LE FIL

Chiffon rouge

Le ministère de la santé veut rendre "anormale" la consommation de vin

Vendredi 01 décembre 2017 par Alexandre Abellan

Après une campagne qui a plus exaspéré le vignoble qu’elle n’a touché le grand public, le vignoble va-t-il donner un nouvel éclairage à des dispositifs confidentiels ?Après une campagne qui a plus exaspéré le vignoble qu’elle n’a touché le grand public, le vignoble va-t-il donner un nouvel éclairage à des dispositifs confidentiels ? - crédit photo : Pablo Picasso (Suerte de Muleta, 1959)
Objectif de la politique de santé 2018-2022, la dénormalisation des boissons alcoolisées ne laisse pas insensible le vignoble. Dont les élus pourraient même envisager de ne pas rendre leur plan de filière aux États Généraux de l’Alimentation en signe de protestation.

Déjà bien entamé par la campagne du tire-bouchon de l’Institut National contre le Cancer, le capital sérénité des élus viti-vinicoles semble sur le point d’exploser avec la découverte de la Stratégie Nationale de Santé 2018-2022. « Cadre de la politique de santé en France définie par le gouvernement », ce plan a été publié début novembre. Il se fixe notamment l’objectif de « réduire le nombre de personnes souffrant de pratiques addictives (tabac, alcool, substances psychoactives licites et illicites…) » Pour se faire, il est notamment question de « réduire l’attractivité des substances psychoactives par la dénormalisation* ». Par « dénormaliser », il faut entendre « rendre anormal » : la consommation de vin ne serait plus ordinaire, mais irrégulier, pour ne pas dire coupable, n’étant plus vue que comme l’absorption d’un breuvage psychoactif.

En même temps

En l’absence de précisions, pour ne pas dire désolidarisation, du gouvernement de ces inquiétantes orientations, des représentants de la filière évoquent la possibilité de ne plus coopérer avec l’exécutif. Ce qui passerait par un retrait de leur participation aux États Généraux de l’Alimentation (ÉGA). Demandée suite au discours présidentiel de Rungis, la rédaction des plans d’avenir des filières agricoles françaises occupe les représentants de la filière vin depuis octobre (voir l’encadré pour plus détail). Mais « on ne peut pas demander en même temps à la filière vin de travailler à son développement, tout en considérant la consommation de son produit comme anormale » s’emporte un élu du vignoble. Pour lui, cette dénormalisation lancerait non seulement un signal néfaste pour les consommateurs en France, mais aussi à l’export. « Comment les étrangers pourraient-ils vouloir consommer nos vins s’ils sont considérés comme néfastes en France ? » soupire-t-il.

 

* : Sont aussi envisagées les pistes de « politique fiscale de santé publique » et de « limitation de l’exposition des jeunes à la publicité ». L'interdiction pure et simple n'étant, a priori, pas envisagée, comme le regrette la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, invitée politique de Radio Classique ce 9 novembre : « on me demande d’interdire le glyphosate, qui est un cancérogène probable. L’alcool et le tabac ce sont des cancérogènes certains, de niveau 1, et malheureusement je ne les interdis pas. J’aimerais bien, peut-être. »

Un plan de filière en quatre axes et dix présidents

D’après les premiers éléments ayant filtré sur ce plan de filière, quatre thématiques sont traitées :

1. La création et le partage de la valeur (prix, contractualisation, cagnotage de la grande distribution…), dans un groupe de travail animé par Stéphane Héraud (Assemblée Générale des Producteurs de Vin) et Jean-Bernard de Larquier (ancien président du Bureau National Interprofessionnel de Cognac).

2. L’export (aides à la promotion, barrières non-tarifaires…), suivi par Georges Haushalter (ancien président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) et Thomas Montagne (président des Vignerons Indépendants de France).

3. La résilience des entreprises aux crises économiques et climatiques (réserves, Volumes Complémentaires Individuels, fiscalité et assurances…) par Didier Peterman (le président du Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace) et Jérôme Volle (vice-président de la FNSEA).

4. La Responsabilité Sociale et Environnementale des entreprises (consommation responsable, contrats saisonniers, recherches et engagements environnementaux…) par Michel Carrére (vice-président de l’Interprofession Vins du Sud-Ouest) et Bernard Farges (président de la Confédération National des Vins et Spiritueux AOC)

Reposant sur un timing serré, l’exercice de synthèse sera conduit par Jérôme Despey (président du conseil vin FranceAgriMer) et Jean-Marie Barillère (président du Comité National des Interprofessions Vinicoles).

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VOS RÉACTIONS
Guy Le 03 janvier 2018 à 19:54:20
Dois je commencer à arracher mon vignoble pour replanter du cannabis? A l'allure où vont les choses dans notre société, le cannabis sera probablement dépénalisé prochainement et il sera probablement plus normal de consommer du cannabis que du vin. J'ai actuellement l'impression de produire un poison, un produit de consommation dénigré et d'une autre époque. Notre ministre saurait-elle me renseigner sur cette reconversion?
LeGuideC Le 03 janvier 2018 à 14:59:33
J'ai grand respect et considération tout aussi élevée pour ma consoeur Mme BUSYN, ministre de la Santé. Je ne puis cependant pas souscrire à sa réflexion sur l'opportunité de la nécessité d'interdire alcool et tabac au même tire que le glyphosate (lequel est bien loin de l'être malheureusement, par l'insidieuse et constante action de ses producteurs, en particulier auprès des très "réceptifs" décideurs européens). Il existe en effet une différence fondamentale: ce dernier ne peut être évité dans les denrées alimentaires consommées quotidiennement, sauf à recourir au Bio exclusif, tandis qu'en matière de tabac et d'alcool, la consommation, loin d'être indispensable à la vie, résulte de la seule volonté individuelle. Pour le Tabac, il convient de pousser la réflexion plus loin: sa toxicité s'exprime même sans limite de seuil, contrairement à l'alcool tandis que son inscription éventuelle à la liste des drogues illicites relève d'un choix pour le moment largement contrebalancé par un calcul (erroné de mon point de vue) de rentabilité économique et de préservation de conflit vis à vis des débits de tabac. Un exposé clair des enjeux, sans animosité réactive et excessive de toutes les parties, devrait permettre aux instances de bonne volonté de progresser en la matière au profit du plus grand nombre, qui n'a pas toujours pleine conscience des réalités trop longtemps noyées dans un fatras d'autres "nouvelles" d'intérêt on ne peut plus artificiel. JLC, Dr en Médecine, oenologue, sommelier.
Sommelier 33 Le 03 janvier 2018 à 14:17:45
Mais laissez les parler!!!! Le vin à 2000 ans d'histoire en France et est éternel , Madame la ministre de la santé quelques mois d'histoire.
Baraudjc Le 22 décembre 2017 à 19:09:58
Madame la ministre de la santé devrait s'occuper des produits d'importations qui utilisent beaucoup de produits interdits chez nous et devrait les classer néfastes! Elle devrait également interdire les véhicules thermiques et électriques,ils sont néfaste et cancérigènes ! Elle devrait interdire les lessives,les parfums,les shampoings,les savons,etc... ils sont néfastes et certainement bien plus cancérigènes qu'on nous le dit ! Quand aux TV,téléphones,tablettes,micro ondes il n'y a aucun risque!!! Ces ministres bobo,parigo écolos qui n'écoutent que des merdias endoctrinés antitout payés par nos productions,notre travail vont arriver à détruire notre culture,notre patrimoine et notre pays! En attendant les autres avancent et prennent les parts de marchés ,et leurs pays sont fiers de leurs exportations!!! Ces mêmes ministres qui veulent détruire notre agriculture et qui veulent légaliser le canabis!!!
Olivier66 Le 03 décembre 2017 à 22:05:33
C'est tout simplement inadmissible !!! Notre pays attire des millions de touristes chaque année pour son "art de vivre". Ce type de politique aurait de très lourdes de conséquences dans un cercle très large d'activités économiques. C'est l'image historique de la France qui serait atteinte. D'autre part, plus on interdit, plus le marché noir se développe (prohibition aux USA). Arrêtons d'interdire, soyons raisonnables et responsables. Donnons l'éducation aux citoyens pour que les choix de vie soient fait en connaissances de causes.
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