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Crédits : Cellier des Demoiselles

Baptiste Cabal
Jeune, déterminé et résilient
 

Installé au sein de l’exploitation familiale en 2015, Baptiste Cabal a pris la présidence de la cave coopérative du Cellier des Demoiselles, à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse dans les Corbières (Aude), dès 2016, du haut de ses tout juste 24 ans. « Après un bac pro au lycée agricole, j’ai commencé sur l’exploitation familiale dès 2012, avec mon père, administrateur de la cave. Je me suis installé en 2015 pour exploiter 75 hectares à deux et la cave m’a tout de suite proposé de rentrer comme auditeur au sein du conseil d’administration. J’ai ensuite fait une année de co-présidence, avant d’être élu en 2016, soit bientôt 10 ans », résume sobrement celui qui fut le plus jeune président de cave coopérative de France lors de cette première élection.

Entre la volonté du conseil d’administration de faire accéder la nouvelle génération aux commandes et le désir de celle-ci de prendre les devants pour s’investir, « cette passation s’est faite naturellement, avec la volonté de pérenniser cette cave centenaire tout en l’emmenant dans une autre dimension », retrace-t-il. Il ne pouvait se douter alors que la cave serait tristement mise en avant par l’actualité du grand incendie du 5 août 2025, avec un vignoble de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse à l’épicentre des dégâts. « Nous avons perdu 80 % de la récolte de la cave avec cet incendie… Pour quelques adhérents et moi, c’est même 100 % », pose Baptiste Cabal. Le Cellier des Demoiselles ne produira donc pas plus que 3 000 hectolitres pour ce millésime 2025, générant un manque d’offre commerciale qui pourrait lui faire perdre des clients.

Car l’intronisation de Baptiste Cabal à la présidence de la cave n’a fait que concrétiser une orientation choisie par la cave « de se prendre en main et sortir de la dépendance au négoce en développant notre production en conditionné », décrit le président du Cellier des Demoiselles. Alors que la cave ne commercialisait qu’un tiers de sa production en conditionné à son arrivée, Baptiste Cabal estime aujourd’hui cette part « entre 80 et 90 % ». Outre la création et le développement d’une gamme en IGP Pays d’Oc, la cave s’est depuis plusieurs années distinguée par sa capacité à proposer des produits en phase avec les attentes du marché et à innover dans le marketing disruptif de ses produits, entre vins à bas degrés d’alcool ou « Rosat », son vin rosé pétillant reprenant les codes de la bière.

Les conséquences de l’incendie sont aussi désastreuses pour une partie du vignoble de la cave, « certains exploitants ont plus d’une dizaine d’hectares complètement brûlés », que pour les circuits de commercialisation de la cave, qui vont pâtir du manque de volume pour les approvisionner. « Il nous reste encore un peu de stock et nous pourrions acheter des vins mais ça reste compliqué niveau trésorerie », explique Baptiste Cabal. Il répète donc à l’envi qu’ « il faut continuer et ne pas se laisser mourir, si nous parvenons à faire une moyenne de 40-50 hl/ha de moyenne entre IGP et AOP lors du prochain millésime, ce serait bien, mais nous avons beaucoup d’incertitudes sur la façon dont nos vignes vont repartir ».

Comme partout dans la filière, la moyenne d’âge des adhérents de la cave est élevée et Baptiste Cabal craint que les effets de l’incendie précipitent les décisions d’arrachage. « Depuis le début, nous travaillons toujours de la même manière, en établissant des plans de progression sur cinq ans où la meilleure rémunération des adhérents est au cœur du projet. » Et même avec ces baisses de rendement, le toujours jeune président (33 ans) ne manque pas d’objectifs et de volonté de faire avancer tant sa cave que les Corbières au sens large. « Toutes les initiatives solidaires et aides sont bienvenues, en particulier sur la trésorerie, mais les accompagnements seront aussi indispensables sur le long terme autour du sujet de la sécheresse », enchaîne le président du Cellier des Demoiselles.


Olivier Bazalge