LE FIL

Janvier 2020

Vignerons et négociants opposés au "mois sans alcool" français

Vendredi 01 novembre 2019 par Alexandre Abellan

'Il faut comprendre que Santé Publique France est dans son rôle. On ne peut pas attendre du Ministère de la Santé de promouvoir la consommation de vin' prévient la députée Marie-Christine Verdier-Jouclas.
'Il faut comprendre que Santé Publique France est dans son rôle. On ne peut pas attendre du Ministère de la Santé de promouvoir la consommation de vin' prévient la députée Marie-Christine Verdier-Jouclas. - crédit photo : Un bar aux Folies Bergère d’Édouard Manet (Institut Courtauld, Londres).
À cran, les instances de la filière vin viennent de demander au premier ministre de renoncer à tout projet de « janvier sec ». Une goutte d’eau qui fait déborder le vase du mécontentement vitinivinicole, une demande d’audience venant d’être envoyée au président de la République.

Janvier 2020 rimera-t-il avec mois sans vin ? Le projet de l’agence Santé Publique France (ministère de la Santé) d’un premier « janvier sec » national est la cause de nouvelles tensions entre le gouvernement et l'ensemble de la filière des vins spiritueux. Cette campagne « remet en question la politique de santé publique favorisée jusqu’à présent par les autorités françaises, en substituant la notion d’abstinence à celle de modération » viennent de dénoncer huit organisations de défense des vins et spiritueux* dans une lettre adressée à Édouard Philippe, le premier ministre.

Après avoir pris le président de la République au mot de la co-construction de la politique de Santé (passant par la validation de nouveaux repères de consommation, le lancement de campagnes de prévention, les débats sur le pictogramme femme enceinte… sans oublier un ambitieux plan de filière), les représentants de la production et du négoce des vins et eaux-de-vie ne cachent pas leur déception face à l’idée d’une campagne de santé publique s’inspirant du modèle britannique du « dry January » (lancé en 2013 par une association anglaise anti-alcool, Alcohol Change UK).

"Qu’est-ce que cela veut dire pour les onze autres mois ?"

« Ce changement de paradigme est incompréhensible. Aller vers un "janvier sec", c’est rompre avec l’idée que mieux vaut éduquer à la culture du vin qu’interdire » reproche Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons indépendants de France. Le vigneron audois soulignant que « ce message va culpabiliser les plus de 90 % de Français qui sont en dessous des repères de consommation. Mais ne va pas modifier le comportement de la minorité qui a une addiction. Et si pendant un mois on ne consomme pas, qu’est-ce que cela veut dire pour les onze autres mois, que l’on peut faire n’importe quoi ? »

« Le janvier sec est la goutte d’eau qui fait déborder un vase bien rempli » renchérit Éric Tesson, le directeur de la CNAOC. « Face aux arbitrages qui sont rendus en notre défaveur, l’ensemble de la filière interpelle la présidence de la République pour avoir son soutien. C’est une initiative rare, pour ne pas dire jamais vue » souligne Éric Tesson. Signé par dix représentants du vignoble et du négoce**, cette missive alerte le président Emmanuel Macron sur « un ensemble de circonstances mettant en danger la compétitivité et la pérennité de la filière vin ».

Liste à la Prévert

La liste des griefs allant de lla mise en place de Zones de Non Traitement (ZNT riverain) à la grogne sur les retards de paiement des aides à l’export (qui doivent cependant être résorbés d’ici un an), sans oublier le contrecoup commercial de la loi Alimentation sur le marché français (notamment les champagnes et bordeaux) ou le manque d’actions gouvernementales face aux revirements export successifs (soudaine surtaxation américaine, inconnues persistantes sur la stabilité douanière après le Brexit, ralentissement chinois faute d’accords de libre-échange…).

"Soutien quotidien"

Face à cette bronca, les parlementaires du vin temporisent. « Je peux comprendre les craintes, elles sont normales, mais l’on apporte un soutien quotidien à la filière. L’impact des taxes américaines a été réglé pour Airbus, mais pas encore pour le vin, pour lequel on travaille à une résolution d’urgence. Les ZNT ne sont pas encore tranchées et s’exprimer dessus est prématuré. La loi Alimentation n’a pas encore d’effets dans les exploitations, mais il ne faut pas se focaliser sur les ventes en promotion de certaines grandes marques » explique la députée de la majorité, Marie-Christine Verdier-Jouclas.

Prévention en concertation

Au nom du groupe d’étude vin, viticulture, œnologie qu’elle préside à l’Assemblée Nationale, l’élue tarnaise reconnaît que « la France a un vrai problème d’alcoolisme et que l’on est tous pour la prévention, notamment auprès des jeunes et des femmes », mais estime que « le janvier sec n’est pas le meilleur outil de prévention. Il déresponsabilise et stigmatise les producteurs qui n’ont pas été associés. C’est dommage, on retombe dans les travers de l’absence de concertation que l’on souhaite quitter… Nous allons écrire un courrier pour le notifier. »

Alors que l’idée d’un Grenelle de la viticulture reste sur la table (à la demande de l’Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin, ANEV). la filière vin compte mobiliser ses parlementaires dans les prochaines semaines sur le sujet d’un mois sans alcool en particulier, et tous les autres dossiers en général. Contacté, le cabinet de la ministre de la Santé n’a pas souhaité commenter la déclinaison française du « janvier sec ». Qui n’est pas sans rappeler la dénormalisation de la consommation de vin inscrite dans la Stratégie Nationale de Santé 2018-2022.

 

 

* : Il s’agit de l’Association nationale interprofessionnelle des vins de France (Anivin de France), la Confédération Nationale des vins et eaux-de-vie AOC (CNAOC), la confédération des Vins à Indication Géographique Protégée (vin IGP), le Comité national des interprofessions des vins à appellation d’origine et à indication géographique (CNIV), les Vignerons coopérateurs de France (VCF), les Vignerons indépendants de France (VIF), l’Union des maisons et des marques de vin (UMVIN) et évidemment Vin & Société.

** : Soit CNAOC, CNIV, Vin IGP, VCF, VIF, UMVIN, auxquels s’ajoutent l’Association Générale des Producteurs de Vin (AGPV), la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA), la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) et les Jeunes Agriculteurs.

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tchoo Le 04 novembre 2019 à 07:48:12
Il faut contre attaquer: je vous propose que l'on fasse un mois de décembre sec du 1 er au 31 inclus
clarck pat51 Le 02 novembre 2019 à 09:44:10
ce gouvernement et ces ministres de l,agriculture et de la santè sont vraiment incompetent les baisses de vin en france ne risque pas de s,ameliorer sicette loi absurde est adoptèe j,espere que les deputès de la region vont nous de fendre l,avenir de la profession est fortement compromis
Roland Le 01 novembre 2019 à 18:24:37
"L’alcool est facteur causal majeur de violences envers les femmes”, soulignent les Tribunes adressées au gouvernement par un ensemble d'associations militants contre l'alcool dont le Collectif des proches de malades alcooliques (Copma). Cet argument simpliste est régulièrement utilisé par ces lobbies en vue d'interdire à terme la consommation d'alcool en France. En fait il faut se poser la question de savoir pourquoi l'alcool est consommé en trop grande quantité au point que certains s'abandonnent à une violence aveugle contre leurs proches. Il y a à l'origine un trouble chez ces personnes (trouble affectif, sociologique, pathologique...), et laissés sans aide, sans solution pour surmonter leurs difficultés elles cherchent à s'oublier dans l'alcool et c'est là que l'engrenage fatal commence...L'alcool n'est qu'une compensation, il n'est que le révélateur d'un trouble plus profond. Il ne sert à rien de casser le thermomètre si on ne soigne pas les causes profondes à l'origine de l'alcoolisme. qui devient alors une vraie pathologie et qu'il faut soigner comme telle..A défaut d'alcool ces personnes fragilisées trouveront un autre moyen, une autre drogue, pour s'échapper de leur vie qu'ils jugent insupportable. Donc plutôt que prendre les gens pour des enfants qu'on punit en leur interdisant l'alcool, il faut simplement développer une éducation, une pédagogie du gout et des comportements pour qu'ils sachent comment consommer ce produit avec modération et qu'ils n'en tirent que du plaisir, un surcroît de convivialité. C'est d'ailleurs ce qui se passe peu à peu en France : la consommation de vin a beaucoup baissé, les vins de qualités pour la consommation de plaisir ont remplacé peu à peu les vins rouges de table consommés quotidiennement auparavant , la consommation des nombreux alcools forts du type "pousse-café" ont largement diminué.... Interdire aujourd'hui l'alcool va à rebours de l'histoire et de ce qu'il faut faire. Pour conclure si on se replace dans une perspectives historique, il y des leçons dont on peut s'inspirer afin de ne pas refaire les mêmes erreurs : cet argument de la violence conjugale exacerbée par l'alcool a déjà été largement utilisé aux Etats Unis par l'union des conservateurs, des ligues hygiénistes et religieuses après la guerre de 1914/1918, sous cette pression les députés ont voté la prohibition en 1919...on sait ce que cela a provoqué...!!!
Dr Seguin Le 01 novembre 2019 à 15:33:52
Qui n’est pas au courant aujourd’hui que fumer est néfaste pour la santé, que boire de l’alcool est dangereux pour le foie ou sur la route, que manger trop gras bouche les artères etc etc... Chacun doit être responsable de ses consommations. Faut arrêter d’infantiliser les français, et réduire la liberté de consommation. Les francais n’ont jamais autant culpabilisé sur leur consommations depuis toutes ses restrictions à outrance. Le mois sans tabac n’est pas idiot, mais le faire au mois de novembre, juste avant les fêtes de fin d’année est-ce très judicieux ? A quand le mois sans sex pour compenser le manque de budget des maternités ?
michel Le 01 novembre 2019 à 14:41:59
Aussi regrettable qu'il soit la réponse aux attaques successives que subit la filière vin est la révolte. La réponse démocratique et pacifique voire électorale n'est plu prise en compte désormais , seule la violence est respectée et je le répète je le regrette. Nos syndicats ne sont plus que les entregents du pouvoir, croyant encore par le dialogue q'u ils trouveront des solutions à nos problèmes. Problèmes souvent d'ailleurs posé par des lobbystes ne craignant ni la caricature, ni l'imposture. Regroupons nous gens de la terre, artisans, patrons de pme, commerçants pour nous révolter contre ce système inique .
bourvil Le 01 novembre 2019 à 13:58:07
C'est le chef de l'état qu'il faudrait mettre à sec et ceci pas seulement en janvier mais tout le restant du mandat pour mieux le congédier par la suite. Avec une telle aberration (une de plus) la macronie met la démocratie en danger, elle s'effiloche jour après jour. Prenons garde.
Pierre Moureu Le 01 novembre 2019 à 12:53:01
C'est un secteur qui marche trop bien , qui a besoin de main d'œuvre … Je comprends très bien que le gouvernement cherche à le plomber d'1/12 de son activité.
Baraudjc Le 01 novembre 2019 à 10:03:56
Super ce gouvernement a quand un mois sans soda,un mois sans produits ménagers,un mois sans voitures ,un mois sans produits d’importations pour promouvoir les produits français ! Pour le mois sans administration ça existe déjà vu qu’au mois d’août et en décembre y sont en vaccances! Le monde agricole devrait faire un mois sans aller dans les banques, les concessions,,la MSA,les coopératives tout ce beaux monde qui vit sur notre dos
Gilles Le 01 novembre 2019 à 08:03:45
La denormalisation de la consommation continue. La seule réponse appropriée à tous ces hygiénistes qui souhaitent notre bien-être malgré nous, serait de créer un mois de janvier dry des taxes, impôts et autres prélèvements confiscatoires. Mais encore faudrait il que toute la filière s'accorde à le mettre en place...
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