LE FIL

Fin du bras de fer

L’ambitieux plan de la filière vin remis au gouvernement

Mardi 30 janvier 2018 par Alexandre Abellan

Le plan de filière est présenté en quatre engagements : sociaux, environnementaux, sanitaires et économiques.Le plan de filière est présenté en quatre engagements : sociaux, environnementaux, sanitaires et économiques. - crédit photo : CNIV
Un courrier d’Emmanuel Macron a permis de lever les craintes sur la politique de « dénormalisation » de la consommation de boissons alcoolisées envisagée par le ministère de la Santé. Et de rendre le travail stratégique de la filière, qui compte marquer un tournant en alignant les engagements d'innovations et de ruptures.

Le vin est « l’âme de la France » : ces quelques mots du président de la République ont suffi à rassurer les représentants du vignoble et du négoce. Ayant Interpellé Emmanuel Macron et son gouvernement sur la Stratégie Nationale de Santé 2018-2022 et sa volonté de « dénormalisation » des consommations de boissons alcoolisées, les porte-parole du vin estiment avoir obtenu la clarification dont ils faisaient le préalable au rendu de leur plan de filière dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation. Suspendue depuis le 15 décembre dernier, la remise du plan de filière s'est finalement débloquée après un rendez-vous de la filière avec Audrey Bourolleau et Marie Fontanel (respectivement conseillère agriculture et santé de l'Élysée).

Après cet échange, le courrier du président « répond à nos attentes. Il sépare bien les consommations excessives et raisonnables et nous propose de participer à une politique de prévention. Ce sont deux points majeurs, que nous n'avions jamais obtenu précédemment » se réjouit Jean-Marie Barillère, le président du Conseil Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV). « Cette ouverture est inédite, elle nous donne la capacité de travailler avec le ministère de la Santé et de dialoguer avec des organismes qui ne le voulaient pas jusqu'à présent » salue l'ingénieur agronome champenois.

E-étiquette des ingrédients

Le plan vient ainsi d’être envoyé au Ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, ce 29 janvier. Désormais dévoilées, ces propositions stratégiques ne manquent pas d’ambition. La consommation modérée fait évidemment partie des axes du plan, avec notamment la mise en place de e-étiquettes fin 2018, afin de permettre aux consommateurs de consulter sur leurs smartphones les informations énergétiques d’une bouteille donnée de vin (et montrer la coopération de la filière sur le sujet épineux de l’étiquetage). « Demain toute la consommation passera par l'informatique, le numérique permettra de donner de véritables informations sur les modes de fabrication et la composition du produit final » explique Jean-Marie Barillère. Ajoutant que les messages de consommation responsable auront davantage leur place sur le web que sur l'étiquette physique.

"Le tournant de la viticulture durable"

Parmi les nombreux engagements du plan de filière, les ruptures les plus fortes se font en matière de développement durable. L’objectif est ainsi affirmé d’en finir avec les pesticides dans le vignoble*, « sous réserve de trouver des alternatives fiables qui participent aussi à la création de valeur ». Une visée qui n’est pas sans rappeler l’engagement du vignoble bordelais en la matière, qui table notamment sur l’arrivée de cépages résistants au mildiou et à l’oïdium. La demande de modification des cahiers des charges d’AOC et IGP afin de permettre leur utilisation est d’ailleurs évoquée. « Nous devons récupérer de la liberté d'innovation dans nos cahiers des charges. Y compris pour faire des vins sous indication géographique avec des vignes non-Vitis vinifera. La réduction des intrants passe par là » souligne Jean-Marie Barillère.

Arrêt des herbicides

Pêle-mêle, le plan annonce également l’arrêt des herbicides sur 50 % des surfaces viticoles (hors vignobles de forte pente) et de renouveler les deux-tiers des matériels de pulvérisation « peu performants » en cinq ans (pour privilégier les outils réduisant la dérive). Dans la même veine, les élus souhaitent que 50 % du vignoble soit en 2025 sous certification environnementale (Haute Valeur Environnementale, bio…). Pour concrétiser ces ambitions, la filière demande un soutien du gouvernement, passant notamment par des aides directes à l’investissement, mais aussi par une meilleure valorisation. « Il faut accélérer la transition écologique et son financement par une meilleure création de valeur » résume Jean-Marie Barillère.

"Contrats interprofessionnels"

Les États Généraux de l’Alimentation se penchant sur la juste répartition de la valeur au sein de l’agriculture française, le plan de la filière vin s’engage à une hausse du chiffre d’affaires de tous ses opérateurs en développant l’export. Souhaitant renforcer les interprofessions, le plan appelle de ses vœux la généralisation des contrats pluriannuels, « plus attractifs en définissant notamment des formules de prix et leurs modalités de révision ». Les élus demandent notamment que les interprofessions puissent parler de cours : « le débat sur le prix ne doit plus être un tabou ». La création d’un lieu de concertation avec les acteurs de la distribution est également évoquée, notamment pour mettre fin au cagnottage et aux promotions jugées excessives.

Fiscalité

Après le gel 2017, la question de la résilience des entreprises est également évoquée, avec le travail sur des outils de filière (volumes complémentaires individuels, voire interprofessionnels) et de meilleures offres assurantielles. Alors que la fiscalité agricole va être remise à plat cette année, le plan Filière Vins demande des réformes sur les taxes foncières, la fiscalité des stocks, la transmission… Et « l’épargne de précaution, tel qu’évoqué par le Président de la République lors de ses vœux au monde agricole le 25 janvier dernier » souligne la filière, décidément très attentive aux déclarations d’Emmanuel Macron.

"Régionalisation"

Maintenant que les grandes lignes du plan sont connues, « la prochaine étape est de le régionaliser. Selon les vignobles et les types de production, certaines régions iront plus ou moins vite. Par exemple sur l'interdiction de pesticides » esquisse Jean-Marie Barillère. Charge désormais aux élus de la filière de convaincre leurs opérateurs de la mise en œuvre de ce nouveau plan d'avenir, afin qu'il ne reste pas dans un tiroir comme ses illustres prédécesseurs.


* : En détail, le plan annonce la volonté de « limiter l’exposition aux produits phytosanitaires avec comme engagement principal de ne plus utiliser d’ici à cinq ans des produits nécessitant le port d’équipement de protection individuelle après les délais de ŕentrée (ÉPI). Nous demandons que les Autorités Françaises ne renouvellent pas les Autorisations de Mise sur le Marché de ces produits. »

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Corinne03 Le 30 janvier 2018 à 16:17:07
L'épargne de précaution est un sujet porté par les Vignerons indépendants depuis des années ; elle figurait d'ailleurs dans le Livre Blanc de la Confédération qui a dû être lu avec attention par le Président de la République ;-)
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