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Sécheresse et chaleurs, le vignoble de la moitié Sud en souffrance
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Chaud dans les vignes
Sécheresse et chaleurs, le vignoble de la moitié Sud en souffrance

De Bordeaux à la Provence, le vignoble et les sols de la moitié sud du pays tirent la langue. A des degrés divers, les impacts volumiques sur la récolte à venir sont quasiment actés, alors que les températures ne cessent de se maintenir à des sommets inédits.
Par Olivier Bazalge Le 04 août 2022
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Sécheresse et chaleurs, le vignoble de la moitié Sud en souffrance
Déjà présent, le jaunissement des feuilles s'est accentué en Provence, alors que l'eau se fait toujours attendre - crédit photo : J. Mazeau CA 83
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n Gironde, « ce sont les sols très filtrants de graves, ainsi que les sols peu profonds, sur lesquels nous relevons le signes les plus marqués de stress hydrique. En particulier sur jeunes vignes où s'observent défoliation, voire début de flétrissement, en raison de leur système racinaire pas suffisamment développé », constate Romain Tourdias, conseiller viticole à la Chambre d’Agriculture de Gironde (CA 33). L’arrosage est donc de rigueur partout où c’est possible, « ou faire tomber du raisin pour diminuer la charge par pied », enchaîne le conseiller. La défoliation peut également apparaître dans des vignes plus âgées, sans aller jusqu’au flétrissement, « mais les grains restent globalement assez petits et les différences sont plus marquées par rapport aux sols que par rapport aux variétés cultivées », précise Romain Tourdias. L’œnologue consultant Pascal Hénot, directeur de l’EnoSens Coutras, ajoute en outre que certaines zones se distinguent néanmoins par « l’arrivée bienvenue de pluies en fin de mois de juin, créant des situations hétérogènes selon les secteurs, mais le manque d’eau aura un impact quantitatif sur la récolte ».

Romain Tourdias a constaté une plus grande sensibilité des cabernet-sauvignon au phénomène d’échaudage, notamment lors du coup de chaud du 14 juillet, et Pascal Henot y voit une raison du ralentissement physiologique plus marqué pour les cabernet. Les véraisons sont bien avancées et le millésime sera certainement marqué par la faiblesse de l’acidité, mais sur les sols profonds, Pascal Henot voit d’un bon œil le retour « de nuits fraîches favorables à la respiration de la vigne la nuit ». il estime qu’l est encore tôt pour préfigurer les niveaux d’acidité à la récolte, alors que Romain Tourdias anticipe leur baisse. « Nous arrivons déjà à goûter des baies de merlot car leur acidité a déjà baissé, contrairement à d’habitude. Les premiers rouges devraient rentrer entre le 5 et le 10 septembre, quand il ne serait pas étonnant de voir des blancs commencer à être ramassés autour du 20 août en Gironde », abonde-t-il.

Plus à l’est, dans le Gers, le consultant Stéphane Yerle a constaté des vignobles où la défoliation apparaît, notamment dans les secteurs des sables fauves (Bas-Armagnac). « Colombard et ugni blanc tiennent bien mais la situation se complique pour chardonnay et sauvignon en Gascogne, alors que la zone a été touchée par la grêle », relève-t-il.

Equilibres précaires

En Languedoc, la zone de l’Ouest héraultais et de l’Aude continue de profiter de pluies bénéfiques au mois de juin, « qui permet aux vignes de bien fonctionner », valide Stéphane Yerle, « mais dans le reste du Languedoc, il y a un distinguo énorme entre vignes irriguées et non-irriguées, avec une constante commune cependant, les baisses importantes d’acide malique, conséquence des températures trop élevées, en particulier la nuit ». Les maturations restent pourtant actives, même en cas de contrainte hydrique mais le fait qu’elles se fassent dans ces conditions de chaleur amène le consultant à situer « une fenêtre de tir très restreinte pour avoir des thiols sur les sauvignon, quasiment autour de 10 % vol, en espérant que celle des terpènes pour les rouges sera un peu plus large ». La récolte ayant commencé, Stéphane Yerle souligne l’importance d’équipements comme les échangeurs à vendange, « pour faire rapidement baisser la température des raisins compte tenu des températures de récolte ».

« La situation hydrique devient très préoccupante dans le Pic Saint-Loup, en particulier dans les parcelles qui ont été grêlées fin juin où la vigne a déjà puisé dans ses ressources pour cicatriser et repartir en végétation. Les symptômes de stress hydrique y sont sévères », relève Gwenaël Thomas, ingénieur agronome consultant pour le laboratoire Natoli & associés.

Avec une pluviométrie en berne et une jolie sortie, l’Est du Languedoc dessine une tendance qui se retrouve également en vallée-du-Rhône et, dans une moindre mesure, en Provence. « Les défoliations et les blocages y sont installés, se traduisant par des blocage de véraison sur grenache, qui restent roses alors que le degré monte et l’acidité chute. Il résiste bien aux températures, mais ce cépage a besoin d’amplitude thermique pour faire de la couleur. Cela se passe mieux pour la syrah qui perd plus facilement ses feuilles face à la chaleur, mais qui maintient la maturation de ses raisins », situe Stéphane Yerle. L’Institut Coopératif du Vin du Gard (ICV) souligne la précocité remarquable de l’année, liée à des dynamiques de maturation qui restent actives, malgré le stress hydrique, mais la défoliation se fait importante dans les zones ne bénéficiant pas de l’irrigation.

Rhône en souffrance

Tristan Perchoc, consultant viticole de l’ICV en vallée-du-Rhône, souligne la grande souffrance des vignes : « même sur les sols le plus profonds, où on a consommé la totalité de la ressource hydrique depuis mi-juillet. Alors que la pluviométrie depuis avril reste largement inférieure aux moyennes de saison, même sur les contreforts du Ventoux où il y a eu plus de pluie ». Le consultant situe les zones irriguées « à 20 % des surfaces du vignoble rhodanien méridional, pour des parcelles essentiellement destinées aux blancs et rosés, et qui se comportent d’autant mieux qu’elles ont été installées sur sols profonds en vue d’être irriguées ». Les maturations semblent déjà bloquées, alors que les niveaux d’acide malique et tartrique sont bas, l’azote présente des déséquilibres prégnants « et les degrés continuent de monter par concentration, avec crainte du dessèchement », reprend Tristan Perchoc.

Les grenache présentent les mêmes caractéristiques de faible couleur que dans le Gard, « et même dans le Nord de la vallée du Rhône, où les pluies ont été plus importantes, la situation est compliquée car les pratiques d’adaptation par maintien de la surface foliaire ou faire tomber des raisins ne sont pas implantées chez les vignerons », recentre le consultant de l’ICV. Les vendanges destinées aux rosés pourraient démarrer dès le 20 août en zone irriguée. Stéphane Yerle prévient déjà que l’élaboration des rosés issus de vignes non-irriguées risque de constituer cette année une gageure, « avec un risque accru de teintes orangées plutôt que roses, tant les maturations se présentent déséquilibrées ».

Même s’ils sont bien présents (jaunissement), les symptômes de stress hydrique restent moins marqués dans le var qu’en vallée-du-Rhône. « Il n’y a pas encore de défoliation, mais les baies sont petites et la véraison est lente », relève Julie Mazeau, conseillère viticole à la Chambre d’Agriculture du Var (CA 83). Des pluies permettraient de maintenir le processus de maturation qui n’apparaît pas encore bloqué, mais dans le Rhône, Tristan Perchoc estime que « même avec de la pluie, il faudra du temps pour que la plante se remette, entre les feuilles tombées et l’activité photosynthétique dégradée dans celles qui restent ». Comme l’indique l’ICV du Gard dans son point météo, des orages pourraient se présenter d’ici le 10 août, mais les indices de confiance restent faibles.

 

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Tous les commentaires (1)
Cornelis van Leeuwen Le 04 août 2022 à 10:52:43
Quel modèle pour la viticulture française ? Le sujet d?une généralisation éventuelle de l?irrigation de la vigne en France est un sujet suffisamment sérieux pour mériter un débat contradictoire. A chaque épisode de sécheresse on entend des appels pour développer l?irrigation de la vigne. Il existe pourtant un savoir-faire millénaire dans le bassin méditerranéen pour cultiver la vigne dans des conditions sèches, grâce à un matériel végétal et des systèmes de conduites adaptés. On cultive actuellement la vigne sans irrigation dans des régions bien plus sèches que les endroits les plus secs en France. Avec nos étudiants de Bordeaux Sciences Agro nous avons travaillé avec la Bodega Bodem en Aragon en Espagne (appellation Cariñena). Leur cuvée « Las Margas » est produite avec des Grenache sur 110R en gobelet. Le produit est bien valorisé et l?entreprise est très rentable. Et pourtant il pleut, en moyenne, seulement 350 mm par an dans cette région et ils n?ont pas recours à l?irrigation. La contrainte hydrique n?est pas un problème pour la production de vins rouges de qualité, bien au contraire, elle est indispensable. 2019 était un grand millésime à Chateauneuf du Pape et pourtant, il n?avait plu que 230 mm entre le premier janvier et le 30 septembre. 2000, 2001, 2003, 2005, 2006 et 2009 sont d?autres exemples d?années très sèches où les vins sont de grande qualité dans cette région. Mais le plus grand problème de la généralisation de l?irrigation c?est le désastre écologique annoncé. Il suffit d?aller en Australie, dans le bassin de la rivière Murray, en Californie ou dans la plaine de Mendoza pour le constater. L?irrigation peut faire illusion d?augmenter la profitabilité des entreprises pendant quelques années, avec une augmentation du rendement. Mais l?exemple espagnol de la Mancha, où l?irrigation s?est très rapidement développée en tirant l?eau d?aquifères non renouvelables, montre que le savoir-faire de culture en conditions sèches se perd très rapidement. Dès que les viticulteurs ont eu accès à l?irrigation ils ont planté des cépages peu résistants à la sécheresse (Syrah, Merlot et Tempranillo), parfois sur des porte-greffe non adaptés, avec des systèmes de conduite qui nécessitent beaucoup plus d?eau que le traditionnel gobelet. Lorsque dans quelques années les aquifères sont asséchés il n?y a pas de retour en arrière. Ayons le courage de défendre notre savoir-faire millénaire pour continuer un système de production qui a fait ses preuves de durabilité. Cornelis van Leeuwen Professeur de viticulture à Bordeaux Sciences Agro UMR EGFV, ISVV
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