LE FIL

Marché américain

Le rosé de Provence ne craint pas la hausse de prix, mais la concurrence italienne

Vendredi 11 octobre 2019 par Alexandre Abellan

En 2018, une bouteille de vin de Provence sur dix était commercialisée aux Etats-Unis, de loin le premier marché export des rosés provençaux.
En 2018, une bouteille de vin de Provence sur dix était commercialisée aux Etats-Unis, de loin le premier marché export des rosés provençaux. - crédit photo : CIVP
Fortement implantés aux Etats-Unis, les vins provençaux pronostiquent une augmentation relativement indolore de leurs prix, mais appréhendent une distorsion de compétitivité avec les rosés d’Italie qui seront épargnés.

Après le choc de la hausse annoncée de 25 % des droits de douanes américains sur les vins tranquilles embouteillés de France (mais aussi d’Allemagne, d’Espagne et du Royaume-Uni), les opérateurs français chiffrent les risques qu’ils encourent à court terme (l’augmentation rentrant en vigueur dès ce 18 octobre). « Depuis une semaine nous essayons de rassurer nos partenaires de Provence » rapporte un metteur en marché, témoignant de l’importance du marché américain pour les exportations provençales (46 % des volumes et 50 % de la valeur l’an dernier*). « Nous n’avons pas de retours d’opérateurs ayant eu d’annulation ou de modifications de leurs commandes. Tous se rapprochent de leurs importateurs pour prévoir » confirme Brice Eymard, le directeur général du Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP). « Certains se demandent si cette taxation est encore négociable. Mais nous ne comptons pas dessus : nous y aurons droit » ajoute-t-il, avec un fatalisme qui n’est pas partagé dans tout le vignoble français (voir l’encadré et l’optimisme sancerrois).

+3 à +6 $/col

Le CIVP estimant que le cœur de son marché américain se trouve à des prix de vente entre 15 et 25 dollars la bouteille (soit 14-23 euros/col), l’augmentation de 25 % du prix à la valeur d’achat entraînerait une hausse de 3 à 6 $ du coût d’une bouteille de rosé de Provence pour le consommateur (soit 3 à 5 € en plus).  « L’impact direct sur nos prix moyens sera faible, alors que l’on vise des consommateurs aisés et urbains » estime Brice Eymard. « L’augmentation continue des prix du rosé de Provence que le marché américain a accepté restera toujours bien supérieure à celle de ses taxes » confirme avec ironie un courtier méridional.

"Concurrence des rosés italiens"

Si la premiumisation des rosés provençaux est indéniable, « cette montée en prix bénéficie aux taxes et pas au vignoble » regrette Brice Eymard, pour qui le réel enjeu concerne « la concurrence des rosés italiens, qui ne seront pas touchés. Ce n’est pas tant la hausse finale qui nous inquiète, que le fait que tous ne sont pas concernés. » Une crainte d’autant plus vive que les rosés italiens se repositionnent depuis quelques années, sortant de l’entrée de gamme pour se premiumiser.

Challenger italien

« Après l’explosion des vins effervescent qui a porté le Prosecco, le marché américain s’est amouraché des rosés » souligne, non sans espoir, le site italien WineNews, rapportant la stratégie de communication américaine « Puglia in Rosé » du vignoble des Pouilles, qui est la première région italienne de production de rosato. D’après les dernières données de l’Observatoire Mondial du Rosé, la France reste le premier pays producteur de vins rosés (28 % de la production mondiale, contre 10 % pour l’Italie, arrivant quatrième), mais se classe troisième en termes de volumes exportés (derrière l’Espagne, 42 %, et l’Italie, 16 %).

Ayant décidé récemment de moins dépendre du marché américain (en prospectant plus la région Asie-Pacifique), le CIVP semble désormais être pris de cours par les modifications brutales qui y sont attendues. « Nous allons continuer d’y investir et allons suivre avec attention les évolutions de sa consommation » conclut Brice Eymard.

 

 

* : En 2018, la Provence a expédié 197 400 hectolitres de vins pour un chiffre d’affaires de 273,5 millions d’euros vers les Etats-Unis (respectivement +13 et +14 % par rapport à 2017). Le prix moyen départ cave s’est hissé à 5,2 euros HT/col.

L’optimisme reste de mise à Sancerre

Pas d’anticipation anxiogène à Sancerre. « On attend le 18 octobre, en espérant que les Etats-Unis reviennent à la raison. Nous ne pouvons qu’avoir confiance dans le gouvernement et ses négociations » pose Christine Laloue, la présidente de l'Union viticole Sancerroise. N’osant pas penser au pire, la vigneronne espère que la situation va s’arranger pour le premier marché export de son appellation (23 % des volumes en 2018). « Le commerce est ainsi, nous y sommes habitués. Un marché porteur s’écrase pour des raisons économiques ou autre, et on s’adapte » souligne Christine Laloue, résolument optimiste alors que les incertitudes se cumulent. Comme pour le marché britannique, pesant pour 9 % des exportations de Sancerre, où l’application du Brexit ce 31 octobre reste en suspens.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé