, la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlées (CNAOC) est en pleine mue stratégique dans la forme comme dans le fond. Mettant désormais à profit les 17 fédérations de vins AOC la constituant, la CNAOC suit le cap fixé par son président Jérôme Bauer depuis son élection en 2020 et déployée depuis 2024 avec l’arrivée de son directeur, Raphaël Fattier. « Avant, on subissait beaucoup et on manquait de collectif. Je voulais une autre méthode de fonctionnement et de travail » explique Jérôme Bauer, qui a multiplié les réunions et échanges pour faire tomber les cloisons et révélé les synergies possibles entre fédérations pour mettre à profit les « forces vives et pépites en région qui n’étaient pas assez utilisées par le réseau ». Une vision du collectif née lors de ses jeunes années syndicales.

Installé en 2000 après un bac viti œno sur le domaine Jacques Bauer (15 hectares de vignes à Herrlisheim-près-Colmar, Haut-Rhin), le vigneron alsacien est la troisième génération d’un domaine qu’il définit comme récent (son grand-père était chef de gare et polyculteur, son père s’est lancé dans la mise en bouteille des vins familiaux). Impliqué dans les Jeunes Agriculteurs (dont il devient vice-président), il y a connu une révélation : « j’ai trouvé ça passionnant et ça m’a boosté pour continuer. Je me suis aperçu que d’une certaine manière on pouvait écrire notre avenir. Ça m’a ouvert les chakras. » Rejoignant le conseil d’administration de l’Association des Viticulteurs d’Alsace (AVA), il en prend la présidence en 2012 avant d’intégrer des instances locales (le comité régional de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité, CRINAO) et nationales (CNAOC, FranceAgriMer…). « En se rendant compte de ce qui se passe ailleurs, on peut comprendre ce qu’il faut faire chez nous » souligne Jérôme Bauer, qui reste trésorier de l’AVA.

En 2025, la CNAOC s’enorgueillit d’avancées notables et concrètes sur la transmission du foncier viticole (avec un simili-pacte Dutreil), la prise en compte des haies, fossés et tournières dans les surfaces en production du Casier Viticole Informatisé (CVI), la mise en place d’une amende administrative pour les vignes en friche (1 500 €)… Et l’organisation d’un premier Grand Direct des AOC mettant l’accent sur les dossiers actuels : gestion par l’arrachage et la distillation de la surproduction, simplification de la charge administrative, modernisation des cahiers des charges… Et revalorisation des cours, la CNAOC s’étant mobilisée pour l’extension aux vins de l’article 172 ter de la réglementation européenne afin de fixer des prix recommandés sur les AOP (et IGP).

Dans la situation actuelle de crise viticole généralisée, « la situation s’est dégradée très rapidement » reconnaît Jérôme Bauer, qui met en priorité le partage de la valeur et la contractualisation avec le négoce : « c'est un grand pan. il y a aussi une grande composante d'actions sur les phytos » avec le non-renouvellement des Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) des cuivres cet été par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). « La situation est ubuesque, s’en sortir est l’une de nos priorités » pose Jérôme Bauer, pointant que « la durabilité n’est pas qu’environnementale, elle est aussi économique pour nos exploitations. Il faut pouvoir trouver des réponses à cette crise et arrêter d’être fataliste ». Entre la mise en œuvre du 172 ter et la simplification des cahiers des charges AOC, 2026 sera une année charnière pour la CNAOC.


Alexandre Abellan