LE FIL

Sanctions USA

Les opérateurs face à la pression du 18 octobre

Mardi 08 octobre 2019 par Mathilde Hulot

La possibilité d'augmenter la taxe sur les vins est une mauvaise nouvelle pour les opérateurs français qui n'ont encore peu de visibilité sur les conséquences commerciales de cette modification des tarifs douaniers.
La possibilité d'augmenter la taxe sur les vins est une mauvaise nouvelle pour les opérateurs français qui n'ont encore peu de visibilité sur les conséquences commerciales de cette modification des tarifs douaniers. - crédit photo : CC0 Creative Commons
Le 2 octobre, les Etats-Unis ont annoncé leur intention de taxer les vins français de 25 % de droits de douane le 18 octobre prochain. Les opérateurs français expriment leurs inquiétudes.

Comment ne pas s’inquiéter quand les Etats-Unis annoncent, le 2 octobre, qu’ils se préparent à frapper de 25 % de droits de douane les vins tranquilles français avec d’autres produits européens pour le prix d’un litige entre Airbus et Boeing ?

"On fera moins de volume et d’autres vins en profiteront"

« Cette taxe est une mauvaise nouvelle, estime Aurore Legrand, vigneronne dans le Var. J’ai entendu dire que des distributeurs annulaient déjà leurs commandes. C’est sûr que cela va freiner les achats. On fera moins de volume et d’autres vins en profiteront. Je risque d’avoir investi pour rien. J’espère franchement que les Américains reviendront sur leur décision ».

Aurore Legrand a repris le Pas du Cerf à La Londe-les-Maures, il y a presque vingt ans. Elle produit 550 000 bouteilles sur 80 ha, dont 450 000 de côtes-de-provence. L’export représente 8 % de son chiffre d’affaires. « C’est peu, reconnaît-elle, mais le marché nord-américain est essentiel et favorable aux rosés. » Pour s’y implanter elle a recruté une personne à plein temps qui s’y rend régulièrement. Désormais, elle redoute un sérieux coup de frein à ses ambitions.

Coup dur pour ceux qui démarraient aux USA

Pour Producteurs de Plaimont le marché nord-américain est aussi une cible très prometteuse. Cette coopérative gersoise réalise 80 millions d’euros de chiffre d’affaires et 60 % de ses ventes à l’export. Premier débouché : le Royaume-Uni, suivi des Pays-Bas et de l’Allemagne. Depuis l’an passé, elle attaque les Etats-Unis avec ses cépages locaux, à mille lieux des sempiternels chardonnays, cabernets et merlots. « Nous étions en pleine éclosion. Si les 25 % de taxe sont actés, toute notre stratégie de développement sera impactée », déplore Olivier Bourdet-Pees, le directeur général.

A Nuits-Saint-Georges, Jean-François Curie, directeur général de Boisset, est bien plus concerné. Il se dit « attristé et fâché que les vins soient pris en otage dans des négociations qui nous échappent ». Son entreprise est présente sur le sol américain depuis une trentaine d’années, avec une filiale et de nombreux importateurs. En 2018, l’export totalisait 65 % de son chiffre d’affaires de 200 M€ ; les Etats-Unis étaient de loin son premier marché export (20 %). « Si la taxe est appliquée, les bourgognes génériques, mâcon, pouilly-fuissé, crus du beaujolais et vins du Rhône que nous commercialisons à des prix consommateurs entre 15 et 25 US$, seront forcément impactés », prévient Jean-François Curie.

Les opérateurs vont-ils absorber une partie de la hausse ?

Malgré cela, il se veut optimiste et prudent. Il se souvient du boycott des vins en 2003 et d’autres crises qu’il a surmontées. Aujourd’hui, contrairement à 2003 où la France avait refusé de suivre les Etats-Unis dans leur guerre en Irak, il n’y pas de sentiment anti-français Outre-Atlantique. « Les distributeurs vont prendre sur eux, veut croire Jean-François Curie. Ils sont engagés sur des niveaux de prix pour la fin de l’année quand auront lieu toutes les opérations promotionnelles. On espère qu’ils ne nous demanderont pas d’y contribuer davantage. »

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé