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Crédits : Domaine Tariquet

Armin et Rémy Grassa
Assumer l’ardoise
 

Présentes dans nombre de restaurants de France et de Navarre, les ardoises du domaine Tariquet font partie du quotidien de nombreuses terrasses et du paysage gastronomique français. Cette notoriété a amplifié la surprise de l’annonce de la mise sous sauvegarde de la propriété le 17 janvier 2025 par le tribunal de commerce d’Auch (Gers). Alors que la filière vin est de nature taiseuse, surtout sur les difficultés, le premier domaine viticole gascon a communiqué sur l’ouverture de cette procédure collective en toute transparence, auprès de la presse et de ses partenaires. Le message étant qu’il n’y a aucun déshonneur à avoir d’un acte de gestion permettant à l’entreprise de souffler et se ressaisir. « Nous sommes des mandataires sociaux avec tout ce que ça comporte comme responsabilités. Ce sont des actes de gestionnaire. Il n’y a structurellement rien de honteux à utiliser les moyens légaux pour faire survivre une entreprise », explique Rémy Grassa, cinquième génération à la tête du domaine avec son frère, Armin. Pas de drama, mais le nécessaire pour que l’entité sociale perdure.

« Cacher les choses ne sert à rien, [la sauvegarde] est une démarche officielle : mieux vaut assumer » plaide Rémy Grassa, soulignant que le domaine Tariquet n’est pas seul à devoir demander la protection du tribunal dans la filière vin. Entre la difficile sortie de la crise covid (et son inflation accentuée par l’invasion russe de l’Ukraine), le cumul des aléas climatiques (« tous les ans depuis 5 ans »), le déséquilibre des relations géopolitiques (et des taux de change) et les changements sociétaux (la déconsommation), la propriété gasconne s’approchait du moment de rupture. Ayant mis à profit son année de sauvegarde pour se réorganiser (avec un plan stratégique) et se redimensionner (désormais 1 000 hectares de vignes après arrachage), le domaine Tariquet prévoit la fin de sa sauvegarde pour la mi-janvier : « le tribunal devrait approuver le plan de sortie. Nous sommes raisonnablement optimistes » esquisse Rémy Grassa, soulignant l’importance de ce « temps mort. Comme au basket : le coach rentre sur le terrain quand l’équipe se fait déborder, il replace les joueurs pour s’adapter au nouveau contexte ». Le vigneron des Côtes de Gascogne ayant pour cap d’« assurer la robustesse, pas de chercher de la performance pure qui fragilise ».

Se dotant d’un nouveau plan stratégique, le domaine Tariquet conserve son approche commerciale à succès : « l’ardoise est un outil de bon sens. Nous n’avons jamais eu de département marketing au domaine. Pour nous, le plus dur est de faire goûter le vin ».


Alexandre Abellan