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Nouvelles manifestations et options pour arracher la sortie de crise des vignes de Bordeaux
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Coup de pression
Nouvelles manifestations et options pour arracher la sortie de crise des vignes de Bordeaux

Alors que de nouvelles pistes de financement sanitaires et foncières émergent pour l’arrachage des vignes bordelaises excédentaires, le vignoble appelle à manifester ce jeudi en soutien aux revendications portées au même moment devant le ministre.
Par Alexandre Abellan Le 24 janvier 2023
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Nouvelles manifestations et options pour arracher la sortie de crise des vignes de Bordeaux
Rendez-vous est donné ce jeudi en fin de matinée au centre-ville de Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (manifestation 6 décembre 2022 devant la préfecture de Région à Bordeaux)
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ppel à manifester à 11 heures ce 26 janvier à Bordeaux devant la préfecture de Gironde : la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA 33) et les Jeunes Agriculteurs (JA) veulent mettre la pression sur le gouvernement pour sortir de crise, alors que le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, accueille ce jeudi les représentants nationaux de la filière vin « pour étudier avec eux les pistes de travail » sur les « outils de régulation de l’offre » à déployer, comme l’indiquait récemment le ministre.

« Nous manifestons le jour où la filière rencontre le ministre pour soutenir les revendications portées par la filière depuis longtemps et sur lesquelles le ministre ne donne pas de réponse [alors que] de plus en plus de monde dans autres départements que la Gironde se trouvent dans une situation compliquée » explique Jean-Samuel Eynard, le président de la FDSEA 33, évoquant les demandes de report des remboursements des Prêts Garantis par l’État (PGE), d’aides à la distillation de crise, d’aides au stockage privé, d’aides à la plantation différée… Et de primes à l’arrachage définitif… « Il va bien falloir à un moment sortir quelque chose » prévient le vigneron des Côtes de Bourg.

Si rien ne se fait, il va y avoir des morts à l’arrivée

Faisant suite à la manifestation vigneronne du 6 décembre dernier (1 500 participants selon les organisateurs, 700 d’après la préfecture), ce rassemblement est inhabituel dans le paysage viticole girondin. « Pour arriver à sortir les vignerons bordelais, il faut vraiment que ça aille mal » pointe Jean-Samuel Eynard. Ayant lancé la mobilisation du 6 décembre, le collectif des viticulteurs bordelais sera présent ce 26 janvier : « nous portons le même combat » résume Serge Rizzetto, membre du collectif, regrettant l’absence de solutions malgré des mois de mobilisations : « ça n’avance pas vite. Et pendant ce temps dans la campagne on souffre. Si rien ne se fait, il va y avoir des morts à l’arrivée. »

Les attentes d’annonces sont donc fortes pour la réunion de jeudi. « Je ne peux pas croire que le ministre reçoive les représentants nationaux de la filière sans avoir de réponses à donner » avance Régis Falxa, le président des Vignerons Indépendants de Gironde, qui prône l’union : « il faut aller à la manifestation, il faut soutenir, dans la construction. Tout le monde à Bordeaux est d’accord pour utiliser tous les outils permettant de rééquilibrer l’offre à la demande. »

Pistes ouvertes

Parmi les outils à l’étude, il y aurait notamment la possibilité d’accéder à l’enveloppe du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) qui permettrait de convertir des terres viticoles à d’autres cultures (ce qui ne répond pas à toutes les demandes, notamment les arrachages pour départ à la retraite). Ne manquant pas d’imagination et de ressources juridiques, les instances girondines réfléchissent à d’autres outils. Comme le Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnemental (FMSE), un outil européen « pour indemniser les pertes subies par les agriculteurs lors des crises sanitaires ou des accidents environnementaux » indique l’instance créée en 2009 (65 % de subventions européennes, 35 % de cotisations des professionnels agricoles), précisant que ses aides aux productions végétales se limitent aux « coûts et pertes engendrés par un organisme nuisible réglementé ». Soit dans le vignoble les maladies de quarantaine que sont : la flavescence dorée de la vigne, l’eutypiose et le bois noir.

« Seule la flavescence dorée fait l’objet d’un programme d’indemnisation par la section viticulture pour prendre en charge les coûts et pertes liés à la destruction obligatoire des parcelles de vigne contaminées à plus de 20% par la maladie » indique le FMSE, dont la section viticole a versé 340 000€ pour 27 dossiers en 2021, pour 478 208 € de cotisations. « Le nombre de dossiers et le montant total pris en charge devrait encore augmenter durant les années venir » indique dans son rapport 2021 le FMSE. Un développement que le vignoble bordelais aimerait voir se réaliser pour qu’il y ait un cofinancement entre filière et pouvoir public de l’arrachage des vignes excédentaires. Sans fermage ni exploitants, les friches et autres vignes ensauvagées posent de multiples soucis sanitaires aux vignobles environnant, étant des réservoirs pour les maladies cryptogamiques classiques (mildiou, black-rot, oïdium…), mais aussi à flavescence dorée (faute de suppression des pieds contaminés par la cicadelle).

Transferts charentais

Autre perspective qui éveille l’espoir du vignoble bordelais : un système de revente des autorisations de plantation de vignes arrachées à des domaines d’autres régions viticoles souhaitant planter. L’expansion du voisin charentais venant tout de suite à l’esprit : en 2023 Cognac veut planter 3 129 hectares de vignes, quand Bordeaux en demande 1,5 ha. Qu’il s’agisse de dispositifs de replantation différée ou de Convention de Mise à Disposition (CMD), l’idée de transfert suscite l’envie en Gironde. Mais elle semble regardée avec plus de circonspection à Cognac, où l’on évoque des amorces de discussions plus qu’un début de négociation. Il n’y a pas de fumée blanche, comme il n’y a pas de feu allumé dirait un bouilleur de cru, alors que l'affaire des "vautours" a conduit à un cloisonnement des transferts d'autorisation de plantation.

« Les professionnels bordelais ont contacté les professionnels du Cognac pour leur dire qu’ils auraient potentiellement des réflexions à partager » indique le Bureau National Interprofessionnel de Cognac (BNIC), précisant que « c’est avec beaucoup d’attention qu’ils seront écoutés par notre filière. Dans ce contexte, si ces discussions avancent il sera très important pour la filière Cognac d’obtenir la garantie que sa capacité à maîtriser son potentiel de production et la qualité de ses produits seront totalement préservées, parce que ces éléments sont le fondement même de l’équilibre économique de notre filière et notre territoire, et que les remettre en cause aurait des conséquences dommageables pour tous. Nous ne doutons pas que ce point soit totalement compris et pris en compte par tous nos interlocuteurs. »

Les viticulteurs bordelais restent donc dans l’attente, de plus en plus désabusés et dépassés par les rumeurs sur des ventes de vin en vrac à des prix cassés (invérifiables sans bordereau, comme les cotations officielles ne sont plus publiées).

 

 

 

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Tous les commentaires (2)
Cire37 Le 24 janvier 2023 à 08:44:59
Après avoir bénéficié de subvention pour la plantation des vignes vous voulez des primes pour l'arrache des vignes ! Foutage de gueule.... L'appât du gain a fait passer des éleveurs en vignerons pour produire de la merde. Et bien payer vos conneries maintenant !!!
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Benji Le 23 janvier 2023 à 22:33:14
Pour que la manifestation serve à quelque chose il faut bloquer la rocade de Bordeaux ou faire une ZAD place des quinconces
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