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Crédits : DR

Christophe Auvergne
Le bidouilleur de solutions autoconstruites
 

Il a commencé chez Kubota, dans un bureau de liaison entre le Japon et l’Europe. Là, Christophe Auvergne apprend à questionner les machines, à les adapter, à traduire des besoins de terrain en solutions techniques. Puis après un passage de sept ans en bureau d’études dans une entreprise de matériel d’élevage, il rejoint en 2009 la Chambre d’Agriculture de l’Hérault. Il pense alors poursuivre dans le développement de machines. Il découvre tout autre chose.

Sur le terrain, Christophe s’aperçoit qu’il peut apporter bien davantage : « Amener les viticulteurs à se demander ce dont ils ont vraiment besoin ». Réglages de pulvérisateurs, choix de matériel, optimisation des pratiques… « Pour mon accompagnement autour de la pulvérisation, je connaissais les formules et les manières de procédés, c’était fluide. Mais lorsque j’ai commencé à faire du conseil sur le travail du sol je n’aimais vraiment pas ça » plaisante-t-il, « Les problématiques ne sont jamais les mêmes, il y a beaucoup de paramètres changeant à prendre en compte. Aujourd’hui, j’aime vraiment ça et cela m’a surpris pour tout vous dire, car j’ai appris à chercher avec les viticulteurs et les amener vers ce dont ils ont besoin, explorer les réglages avec eux. » Il ouvre des pistes, pose les bonnes questions, accompagne sans jamais imposer. Les viticulteurs lui renvoient ce qu’il ne voyait pas encore : il les aide à progresser.

Curieux invétéré, bricoleur assumé, son atelier débordant d’équipement de domotique, il plonge dans l’open source et le mobilab AgroTIC, fablab de Montpellier. Une rencontre avec un fournisseur de débitmètres, une formation sur la pression en irrigation, un capteur qui lui rappelle la pulvé… et les pièces du puzzle s’assemblent. Fin 2023, il développe un premier système maison, testé… sur le robinet de sa cuisine. Ça marche. Le débitdouille, est né ! Ce dispositif fait main permet de suivre les paramètres de pulvérisation en temps réel (la pression du circuit, les débits des sections, la vitesse d’avancement).

Au domaine du Chapitre (Villeneuve les Maguelone, Hérault), deux saisons d’essais valident la démarche. Puis l’aventure collective s’accélère « c’est comme cela que l’on avance plus vite ! » martèle le conseiller : un électronicien, Nicolas Dauy (Furgo), conçoit une carte professionnelle ; Simon Moinare développe une application robuste. L’open source fait le reste. Aujourd’hui, plusieurs exploitations sont équipées, satisfaites, et la prochaine étape est déjà en route : former vignerons, arboriculteurs et conseillers à fabriquer leur propre matériel, diagnostiquer leurs pannes et devenir autonomes.

Pour Christophe, c’est là le cœur de son métier : transmettre, donner les clés, faire en sorte que « quand un viticulteur repart, il puisse recommencer seul ». Lui qui, jeune, éprouvait certains préjugés sur l’univers du conseil et des Chambres d’Agriculture, en rit aujourd’hui. Aujourd’hui, il trouve sa place : celle d’un passeur d’idées, d’un éclaireur technique qui fait bouger la filière, une bidouille après l’autre.


Sarah El Makhzoumi