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10 jours de grêle endommagent 30 000 hectares de vignes
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Bilan à date
10 jours de grêle endommagent 30 000 hectares de vignes

Pas un jour ne s’est écoulé entre les 18 et 28 juin sans qu’un vignoble ne fasse les frais des orages de grêle. Les estimations des Chambres d’agricultures et syndicats viticoles donnent près de 30 000 hectares touchés de l'Alsace aux Pyrénées.
Par Marion Bazireau Le 04 juillet 2022
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10 jours de grêle endommagent 30 000 hectares de vignes
Dans certains vignobles, rares sont les baies de raisin qui n'ont pas explosé sous les assauts de la grêle. - crédit photo : Serge Zaka
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e recensement des dégâts causés par la grêle de la Pentecôte à peine achevé, les Chambres d’agriculture et syndicats viticoles ont dû relancer leurs cellules de crise toute la fin du mois de juin.

Le 18 juin, la canicule a commencé par tourner à l’orage et détruire plusieurs dizaines d’hectares dans le vignoble de Pessac-Léognan. La grêle a ensuite fait le tour des vignobles pendant 10 jours consécutifs.

Le 19 juin vers 20 heures, les orages ont éclaté dans le Loir-et-Cher« La grêle a provoqué des dégâts sur une bande large de quelques kilomètres de Pouillé à La Ferté-St-Cyr en passant par Contres » témoigne la Chambre. Les vignobles de Choussy, Oisly, Fresnes, Thenay et Cheverny en ont fait les frais, avec des pertes de récolte de 60 à 80 sur 100 ha, de 30 à 50 % sur 300 ha, et de 10 à 20 % sur 100 autres ha, le tout représentant 15 à 20 000 hl. 

Madiran a connu le même sort. Sur Cadillon, Aurions-Idernes, ou Arrosès, les dégâts varient de 20 à 100 % de grappes touchées, et de 5 à 30 % d’intensité. « Il a aussi été recensé 320 ha impactés chez les vignerons de la cave de Crouseilles. Sur près de 100 ha, au moins 80% de la vendange est perdue » indique Sarah Derollez, de la Chambre des Pyrénées-Atlantiques. 

Nouvel épisode le 20 juin sur le vignoble de Jurançon où deux couloirs de 100 ha ont touché les vignes de Bosdarros, Gan, Lasseube,  et de Lasseubat à 25% et celles de Parbayse, Arbos, Arbus et Monein à 15%.

Apocalypse à Bordeaux et à Cognac

Au premier matin d’été, Bordeaux s’est réveillée complètement sonnée pour la troisième fois du mois, son vignoble encore tapissé de nombreux grêlons tombés la veille au soir.

Selon Philippe Abadie, directeur du service entreprises de la Chambre d’agriculture de Gironde, actuellement en train de revoir ses estimations à la hausse, au moins 10 000 ha de vigne ont perdu plus de 30 % de récolte dans le nord et le sud du Médoc, le Blayais, le Cubzaguais, le nord Fronsadais, et le Libournais.

Après avoir traversé la Gironde, l’orage a ravagé Cognac. « La grêle a suivi plusieurs couloirs sur une zone d’environ 100 kilomètres de long et 30 kilomètres de large, frappant les exploitations de Mirambeau à Sigogne, de Montendre au Sud d’Angoulême, à l’extrême sud-est de l’appellation limitrophe de la Dordogne et de la Gironde, et au sud de Pons, Mazerolles, Champagnolles, et Saint-Palais-de-Phiolin » liste l’interprofession, qui recense 13 500 ha endommagés sur 170 communes. En deux jours, le vignoble a perdu 15 % de son potentiel de production.

La tempête a ensuite gagné la façade est du pays. Au soir de la fête de la musique, la grêle est tombée dans le vignoble de Saint-Pourçain et dans quelques zones du Mâconnais, impactant principalement les communes viticoles d’Igé et d’Azé.

Succession de supercellules

Des supercellules ont également fait peur aux vignerons de Côte d’Or. « La grêle est tombée de manière hyper localisée et fait jusqu’à 40 voire 50 % de dégâts dans des vignes de Chorey-Lès-Beaune, Nuits-Saint-Georges, Gevrey-Chambertin ou Marsannay » relate le conseiller viticole Benoît Bazerolle, peu habitué à voir des dégâts sur les surfaces du feuillage, mais rassuré qu’il soit globalement resté en bon état, que les rameaux ne soient pas trop abîmés et que les grappes soient restées sur pieds.

« Il est tombé jusqu’à 120 mm mais l’eau s’est vite infiltrée et les vignes ont vite pu être retraitées ». A l’échelle du vignoble, la tempête ne devrait pas avoir d’impact sur le rendement.

Ce ne sera peut-être pas le cas dans le Beaujolais, touché 4 reprises à partir du 21 juin. D’abord à Vauxrenard, Emeringes, Beaujeu, Jullié, Quincié, Lantignié, au nord de Villé (Saint-joseph), au nord de Chiroubles, et à Pruzilly. « Le lendemain, la grêle a fait de gros dégâts sur certaines parcelles d’Arnas, Blacé, Blaceret, St Julien. Une zone est particulièrement touchée vers Château de Grandmont » indique Florence Hertaut, responsable de l’équipe viticulture de la Chambre d’agriculture du Rhône.

Rebelotte le 24 juin à Villié, Morgon, Chiroubles, Fleurie, Lancié, puis encore une fois le 25 juin à Villié, Morgon et Régnié.

130 mm en 30 minutes

A Cahors, il est tombé entre 80 et 130 mm de pluie pendant plus de 30 minutes le 23 juin. « Le tout accompagné de grêlons de la taille de grosses olives » décrit Julien Benier, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture du Lot. A Anglars-Juillac et Bélaye, les dégâts sont impressionnants, la grêle ayant explosé les raisins.

Le conseiller viticole s’attend à des pertes allant de 30 à 80 %, avec des baies déjà marron ou à terre, et des rameaux dénudés, dans un cercle de 20 kms de diamètre autour de ses deux communes.

La tempête a surpris l’Hérault et le vignoble du Pic-Saint-Loup le 24 juin. « Dans les environs de Claret, épicentre de l'orage, 500 ha de vigne sont touchés dont 50% à moins de 30%, 40% entre 30 et 80 %, et 10 % à plus de 80 % » indique la Chambre, prenant en compte les déclarations de vignerons reçues au 1er juillet.

Est ensuite venu le tour de la Champagne et de la Côte des Bar le 25 juin. Le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne rapporte que dans l'Aube « l’orage a traversé le vignoble sur un axe Sud-Ouest/Nord-Est (de Channes à Rizaucourt-Buchey), occasionnant de gros dégâts de grêle sur les vignobles du sud du Barrois, dans les vallées de la Laignes et de la Sarce (Bragelogne-Beauvoir, Channes, Courteron, Gyé-sur-Seine, Landreville, Les Riceys, Neuville-sur-Seine entre autres) ». 250 hectares seraient endommagés à divers degrés. 

Des vignobles plus « chanceux »

L’histoire s’est répétée le 26 juin en Alsace. Des vignes sont touchées à 25 voire 30 % dans le Bas comme dans le Haut-Rhin. « Toutes les communes au nord de Heiligenstein à Molsheim-Mutzig ont des impacts. Wettolsheim, Ingersheim, la sortie de la vallée de Munster et une partie de Beblenheim et des environs de Colmar sont aussi concernés. Le sud du vignoble n'a rien et le centre Alsace non plus » détaille Marie-Noëlle Lauer, à la Chambre d’agriculture.

« Nous avons reçu des grêlons d’environ 3 centimètres mais les feuilles sont loin d’être complètement hachées comme on a pu le voir dans les vignobles touchés par les précédents orages de grêle » reprend la conseillère, qui assure par ailleurs que les viticulteurs n’auront pas de soucis lors de la prochaine campagne de taille.

Comme en Alsace, les viticulteurs du Var et de Gaillac s’estiment chanceux. « Nous avons cumulé 45 mm de pluie. Heureusement, elle est tombée en finesse, sans excès, ni inondations. Certains vignerons ont parlé « d’ « or » du ciel pour la vigne qui commençait à souffrir de l’excès de chaleur. Quelques grêlons ont touché des baies mais elles ont vite cicatrisé. J’espère qu’elles tomberont avant la vendange pour limiter leur impact sur le vin » témoigne Francine Calmels, œnologue-conseil à Gaillac.

 

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