LE FIL

Le poids des mots

Le plan stratégique de la filière vin passé au crible

Vendredi 15 août 2014 par Alexandre Abellan

Le poids des mots : le plan stratégique de la filière vin passé au crible

Rendu au Ministre de l'Agriculture ce début d'été, le plan stratégique de la filière vin pour 2025 tient en 32 pages, 73 mesures et pas moins de 6 541 mots. Décomposant froidement le texte, la statistique lexicale souligne les enjeux mis en avant par les représentants de la filière, ainsi que les thématiques mises en retrait, voire oubliées. Apparaissant 85 fois au pluriel et 39 au singulier, le « vin » est inévitablement le mot revenant le plus dans le texte, suivi par les « mesures » (84 occurrences) et la « filière » (80). Témoignant de la volonté de replacer les vins français à « l'exportation » (12, autant que les « importations »), les « marchés » viennent tout de suite après (41 fois au pluriel, 39 au singulier), avec un focus sur les « entreprises » (29). Si la prédominance des termes « production » et « viticole » ne surprend pas (56 et 52 occurrences), le « développement » (46) résonne comme un appel soutenu à la « croissance » (25), concept restant cependant flou dès lors qu'il est question de la « gestion des autorisations de plantation » (2). Alors que la question de l'étanchéité des autorisations de plantation entre catégories reste posée, « AOP » et « IGP » n'apparaissent que trois fois, les « VSIG » 9.

Si la « recherche » est invoquée 29 fois (et « l'innovation » 11), les préoccupations viticoles actuelles sont à peine évoquées, comme les changements et aléas « climatiques » (6), les « maladies du bois » (4) ou les produits phytopharmaceutiques (évoqués une fois... via « Ecophyto »). Un état de fait « volontaire » nous confiait récemment Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vins à Appellation d'Origine Contrôlée (CNAOC). Selon lui, « il nous manque aujourd'hui, de manière frappante, une gouvernance de la R&D. Le travail sur la maladie du bois en est l'exemple. Chacun y travaille dans son coin et l'on a perdu beaucoup de temps, d'énergie... d'argent sans doute. Il faut travailler à ce que les compétences s'agrègent. » Une gouvernance que le Comité National des Interprofessions du Vin met actuellement en place, et qui pourrait se concrétiser sous la forme d'une plate-forme collective (cliquer ici pour en savoir plus).

Parmi les mots délaissés par ce plan stratégique, on notera sept petites apparitions du « vrac » (soit autant que la « bio »), huit « viticulteurs », trois « pépinières », deux « vignerons », un seul « effervescent »... Seulement trois bassins viticoles sont cités dans le document, par le haut de gamme : Bordeaux, Bourgogne et Champagne. Parmi les absences, on remarquera également celles de catégories professionnelles majeures (« négociants », « courtiers », « fournisseurs »...) et des nouvelles technologies de communication (« internet », « réseaux sociaux »...)

 

 

[Illustration : le contenu du plan stratégique de la filière vin vu par Wordle]

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craoux Le 18 août 2014 à 22:15:11
Certes, on peut s'arrêter - avec cynisme comme le fait Mr Nasles - sur le "0" place accordée aux "rosés" .. On peut aussi s'étonner de ce qui est contenu dans le tableau de synthèse du Plan Stratégique. Ainsi, j'y ai retrouvé avec délice grand nombre de "propositions" dont la plupart ne sont que des reformulations d'anciennes préconisations .. c'est vous dire l'importance qu'il faut accorder à ces "rapports" qui émaillent l'histoire de la filière. Du neuf avec du vieux .. mais rien ne bouge. Ainsi, au hasard, celles-ci : 1/ Mettre fin au différentiel de traitement de la méthode d’enrichissement entre les régions françaises. - (ndlr: je rappelle que l'OCM vitivinicole a été profondément modifiée en 2008 et que, dès la récolte 2009, s'il n'y avait eu encore et toujours la guéguerre stérile entre les pro-sucre et les pro-MCR alimentée à coup d'arguments qui ne tiennent plus, l'exception culturelle historique franco-française liée au saccharose "mais pas partout" - venue des années 60, merci De Gaulle - aurait été défaite et tout aurait pu être simple .. Manque de bol, des pros comme J. Gravejeal veulent nous faire croire qu'un vin du Sud ne peut pas être enrichi autrement qu'avec du MCR (même s'il vient d'Espagne ?). 2/ Clarifier les missions des conseils de bassin viticole et assurer la présence institutionnelle de toutes les organisations professionnelles. - (ndlr: il serait temps de penser à clarifier le mode de fonctionnement d'un outil mis en place dès déc. 2008 ! .. quant à exiger la présence institutionnelle de toutes les organisations pros > ça laisse rêveur sur la capacité de concertation préalable au niveau local et sur la pertinence de l'exigence, en terme de coût, qui va à contrecourant de ce qui s'observe avec le dégraissage du millefeuilles dépt/régions.) 3/ Favoriser la concertation entre interprofessions, en particulier entre les interprofessions à l'échelle d'une grande région et l'interprofession nationale des VSIG. -(ndlr: c'est déjà inscrit dans le schéma actuel de fonctionnement des bassins si je ne m'abuse ... pourquoi ça ne se fait pas ? .. même les vœux pieux ne changeront pas les rigidités dogmatiques entre régions marquées AOP et les autres). 4/ Quantifier les importations "relocalisables" - (ndlr: on y revient toujours et à chaque fois avec ces "relocalisables" qui correspondent aux ha dédiés aux vins VSIG et/ou aux moûts "non vin") et identifier les besoins correspondants, afin de définir les actions à conduire de manière viable - (ndlr: là, on se fout du monde ! depuis le temps que nos chers "pros" marquent leur désintérêt pour ces segments, on se demande en quoi un xième Plan va faire bouger les lignes !). Ma conclusion (toute personnelle): la participation à l'écriture de ce rapport aura satisfait les égos, bien. Et après ?
craoux Le 17 août 2014 à 18:25:34
Extrait du rapport final (mai 2014), j'ai relevé ce passage qui nous éclaire un peu - mais pas nominativement - sur les "personnalités" qui ont brainstormé pour arriver à ces propositions : " .... C’est pour cette raison que le Ministre en charge de l’agriculture a engagé une réflexion stratégique sur les perspectives des filières agroalimentaires qui doit se traduire par des engagements des différents acteurs. Cette réflexion a été conduite, pour ce qui concerne le secteur viticole, en s’appuyant sur FranceAgriMer et son conseil spécialisé. De nombreux groupes de travail du conseil, associant tous les acteurs de la filière, se sont tenus depuis octobre 2013 sur le sujet. Un rapport d’étape à la réflexion stratégique sur les perspectives de la filière viticole à l’horizon 2025 a été présenté au ministre en charge de l’agriculture en décembre 2013. .."
VITICULTEUR Le 17 août 2014 à 16:34:19
Rappelez-nous comment se compose le"groupe de travail"qui a- sans doute-rédigé ce plan ?
Olivier NASLES Le 16 août 2014 à 18:22:25
Dans la même lignée, nous pourrions sourire à la présence(sauf erreur de ma part) une seule fois du mot "Rosé" et encore associé à l'opportunité des effervescents. Il est clair qu'un produit qui est passé en 20 ans de 10 à 30% de la consommation du vin en France n'est certainement pas un axe stratégique pour la filière.....
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