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Otages aériens

Pourquoi la surtaxe américaine sur les vins français pourrait ne pas durer

Vendredi 18 octobre 2019 par Alexandre Abellan

'L’objectif de ces droits est de faire mal, pour forcer les parties à venir régler [le contentieux de l'aéronautique civil]. Les Américains ont pris pour cible les vins français car ils savent que ce sont des produits qui font réagir [culturellement] la France et qui ont un point macroéconomique fort' explique une source proche des négociations.
'L’objectif de ces droits est de faire mal, pour forcer les parties à venir régler [le contentieux de l'aéronautique civil]. Les Américains ont pris pour cible les vins français car ils savent que ce sont des produits qui font réagir [culturellement] la France et qui ont un point macroéconomique fort' explique une source proche des négociations. - crédit photo : Photo miroir de la Maison Blanche ce 4 juillet 2019/White Housse
Les Etats-Unis ont joué les pirates de l’air en embarquant les vins français dans leur attaque contre les subventions européennes à Airbus. Une fenêtre de négociation doit s’ouvrir prochainement et pourrait permettre à la filière vin de jouer les filles de l’air.

Il est minuit passé d’une minute à Washington et six heures du matin à Paris ce vendredi 18 octobre 2019 : les droits de douanes supplémentaire de 25 % sur la valeur des vins français tranquilles et embouteillés payés par les importateurs américains viennent d’entrer en vigueur (voir encadré). Alors que les exportateurs français en sont encore à pronostiquer les conséquences de cette surtaxe soudaine (désavantage compétitif par rapport aux vins italiens non imposés, marchandage des prix et marges à la baisse avec les intermédiaires…) les négociateurs européens affichent désormais leur objectif : « faire en sorte que la période d’application de ces droits soit le plus court possible » rapporte une source diplomatique française proche des discussions américaines. Rappelant que le dossier est négocié par la Commission Européenne, ce serviteur de l’Etat anticipe de prochaines opportunités de tractation. Une fenêtre de concertation permettant à la filière des vins français de sortir d’un conflit politico-économique qui ne la concerne pas.

Négociation au point mort depuis juillet

En cours depuis 2004 devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le contentieux ouvert par les États-Unis contre les subventions européennes de l’avionneur Airbus est au point mort depuis l’été. Après avoir publié en avril une première liste de produits européens ciblés (dont les vins, à l’indignation des filières américaines et françaises à l'époque), les Etats-Unis n’ont pas donné suite au compromis proposé par la Commission Européenne. Au contraire, dès que l’OMC a autorisé ce 2 octobre l’imposition américaine de 7,5 milliards de dollars (soit 6,8 milliards d’euros) de droits douaniers additionnels sur les produits importés des pays impliqués (Allemagne, Espagne, France et Royaume-Uni), le représentant américain au Commerce (USTR) a publié sa liste définitive dans la foulée.

Un empressement qui témoigne de la volonté américaine de frapper vite et fort, sans laisser de portes de sortie. Le 2 octobre, « il y avait encore l’espoir que nous aurions quinze jours pour continuer les négociations et empêcher l’application des droits. Mais les derniers échanges n’ont pas montré le moindre signe de progrès significatifs » rapporte le diplomate français. Les tentatives et les mobilisations n’y auront rien fait, le président Donald Trump a pu mettre à exécution ses menaces répétées contre les vins français.

"Scénario plausible"

Si la France va continuer à pousser une solution négociée à l’amiable avec les États-Unis auprès de la Commission Européenne, « l’OMC doit donner dans quelques mois sa décision sur les aides américaines à Boeing. L’arbitrage est attendu dans le premier semestre 2020, en pleine campagne électorale présidentielle américaine… Avec des tensions commerciales restant fortes avec la Chine, un scénario plausible est une négociation américaine pour éviter des droits européens » souligne la source diplomatique. Qui note que la nouvelle Commission Européenne pourrait également vouloir dans un premier temps rendre la pareille aux produits américains, « par question de principe ».

4 500 entreprises touchées

Après avoir attendu avec crainte la date du 18 octobre 2019, les 4 500 entreprises françaises expédiant leurs vins vers les États-Unis doivent s’adapter et prendre leur mal en patience jusqu’à la future levée de ces 25 % de droits de douane. Face à cette pénalisation commerciale, la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) demande au gouvernement français de ne pas jouer la carte de l'escalade avec des contre-mesures visant les produits américains et de mettre rapidement en place des aides aux sociétés françaises. « Nous sommes les victimes collatérales d’un conflit qui n’est pas le nôtre. [...] Nous réitérons au gouvernement notre demande de prendre en urgence des mesures concrètes de soutien à la filière et ses entreprises, pour compenser les dommages subis arbitrairement par notre secteur » déclare dans un communiqué Antoine Leccia, le président de la FEVS. Qui craint pour les parts de marché de ses opérateurs, et rappelle que le marché américain est la première destination export des vins français en valeur (3,2 milliards d'euros en 2018) avec de forts taux de croissance (+17 % en valeur et +5 % en volume sur  le  premier  semestre  2019).

 

Le mille-feuille des taxes américaines

Dans sa dernière note, l'agence Business France détaille les taxe successives pour un vin français importé aux Etats-Unis dans un flacon inférieur à 2 litres et un degré d'alcool inférieur ou égal à 14°.alc  à partir de ce 18 octobre :

- Nouveaux droits : 25 % sur valeur déclarée à l'importation.

- Droits de douanes : 0,063 dollar par litre.

- Droits d'accises fédérales : 0,07 à 1,07 $ par gallon (soit 0,02 et 0,28 $/litre, comme 1 gallon= 3,785 litres).

- Droits d'accise étatiques : 0,72 $/gallon en moyenne (0,19 $/l).

- Marges des intermédiaires : importateurs, distributeurs et revendeur.

- Taxe sur la valeur ajoutée (GST) : de 0 à 13,5 % selon l'état.

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VOS RÉACTIONS
Ivan Le 19 octobre 2019 à 09:42:07
"PARTAGEONS LES PERTES", mais avons-nous partagé les gains?
phs Le 18 octobre 2019 à 18:07:32
Premier semestre 2020, hein? Bien optimiste il me semble! En pleine campagne présidentielle vous croyez vraiment que M. Trump aura intérêt à donner l'impression qu'il lâche du lest dans son protectionnisme? Pas vis à vis de son électorat en tout cas, qui ne constitue pas la majorité de nos clients outre-Atlantique. Je parierais bien qu'on en a pour bien plus longtemps que ça. Ce sont les vignerons italiens qui se frottent les mains…
AV Le 18 octobre 2019 à 17:31:43
et pourquoi pas jouer la surenchère? APPLE, AMAZON, MAC DO, WINDOWS... les usa ont besoin "du monde" pour vivre ! Montrons les muscles à la fin, on pose les c... sur la table.
bourvil Le 18 octobre 2019 à 13:18:15
Attention à la surenchère car au final les perdants ne seront pas les Américains. La prudence s'impose malheureusement.
Lolo Le 18 octobre 2019 à 11:23:08
Premier semestre 2020... c demain Faut se serrer les coudes en partageant les pertes
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