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Protection du vignoble
Les friches viticoles sont des réservoirs à mildiou, black-rot et oïdium

Voisins de vignes en friche, des viticulteurs font face à des pressions mildiou, black-rot ou oïdium démultipliées. Pour objectiver ce phénomène bien connu des conseillers, la chambre d’agriculture des Pays de la Loire a fait des comptages.
Par Marion Coisne Le 17 mai 2022
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Les friches viticoles sont des réservoirs à mildiou, black-rot et oïdium
Les parcelles situées à proximité de vignes en friche subissent de plus forte pression de mildiou, black-rot ou oïdium - crédit photo : GDON des Bordeaux
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ointées du doigt comme réservoirs de cicadelles de la flavescence dorée, les friches sont aussi des nids à mildiou, black-rot et oïdium. Dans le Muscadet, un groupe de vignerons a fait des comptages en août dernier. « Ils avaient dans l’idée de produire des références pour obtenir des pouvoirs publics qu’ils obligent les propriétaires à agir », explique Mathieu Jehanno, conseiller viticole à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Le Muscadet n’étant pas dans une zone de lutte obligatoire contre la flavescence dorée, impossible d’imposer un arrachage administratif.

En pratique, les vignerons ont choisi cinq parcelles voisines de friches avec autant de témoins, situés au moins à 80 mètres. Les comptages ont eu lieu sur cinq ou six rangs proches de la vigne non travaillée. Ils ont porté sur le mildiou et le black-rot, mais pas sur l’oïdium qui n’était pas la priorité des vignerons. Les résultats sont clairs : il y a plus de mildiou et de black-rot sur les parcelles jouxtant des friches, autant sur feuilles que sur grappes et autant en fréquence qu’en intensité d’attaque. « C’est significatif », appuie Mathieu Jehanno.

Un pouvoir de nuisance

Pour Nadège Brochard-Mémain, conseillère viticole indépendante dans le Muscadet, les friches sont effectivement un problème pour les parcelles sous le vent. Elle observe leur pouvoir de nuisance, en particulier s’agissant du mildiou. Un pouvoir qui dépend de leur âge. « Les friches de moins de trois ans sont les plus problématiques. Au-delà, leur vigueur baisse et, avec elle, la sensibilité aux maladies. »

À Gaillac, Virginie Viguès, conseillère à la chambre d’agriculture du Tarn, remarque que ce sont les vieilles friches qui posent le plus de problème, en propageant le black-rot. « Le greffon a perdu de sa vigueur mais le porte-greffe produit pas mal de rejets. Or ils sont sensibles au black-rot. De ce fait, on observe plus de black-rot près de ces friches. » Elle estime que les contaminations peuvent aller jusqu’à 20 mètres. Une distance confirmée par Lilian Bachellerie, conseiller indépendant à Bergerac, Duras et Bordeaux, qui la chiffre à 20-30 mètres pour le black-rot et à une centaine de mètres pour le mildiou. Quant à Nadège Brochard-Mémain, elle rapporte que les rangs à 2 mètres des friches sont les plus concernés, « mais j’ai déjà vu une influence à près de 50 mètres ».

Bien surveiller

Les maladies apparaissent d’abord sur les vignes en friches. Une à trois semaines plus tard, elles touchent leurs voisines. « En général il y a un à deux repiquages de mildiou sur la friche avant que cela se répercute sur la parcelle cultivée », indique Nadège Brochard-Mémain. Alors que faire ? Pour la conseillère, « un traitement de plus ou resserrer les cadences. En tout cas, bien surveiller ». Lilian Bachellerie propose de traiter les bordures des friches « au moment critique de la protection mildiou, quand la pression explose ». Avec l’accord des propriétaires. 

 

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