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Déficit hydrique hétérogène et craintes sur les acidités pour les vins 2022
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Languedoc-Roussillon
Déficit hydrique hétérogène et craintes sur les acidités pour les vins 2022

Du Gard aux Pyrénées-Orientales, le régime pluviométrique n'a pas été homogène dansle bassin languedocien. La précocité est confirmée mais les perspectives météos ne rassurent pas pour accompagner la maturation des baies. Les équilibres acides inquiètent.
Par Olivier Bazalge Le 28 juillet 2022
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Déficit hydrique hétérogène et craintes sur les acidités pour les vins 2022
En Languedoc, les zones irriguées ne rencontreront pas de problèmes de maturation des baies contrairement à celles qui font face à un stress hydrique appuyé - crédit photo : Olivier Bazalge
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ans les Pyrénées-Orientales, les besoins en eau se font pressants, bien que les vignes se soient bien comportées jusque-là, et semblent tenir face à la pénurie d’eau, « au moins visuellement », indique Laurent Duret consultant viticole et œnologue pour le centre du Roussillon de l'Institut Coopératif du Vin (ICV). Paradoxalement, le comportement le plus surprenant vient du grenache blanc, une variété qui ne présente normalement pas de signes de souffrance en climat chaud. « Les feuilles de la base jaunissent, mais cela s’explique certainement par la charge plus importante de l’année, liée à la belle sortie et au peu de coulure observée sur l’ensemble des grenache cette année. Ce surplus de raisins entraîne une demande énergétique plus importante de la plante pour les amener à maturité », enchaîne Laurent Duret.

Pour le consultant qui sillonne les parcelles des Pyrénées-Orientales, le vignoble départemental se trouve « sur le fil, à un moment charnière qui peut basculer si des orages arrivent cette fin de semaine, car sans eau, nous aurons de la concentration, voire du flétrissement. Les blocages de maturité, guettent ». Plus que les effets des fortes chaleurs, ce sont ceux du manque d’eau « qui vont ajuster le rythme physiologique de la vigne, car nous n’observons que peu d’échaudage, en partie grâce à l’expérience de 2019 », reprend le consultant. Il indique ainsi que certains vignerons n’ont pas hésité à ne pas traiter pendant trois semaines pour éviter l’accentuation « des effets du chaud par le soufre poudre ou le Pyrévert ».

Millésime le plus chaud

Alors que les premiers raisins destinés aux muscats secs commencent à rentrer en cave dans les zones précoces de l’Aude ou du Gard, Laurent Duret confirme que les muscats petits grains avoisinent déjà les 11 % d'alcool potentiel, confirmant « l’avance de 7 à 10 jours comparé à l’année 2021 pour les plus précoces, mais sans prévaloir d’une telle avance pour les autres variétés, compte tenu des possibilités de ralentissements ou blocages physiologiques liés à la sécheresse », avertit-il.

Plus au nord, entre Aude et Hérault, Guillaume Desperrières, directeur de la Société De Recherche Et De Développement Viticole (SRDV) note « des différences importantes entre les secteurs, car dans l’Aude et l’ouest de l’hérault, une pluie de 30 à 80 mm à la fin du mois de juin a fait beaucoup de bien, notamment sur les Corbières, ce qui n’est pas le cas plus à l’est de l’hérault et dans le gard ». Il note des relevés de stations météo sans appel, plaçant ce millésime comme un des plus bas en pluviométrie et le plus haut sur le plan des températures, « avec une avance conséquente dans la somme des degrés-jours, +3,7°C en mai, juin et juillet par rapport à la moyenne des 30 dernières années pour la station de Ferrals-les-Corbières, ce qui correspond à une avance d’une dizaine de jours par rapport à des millésimes précoces ».

Véraisons qui patinent

Si les effets du stress hydrique ne se font pas nécessairement ressentir au niveau du feuillage, Guillaume Desperrières constate un net ralentissement physiologique « avec des véraisons qui patinent, alors que les stades ont été extrêmement resserrés auparavant ». Les fortes chaleurs et le stress hydrique se manifestent donc et la charge plus importante liée aux belles sorties n’aide pas. Pour le directeur de la SRDV, les zones n’ayant pas eu un régime hydrique suffisant seront marqués par des grains de petite taille, « qui n’ont pas grossi à cause du stress, même si ce phénomène est plus marqué dans le bordelais ou la vallée du Rhône, car il a moins plu à Bordeaux qu’à Narbonne depuis le 1er janvier».

Les acidités inquiètent

Comme dans le Var, les entrées maritimes ont certainement aidé la vigne en apportant de l’humidité nocturne dans les zones littorales, « de même que les zones bénéficiant de l’irrigation par l’apport de l’eau du canal du bas-Rhône », ajoute Guillaume Desperrières. Dans tous ce secteurs où l’eau est disponible, la croissance des baies et leur maturation ne poseront pas de problème et la précocité de la vendange sera de mise. « Dans les zones en déficit hydrique, les pluies n’auront que très peu d’effet sur la croissance des baies, mais permettront d’éviter les phénomènes de concentration et de flétrissement. Le potentiel de rendement en jus restera dans tous les cas limité », reprend le directeur de la SRDV.

En Languedoc comme ailleurs, les effets de la chaleur ne seront pas non plus sans conséquence sur les équilibres acides. « La plante dégrade l’acide malique dans ces conditions et les premiers contrôles de maturité confirment ces faibles valeurs d’acidité totale par rapport au degré. Ce critère sera essentiel dans le pilotage de la récolte si l’on veut préserver un certain équilibre acide », illustre Bernard Genevet, consultant viticole du centre ICV du Gard. Guillaume Desperrières confirme avoir déjà analysé des baies de chardonnay d’une cave coopérative audoise affichant 12% potentiels pour une acidité totale n’excédant pas les 3g/l H2SO4.

Quid des rouges?

L’avance est donc également de mise dans le département gardois, où Bernard Genevet relève « des niveaux de maturité au 25 juillet équivalents à ceux du 8 août en 2021, soit deux semaines d’avance, en phase avec 2020, très précoce ». A l’exception des zones irriguées, « qui ne concernent qu’un quart du Gard », précise le consultant ICV, les symptômes de stress hydrique, « baies de petite taille, perte de feuilles », s’affichent dans les reste du vignoble gardois. « On ne peut pas encore prévaloir d’une perte de rendement globale car la sortie a été belle et le nombre de grappes peut compenser la faible teneur en jus des raisins », ajoute Bernard Genevet. Il indique néanmoins que quelques parcelles très précoces seront récoltées entre fin juillet et début août, « mais que le démarrage réel se situera entre le 6 et le 10 août ».

Pour l’ensemble des techniciens, il est encore un peu trop tôt pour figurer l’évolution du processus physiologique pour les variétés à raisins noirs, « même si les indicateurs ne sont pas très favorables, avec des prévisions de nouvelles chaleurs et peu ou pas de pluie pour les prochains jours », regrette Bernard Genevet. Les baisses d’acidité pourraient s’accentuer, alors que les sucres continueraient sur une croissance plus lente, voire une concentration par flétrissement. « Les caves vont devoir composer avec l’équation entre maturité des raisins et rendements volumiques », avance Bernard Genevet.

 

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