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Mesures d’urgence et d’assurance pour les vignes grêlées, et les autres
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PGE, fonds d’urgence, moyenne olympique…
Mesures d’urgence et d’assurance pour les vignes grêlées, et les autres

Venu rapidement constater les récents dégâts causés par les orages de grêle à Bordeaux et en Gascogne, le nouveau ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, se montre à l’écoute des demandes de la filière, qui attend des actions tout aussi rapides.
Par Alexandre Abellan Le 07 juin 2022
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Mesures d’urgence et d’assurance pour les vignes grêlées, et les autres
Devant les vignes grêlées, les représentants du vignoble rappellent que la filière enchaîne depuis 2019 les taxes Trump, la crise covid, le gel historique de 2021, les conséquences de l’invasion russe en Ukraine… « J’ai l’impression que ça se cumule… » glisse le ministre Marc Fesneau ce 6 juin. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
«

 Quand les phénomènes [climatiques] se répètent, on est moins dans l’exception. J’espère que l’on n’est pas dans la règle » pose Marc Fesneau, le nouveau ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, en visite ce lundi 6 juin sur les vignobles de Bordeaux, à Saint-Quentin de Caplong (Gironde), et en Gascogne, à Castelnau d’Auzan (Gers). Deux vignobles touchés par les violents orages débutés ce jeudi 2 juin et ayant balayé la France jusqu’à ce samedi 5 juin (avec des dégâts conséquents dans le Gers*, les Landes, l'Indre-et-Loire, l’est de la Gironde**, l’ouest de la Dordogne…).

« Ces phénomènes plus nombreux, parfois plus étendus, plus puissants, doivent nous interroger sur la capacité de prévention (gel, grêle, irrigation…) et sur le [nouveau] système assurantiel (qui doit se mettre en œuvre le premier janvier 2023) » ajoute le ministre, soulignant que la succession des aléas climatiques est « un enjeu de souveraineté. La répétition des phénomènes fragilise nos productions. » Des déclarations inspirées par les impressionnants dégâts qu’il constate (voir photos ci-dessous) et les demandes du vignoble formulées sur le domaine de Danis (40 hectares en AOP Armagnac et IGP Côtes de Gascogne).

Perte de récolte : 100 %

Pour montrer au ministre l’étendue des dégâts, le vigneron Vincent Piquemal l’accueille sur une parcelle d’ugni blanc qui avait gelé à 10-15 % ce printemps, mais était suffisamment repartie pour tabler sur un rendement de 80 à 90 hl/ha. Après le violent orage de grêle du vendredi 4 juin, le domaine table désormais sur des pertes de 100 % sur le millésime 2022, ainsi que de 50 % en 2023 (l’induction florale de la prochaine récolte débutant en juin dans des conditions très dégradées). Dans ce contexte, l’assurance climatique devient le nœud du problème. « On cotise pour une production potentielle de 100 à 110 hl/ha, mais nous sommes assurés pour 40 à 50 hl/ha (par le calcul de la production effectuée suivant la moyenne olympique, avec quatre mauvaises récoltes sur les cinq dernières) » explique Vincent Piquemal. Assurant un capital de 3 200 €/ha, la franchise de 20 % fait tomber ses indemnisations bien en deçà des 4 000 €/ha de charges incompressibles ajoute le vigneron, sachant que des surcoûts sont à venir sur ses parcelles grêlées (avec la redescente de ce qui avait été palissé, une deuxième taille… et toutes les hausses actuelles des coûts des matières premières.)

Le sujet central de la visite du ministre était la gestion du risque agricole face au changement climatique. « En 2022, on est dans un étau entre le fort sinistre de 2021 et la réforme de 2023. La remise à plat des assurances en 2022 fait qu’avec le gel et la grêle, des gens vont avoir du mal à rembrayer l’an prochain, ils vont se désassurer » craint Joël Boueilh, le président de la section des Vignerons Coopérateurs de France de la Coopération Agricole.

Moyenne olympique

« Il ne suffit plus de nous dire que la moyenne olympique n’est pas compatible avec l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), mais de nous dire monsieur le ministre ce qu’il faut faire pour changer les règles au niveau européen » renchérit Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Sous peine d’avoir une désincitation à l’assurance : « chaque année, il y a le gel, la grêle, la sécheresse, la canicule, les inondations… Nous avons des références de potentiel qui sont trop basses. » La demande de la filière est claire : ne plus prendre comme référence le rendement moyen réalisé sur des années sinistrées, mais un rendement révisé, qu’il soit calculé d’une autre manière (moins pénalisante) ou qu’il soit un rendement d’objectif (validé agronomiquement).

« Honnêtement, ce n’est pas un sujet que national. C’est un sujet d’abord européen et en plus OMC » indique Marc Fesneau, soulignant qu’il faut que la France doit désormais trouver des alliés européens pour porter le sujet à Bruxelles. Le dossier étant épineux, le ministre se veut rassurant : « ce n’est pas parce que c’est un sujet lointain et compliqué qu’il ne faut pas que l’on essaie de s’y attacher pour trouver des solutions. Il m’étonnerait que nous soyons le seul pays du monde qui connaisse ces phénomènes de dérèglement climatique et pour qui cette question soit posée. » Face à l’écoute du ministre, « il faut des changements pour 2023, sinon il ne pourra y avoir d’assurance incitative. Il faut que le sujet soit réglé d’ici-là » réagit Jérôme Despey

Mesures d’urgence

Parmi les mesures d’urgence à court-terme aux vignobles sinistrés, le ministre évoque des aides sociales et fiscales (exonérations des cotisations MSA, suspension de la taxe sur le Foncier Non Bâti…), ainsi que la possible ouverture d’un fonds d’urgence pour les vignobles grêlés (identique à celui dont les arboriculteurs ont bénéficié après le gel de 2021). En complément pour les vignerons non assurés, « il faut réactiver le plus largement possible l’accès au fonds des calamités agricoles. Cette année, nous sommes sans filet » plaide Bernard Malabirade, le président de la Chambre d’Agriculture du Gers.

Les besoins de trésorerie vont rapidement se faire sentir dans les vignobles hachés par les grêlons. « On avait relevé et palissé, il va falloir tout redescendre avec les salariés pour que cela repousse » rapporte Vincent Piquemal. Le vigneron indique également avoir besoin de mesures administratives d’urgence. Ayant 6 ha d’une parcelle à restructurer, il souhaite la dévitaliser dès cette année pour l’arracher sans plus dépenser. La demande d’aide à l’arrachage d’urgence sera à l’ordre du jour prochain conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, qui se tient ce jeudi 9 juin. La mesure a déjà été prise par le passé souligne Jérôme Despey.

Carence d’apport

Parmi les mesures classiques, sont également prévus les achats de vendanges entre viticulteurs sans prendre le statut de négociant. L’approvisionnement du marché étant un sujet clé. « Avec le sinistre on voit des pertes chez les vignerons, mais il y aura aussi des pertes commerciales, de parts de marché » souligne Olivier Dabadie, le président de la section interprofessionnelle de l’IGP Côtes de Gascogne, qui s’inquiète d’un nouveau coup de frein dans les ventes de ses vins blancs aromatiques. « On parle d’assurance d’exploitation, mais pour les caves coopératives et vignerons indépendants il faut développer un volet d’assurance sur la carence d’apport. Pour accompagner les frais d’amortissement sur les investissements de transformation quand les coûts explosent faute de raisins » ajoute Joël Boueilh. Sur ce point, Marc Fesneau botte cependant en touche, ce qui n’est pas le cas concernant le rallongement des remboursements des Prêts Garantis par l’État (PGE).

PGE

Dans le monde agricole, « c’est la viticulture qui a souscrit le plus de PGE » rappelle Jérôme Despey, qui demande un lissage des remboursements sur 10 ans sans passer par la médiation du crédit. Sur le PGE, « on est bien dans l’état d’esprit que vous évoquez, ne pas passer par le médiateur, ce serait lourd. On y travaille, je n’en dis pas plus à date, mais j’ai bon espoir que sur ce sujet-là ça fonctionne » répond Marc Fesneau, évoquant des arbitrages budgétaires à venir en juillet. « L’efficacité dans ce moment, c’est la rapidité » indique le ministre, pour qui l’urgence est actuellement le diagnostic des dégâts pour pouvoir monter des dossiers répondants aux spécificités de chaque exploitation touchée.

 

 

Paysage de désolation pour la venue du ministre de l’Agriculture ce 6 juin dans le vignoble du Gers, sur la commune de Castelnau d’Auzan.

 

Des branches de platane sont tombées sur des parcelles voisines du domaine de Danis…

 

… Les rameaux sont brisés, les feuilles laminées et les grappes naissantes sont rompues. Les bâtiments d’exploitation sont également touchés. « Mon chai d’Armagnac est plein d’eau, avec les tuiles cassées » témoigne Vincent Piquemal.

 

* : D’après de premiers constats, les dégâts s’observent sur 25 communes pour les Landes (Perquie, Arthez d’Armagnac, le Frêche, Labastide d’Armagnac, Mauvezin d’Amargnac, Lagrange, Parleboscq, Escalans, Gabarret, Creon d’Armagnac, Saint-Julien d’Armagnac), le Gers (Lannemaignan, Mauléon d’Armagnac, Monclar d’Amargnac, Cazaubon, Larée, Castelnau d’Auzan, Labarrère, Montréal du Gers, Fources, Larroque sur Loasse) et le Lot-et-Garonne (Saint-Pé Saint- Simon, Sainte Mause).

 

** : Ainsi que localement dans le Médoc (zone Listrac et Cussac) et le Blayais (zone Mazion) indique Bruno Samie, coordinateur du conseil viticole à la Chambre d’Agriculture de Gironde.

 

 

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Tous les commentaires (2)
La rédaction Le 07 juin 2022 à 08:47:25
Bonjour, tout à fait : merci pour l'alerte, la coquille est corrigée. Bonne journée
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J.Henry DAVENCE Le 07 juin 2022 à 08:44:27
Sans doute faut il lire "Devant les vignes grêlées" dans la légende de la 1ère photo...
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