LE FIL

Ventes en grande distribution

Prosecco qui rit, Champagne qui pleure

Lundi 23 septembre 2019 par Juliette Cassagnes

Les ventes de bulles dans les enseignes de la distribution française tournent au ralenti, hormis celles du Prosecco et des Crémant
Les ventes de bulles dans les enseignes de la distribution française tournent au ralenti, hormis celles du Prosecco et des Crémant - crédit photo : J Cassagnes
Les ventes de bulles dans la GMS française de ces 12 derniers mois (de juillet 2018 à juin 2019) affichent des performances très contrastées selon les catégories. Pendant que le Prosecco se développe encore, le Champagne et le Cava perdent du terrain.

Selon le panel distributeurs IRI(*), le Prosecco continue sa forte progression avec un taux de croissance élevé de +25% en volume (8,7 millions de cols) et en valeur (56 millions de C.A.). Si le marché des vins effervescents en grande distribution ne recule que de -2,3 % en volume, il le doit en grande partie au Prosecco qui poursuit sa progression spectaculaire malgré un prix moyen de vente parmi les plus élevés et en croissance.

"L'effet Spritz se poursuit"
Le Prosecco gagne 1 à 2 points de part de marché dans toutes les grandes régions françaises, référencé dans un nombre toujours plus grand de points de vente. «Par rapport au Champagne et au Cava, le Prosecco est beaucoup moins dépendant des promotions ; il souffre donc moins de l'entrée en vigueur de la loi Egalim du début d'année », explique Eric Marzec, directeur unité vins et alcools chez IRI. « L'effet spritz » est par ailleurs toujours bien présent : les ventes de bulles italiennes sont corrélées avec celles, croissantes, de l'Apérol et ont surtout lieu l'été. « On estime à environ 60% des volumes de Prosecco consommés ainsi », précise t-il.

Les ventes des principales appellations en Crémant se comportent également bien malgré la concurrence de l'effervescent italien : avec 14,9 millions de cols et 94,6 millions € réalisés, l'Alsace progresse de +3,4% en volume et de +4,5% en valeur : « Les intervenants sont actifs et il y a beaucoup de promotions qui le font vendre », indique l'expert. Les Crémant de Bourgogne poursuivent également leur croissance : 5,8 millions de bouteilles (+ 2,2%) ont été écoulées pour un chiffre d’affaires à 38,9 millions € (+ 4,3%). Ceux de la Loire sont aussi en hausse de +10,6% en volume (3,8 millions cols) et +8,4% en valeur (22 millions € de CA). Les ventes de Crémant de Bordeaux sont dynamiques avec +21% en volume (1,38 millions de bouteilles) et +23,6% en valeur (CA de 7,7 millions d'euros). « La marque crémant va globalement très bien », résume Eric Marzec.

Egalim pénalise Champagne et Cava

Les autres AOC françaises sont en revanche plus en difficulté : la Clairette de Die passe de 6,4 à 5,98 millions de cols écoulés, soit -6,5%, « les vins doux n'ayant pas le vent en poupe ». Les ventes de Blanquette de Limoux, de Vouvray et de Saumur sont aussi en repli. Idem pour les autres mousseux « cuves closes » et « méthodes traditionnelles » (- 2 millions de bouteilles).

Le Champagne, qui reste de loin l'effervescent le plus vendu, perd également du terrain, passant de 46,7 à 43,4 millions de cols vendus, soit -7,2%. « La fin des promotions agressives depuis début 2019 leur fait très mal car cette catégorie en était très dépendante, explique l'expert. Le pire est donc à venir car le gros des ventes se fait surtout au moment des fêtes de fin d'année ». Mais ce n'est pas l'unique raison, les ventes ayant déjà commencé à baisser avant l'entrée en vigueur de la loi, depuis septembre 2018. La loi Egalim n'a fait "qu'aggraver la situation". « Le champagne souffre de son positionnement haut-de-gamme, les consommateurs font plus attention à leurs dépenses, ne sur-consomment pas. C'est Le vouloir-d'achat et non le pouvoir d'achat qui est en baisse ! », poursuit le spécialiste.

A noter enfin, pour la première fois depuis 10 ans, un repli des ventes de Cava de - 4 % au premier semestre 2019. Comme pour le Champagne, ce vin pâtit de la loi Egalim : « C'est un produit qui va chercher le consommateur par la promotion », rappelle Eric Marzec.

« Les volumes perdus sur ces deux catégories ne sont pas compensés par la progression du Prosecco. Personne ne récupère leurs parts de marché : la consommation des bulles, mais aussi des alcools, baisse en GD, résume l'expert. Le champagne et le prosecco ne sont d'ailleurs pas concurrents et ne se vendent pas sur la même période ».

(*Ces données couvrent l’ensemble des circuits suivis par IRI : tous les points de vente >400m² (HM-SM) mais aussi le Drive, la Proximité (mag <400m²) et le Hard Discount)

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