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Premières vendanges et distillations pour les cépages résistants de Cognac

Par Alexandre Abellan Le 07 septembre 2020
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Premières vendanges et distillations pour les cépages résistants de Cognac
Les tests œnologiques vont permettre d’« éviter d’avoir des produits atypiques. Les récoltes des trois prochaines années vont être les juges de paix » estime Joseph Stoll. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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vec les premières vendanges des six parcelles pilotes de cépages résistants issus de l’ugni blanc, « c’est le grand saut cette année » résume Laura Mornet, responsable du conseil aux fournisseurs pour les cognacs Rémy Martin (groupe Rémy Cointreau). Accueillant ce 3 septembre la presse sur sa parcelle expérimentale de Saint-Preuil, la maison charentaise ne cache pas ses espoirs face aux impressionnantes résistances au mildiou et à l’oïdium de son hectare de cépages résistants (aux noms encore codés : 80 ares 2E5 et 10 ares de 1D10 et 10 ares de 3B12). Avec une plantation en 2018, « la première étape était établissement du vignoble et de la résistance aux maladies. Maintenant on passe à la partie plus œnologique, et à la distillation » explique Laura Mornet, qui souligne l’importance « de connaître la typicité de ces cépages. Il faut vérifier leur potentiel aromatique sur les eaux-de-vie. C’est l’intérêt de grandes parcelles, pour avoir de grands volumes » (et pouvoir distiller dans des alambics de 25 hectolitres).

Lancé en 2003 par les croisements du chercheur montpelliérain Alain Bouquet (INRA), ce programme de création variétale poursuit le même objectif : développer des variétés naturellement résistantes aux principaux ravageurs de la vigne (mildiou et oïdium) et apte à la production de Cognac dans un contexte de changement climatique (variété tardive et vigoureuse, raisins blancs, acides et au profil aromatique adapté). Réalisant des croisements entre l’ugni blanc et un géniteur résistant, le défunt Alain Bourquet a d’abord retenu quarante-trois obtentions candidates, qui après un phénotypage sur cinq souches par obtention a permis de garder quatre finalistes, dont trois ont été plantés sur des parcelles d’un hectare en 2018 (avec des rangs témoins d’ugni blanc). Reposant sur six vignobles*, le protocole expérimental laisse chaque domaine suivre ses habitudes. « L’idée est de leur laisser toute latitude pour la conduite au champ et la distillation afin d’être dans des conditions réelles et pratiques » souligne Joseph Stoll. Chez Rémy Martin, les eaux-de-vie de cépages résistants seront ainsi distillées avec les lies qui font la marque de fabrique de la maison au centaure.

Oïdium inexistant, mildiou négligeable

Si les profils de chaque spiritueux de cépages résistants s’annoncent très différents d’un distillateur à l’autres, les premiers résultats viticoles sont identiques d’un vignoble à l’autre. Sur le millésime 2020, « l’oïdium est inexistant grâce à une résistance totale. Le mildiou est négligeable, c’est impressionnant sur année à très forte pression » rapporte Joseph Stoll, qui note cependant « une interrogation sur le black-rot, où il n’y a pas de résistance. Ce qui nécessite de maintenir un minimum de traitements (sans oublier les traitements obligatoires contre la flavescence dorée). »

Avec ces résultats viticoles, la Station Viticole de Cognac espère inscrire ces cépages résistants au catalogue des variétés de vigne en 2022 ou 2023. Le dossier établissant leur Distinction Homogénéité et Stabilité (DHS) doit être complété en fin d’année 2021. Le BNIC déposera ensuite le dossier de Valeur Agronomique Technique et Environnementale (VATE), dont les critères sont en cours d’observation au Lycée Georges Desclaudes (pour la troisième année consécutive). Si l’intérêt des eaux-de-vie est validé par les essais pilotes, cette inscription au catalogue pourrait déboucher sur une inscription au cahier des charges de l’appellation Cognac en 2028-2029. Voire avant, en tant que cépages à fin d’adaptation, selon la décision que prendre sur le sujet l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG).

-90 % de traitements

Mais faute d’eaux-de-vie de cépages résistants à déguster, l’intérêt de ces obtentions reste pour l’instant purement hypothétique. « Peut-être que l’on retiendra au final trois, deux, une ou zéro variété » rappelle Baptiste Loiseau, le maître de chai de Rémy Martin. L’ingénieur agronome ne cache pas son espérance, mais attend déjà la fin d’année pour se faire une première opinion à la sortie de l’alambic. Face aux défis d’adaptation à court-terme aux enjeux sociétaux de réduction et environnementaux de changement climatique, il n’y aura pas une solution unique, mais une palette d’outils : pulvérisation confinée, viticulture de précision, biocontrôles, certifications environnementales (voir encadré). En couplant ces outils aux cépages résistants, la viticulture charentaise peut envisager une réduction de 90 % de ses traitements phytos estime Joseph Stoll.

L’ingénieur agronome note qu’en cas d’échec de ce programme de création variétale, d’autres recherches sont en cours, avec d’autres géniteurs que l’ugni blanc (programmes BNIC et Martell) et avec un pyramidage permettant d’obtenir une résistance polygénique. « La recherche continue, on aura la chance de voir arriver de nouvelles variétés en vagues successives » conclut Joseph Stoll.

 

* : Les sites expérimentaux sont accueillis par les vignobles Brisson, le domaine Camus, le domaine Hennessy, le domaine Martell, les vignobles Raoux (Courvoisier) et le domaine Rémy Martin.

Vers la HVE à cent pour centaure

Sur les 800 viticulteurs de l’Alliance Fine Champagne (AFC), tous sont engagés dans le processus de certification Haute Valeur Environnementale (HVE) annonce, non sans fierté, Christophe Forget, le président de la coopérative des apporteurs de Rémy Martin. Atteignant l’objectif qu’elle s’était fixée pour 2020, l’AFC réussit également son but 2022 : que 50 % de ses surfaces soient certifiées HVE. Avec 220 viticulteurs labellisés, plus de 50 % de ses apports sont HVE avec deux ans d’avance. « En 2014, nous estimions ambitieux ces objectifs, ils sont réalisés » résume Christophe Forget, qui annonce un nouvel objectif : 70 % de surfaces partenaires certifiées en 2024.

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