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Ce qui marche… Ou pas pour réduire le stress hydrique des vignes
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Essais
Ce qui marche… Ou pas pour réduire le stress hydrique des vignes

Paillage, couverts végétaux, réduction de la surface foliaire... permettent-ils de réduire le stress hydrique ? Tour d'horizon des essais menés dans différentes régions.
Par Christelle Stef Le 08 novembre 2022
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 Ce qui marche… Ou pas pour réduire le stress hydrique des vignes
Paillage d’une plantation au domaine expérimental IFV de Montreuil-Bellay. - crédit photo : DR
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aillage : un effet millésime

Estéban Fortin, responsable du domaine expérimental IFV de Montreuil-Bellay, et l’IFV Angers suivent un essai de paillage dans une parcelle de cabernet franc greffée sur Gravesac âgée d’une dizaine d’année. Un rang sur deux est travaillé, l’autre enherbé et le cavaillon désherbé chimiquement. Ce témoin est comparé à deux modalités paillées, l'une avec de la paille de blé, l'autre avec des copeaux de robinier sur une dizaine de centimètres d'épaisseur.

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Essai de paillage avec des copeaux de robinier (crédit photo DR)

« En 2019 et 2020, où l’été a été très sec, le paillage a eu un effet positif. Il a retardé le stress hydrique et on a eu plus de vigueur et des rendements supérieurs de 10 à 15 % par rapport au témoin. Mais cette année, on n’a pas vu d’effet. » L’explication ? « On a manqué d’eau très tôt. Le sol a été sec dès le début du cycle de la vigne. Or le paillage retient l’eau à condition que l'on parte d’un sol humide. Cette année, ça n'a pas été le cas. Le paillage a même pu avoir un effet négatif en empêchant les petites pluies de quelques millimètres de pénétrer dans le sol. » Estéban Fortin avait déjà fait des essais de paillage du cavaillon avec des feutres végétaux entre 2012 et 2014. Ces protections avaient permis de conserver plus d'humidité dans le sol, mais pas d'améliorer les rendements.

Reste que ces paillages ont un coût élevé. « Pour la paille, il faut compter environ 800 €/ha/an rien que pour pailler le cavaillon. Pour les copeaux de robinier, comptez de 10 000 à 15 000 €/ha,  pour une durée de vie probablement autour de cinq à dix ans. Le rapport bénéfice-coût n’est donc pas forcément en faveur de ces paillages. »

En revanche, sur les plantations, le paillage est plus intéressant car son effet est durable. Les années classiques où le stress hydrique survient en été, il préserve l'humidité des sols. « On voit alors nettement une différence de développement des plants, qui perdure même après le retrait du paillage, quand la vigne est plus âgée. D'un point de vue économique, par comparaison avec le désherbage mécanique, qui peut aussi blesser ou arracher des plants, le paillage peut donc se révéler plus judicieux. »

En Bourgogne, Lise-Marie Lalès, conseillère viticole à la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, suit, dans le cadre du projet régional Stratagème porté par le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), une parcelle de pinot noir d’une vingtaine d’années que son exploitant a couverte en plein d'une toile en géochanvre afin de ne plus avoir à travailler le sol. « On a mis des capteurs de température dans le sol et dans la zone des grappes. Il y a deux degrés de moins sous le paillage comparé au sol travaillé. Le paillage limite le réchauffement du sol lors des pics de chaleur. En revanche, dans la zone fructifère, on n’a pas noté de différence. » Ce paillage a également réduit le stress hydrique.

 

Couverts végétaux : il faut les détruire à temps

Les couverts temporaires sont présentés comme un autre moyen de lutter contre le dérèglement climatique. Après destruction, ils sont réputés ombrager le sol et préserver son humidité par effet de paillage. Un résultat qui n'est pas garanti. C'est ce que constate l'ICV en Provence, où cet organisme suit depuis deux ans un essai de couvert à base de féverole, de vesce, d'avoine et de moutarde. Ce mélange est semé fin septembre ou début octobre. L'ICV a comparé deux itinéraires : un selon lequel le sol a été décompacté avant le semis, l'autre non. Ensuite, ils ont comparé deux modes de destruction : tonte puis enfouissement, ou roulage pour former un mulch.

Les résultats ? « En été, en cas de forte sécheresse le couvert ne réduit pas le stress hydrique de la vigne, détaille Jacques Rousseau, responsable des services viticoles de l’ICV. Au contraire, il peut l'accentuer. En effet, avant sa destruction, il concurrence la vigne en eau et en éléments fertilisants. Et même après. Quand le couvert est roulé, il ne s’arrête pas tout de suite de transpirer, surtout à cause de l'avoine dont la destruction nécessite deux roulages. »

Selon lui, lors de printemps secs comme ce fut le cas cette année, il faut détruire les couverts tôt, courant avril, même s'ils n'ont pas beaucoup poussé. A l’inverse, les printemps plus arrosés comme en 2021, on peut intervenir trois semaines à un mois plus tard. « D’où l’importance de semer tôt, afin d’avoir une biomasse suffisante au moment de la destruction », insiste-t-il.

Le couvert roulé a toutefois un avantage lors des étés chaud et secs : il empêche le sol de « brûler ». « Dès qu’il y a un mulch, la température en surface du sol est réduite de 8 à 10 °C, alors que sur un sol nu, elle peut monter à 50 °C. Cela réduit l’évaporation. » En hiver, aussi, le couvert est bénéfique. « Il améliore la stabilité structurale du sol, augmente l'infiltration de l’eau surtout après décompactage et réduit le ruissellement. Il permet une meilleure recharge en eau des sols. » De quoi mieux passer les été sec... À condition que le couvert n'ait pas consommé le stock d'eau.

 

Biostimulants : pas de miracle

Cette année, l’ICV a évalué sept biostimulants et produits protecteurs contre le stress hydrique – dont il n’a pas dévoilé les noms – en respectant les préconisations des fabricants. Les essais ont eu lieu dans trois parcelles. Dans l’une d’entre elles, les expérimentateurs ont réalisé des mesures de stress hydrique. Verdict : « Dans le meilleur des cas, l’effet est faible », reconnaît Jacques Rousseau. Certains produits appliqués avant la floraison en l’absence de contrainte hydrique ont réduit le rationnement en eau, « mais cela n'a pas fondamentalement changé la donne ». En revanche, ils pourraient contribuer à préserver « un style de vin ».

Les produits à base d’argile ou de chaux forment une barrière physique et réfléchissent la lumière. « Ils réduisent le réchauffement du feuillage. Dans certaines modalités, on note une baisse de 1 à 2 °C de la température des feuilles. Cela peut contribuer à préserver l’activité photosynthétique, mais ne constitue pas un gros bouleversement. Et leur effet est bien inférieur à celui de l’irrigation. »

Sokalciarbo est l'un de ces produits. Cette kaolinite calcinée est censée protéger contre les coups de soleil et le stress thermique.

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Application d'argile (Crédit photo DR)

En Bourgogne, Lise-Marie Lalès a suivi une parcelle de pinot noir âgée, très sensible à l’échaudage, où le vigneron l'a appliqué à deux reprises : le 15 juin, sur l’ensemble du feuillage au stade grains de plomb ; le 13 juillet, sur la zone des grappes peu avant le début de la véraison. « L’impact sur la réduction du stress hydrique n’est pas significatif. Celui sur la réduction de l’échaudage non plus. »

 

Réduction de la surface foliaire : pas d’impact sur le stress hydrique

Autre solution pour lutter contre le manque d'eau : diminuer la surface de feuillage, afin de réduire la transpiration des vignes et donc leur consommation en eau. En théorie, cela tient la route, mais dans la pratique, pas forcément. C'est du moins ce que l'on observe dans le cadre du programme « OnAuraVitChau » mené par l'IFV dans le Beaujolais.

L'essai a lieu dans une parcelle de gamay greffée sur 101-14. Cette vigne est plantée à 2m sur 1m et taillée en cordon. Dans le témoin, le fil porteur est situé à 60 cm  et la hauteur de feuillage est de 1,30 m. Dans la modalité test, les expérimentateurs ont élevé le tronc d’environ 30 cm et monté le premier fil à 90 cm. De ce fait, la hauteur de feuillage n’est plus que de 1 m, soit une réduction de la surface foliaire de 25 à 30 cm. « Nous avons relevé les troncs plutôt qu'abaissé la hauteur de rognage dans le but de faciliter les travaux manuels et pour ne pas avoir à changer le palissage », explique Jean-Yves Cahurel, ingénieur de l'IFV.
Après trois ans de suivi, deux années chaudes et sèches, 2020 et 2022, et une année très arrosée, 2021, les résultats montrent que la réduction de surface foliaire n’a pas eu d'impact sur la contrainte hydrique (mesurée par le delta C13).

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Jean-Yves Cahurel (Crédit photo IFV)

Même observation en Bourgogne, où les organismes techniques suivent plusieurs essais de réduction de la surface foliaire par la réduction de la hauteur de rognage. « Il ne semble pas y avoir d’impact sur le stress hydrique », rapporte Lise-Marie Lalès, conseillère viticole à la chambre d’agriculture de Côte-d’Or. Même constat avec un effeuillage apical.

En revanche, la réduction de la surface foliaire peut jouer sur d'autres paramètres. En Bourgogne, les expérimentateurs ont établi une différence sur le degré alcoolique, qui se trouve réduit de 0,5 à 1 degré entre un rognage à 140 cm et un autre à 110 cm. Dans le Beaujolais, les degrés alcooliques sont restés similaires dans les deux modalités. « Les feuilles restantes compensent en étant plus efficientes et en photosynthétisant davantage », envisage Jean-Yves Cahurel. Et, dans les deux modalités, le rapport feuille sur fruit était bien supérieur au seuil de 1,4 recommandé pour le beaujolais. Les rendements sont légèrement inférieurs lorsqu'il y a moins de feuilles, mais la différence n'est pas significative sur le plan statistique. Seule différence notable : en 2020, les moûts étaient plus acides là où la surface foliaire est réduite – une acidité totale (H2SO4) de 4,9 g/l et un pH de 3,13, contre 4,5 g/l d'acidité totale et un pH de 3,2 avec le témoin. Une différence qui a perduré dans les vins finis et qui se ressent nettement à la dégustation.

 

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