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Loïc Pasquet
Sauveur ou truqueur de Bordeaux ?

Photo : Corbeyran.
Qu’ils soient fascinés, inspirés, incrédules, soupçonneux ou irrités par le succès éclair du domaine Liber Pater, le bordeaux le plus cher est le plus controversé, les lecteurs de Vitisphere ont lu avec avidité l’interview de son créateur, Loïc Pasquet, dans l’un des articles les plus lus de 2018. Se donnant pour objectif de dépasser les prix du vin le plus cher au monde, le domaine de la Romanée Conti, Loïc Pasquet estime surtout que les appellations sont un concept moribond, car industrialisé, devant être remplacé par une approche ultra-locale.
« Pour valoriser ses vins, on ne peut pas produire la même chose que son voisin » est son mantra, plus bourguignon que bordelais. Souhaitant en finir avec les vins de cépages duplicables, le vigneron veut revenir à des vins de lieu préphylloxérique. Que ce soit dans les cépages anciens plantés francs de pieds et les modes de conduite à haute densité et très faible production. La rareté faisant la cherté autant que l’unicité.
Loïc Pasquet tient-il plus de l’hurluberlu ou du prophète ? Pour ses contempteurs, c’est avant tout un escroc. Accusé de falsifier ses prix de vente (à plus de 4 000 euros la bouteille) et condamné pour une fraude aux aides FranceAgriMer (ce dont se défend Loïc Pasquet, qui maintient être la victime d’un importateur chinois). Loin d’être isolé dans le paysage bordelais, Liber Pater est pourtant soutenu dans sa démarche par des techniciens reconnus (comme le consultant Stéphane Dereononcourt qui a signé la préface de l’ouvrage sur le domaine) des négociants de la place de Bordeaux (qui distribuent ses 1 500 cols annuels à une niche de niche, pour ne pas dire de riches).
« Si je faisais la même chose avec une bouteille vendue 50 euros on me trouverait sympa et génial, mais mes coûts de production sont bien supérieurs » sourit Loïc Pasquet, qui vit bien d’être aussi bien adulé que haï. Aventurier du goût pour les uns ou arriviste à la mode pour les autres : le débat reste ouvert.
Rédacteur : Alexandre Abellan.