LE FIL

Réflexion ouverte

La certification HVE "rénovée" d’ici 2023

Mercredi 02 juin 2021 par Alexandre Abellan

L’objectif est « d’avoir un référentiel rénové pour l’entrée en vigueur de l’écorégime en 2023 » indique le cabinet du ministre de l’Agriculture.
L’objectif est « d’avoir un référentiel rénové pour l’entrée en vigueur de l’écorégime en 2023 » indique le cabinet du ministre de l’Agriculture. - crédit photo : DR
Sur fond de nouvelles tensions avec la filière bio, le ministère de l’Agriculture lance des groupes de travail sur les "évolutions souhaitables" de la démarche Haute Valeur Environnementale plébiscitée par le vignoble.

Réforme de la Haute Valeur Environnementale (HVE), acte 2. Après la proposition avortée ce début d'année de la Commission Nationale de Certification Environnementale (CNCE), le ministère de l’Agriculture lance ce printemps un groupe de travail pour étudier la rénovation de son label agroécologique. « Cela fait quasiment dix ans que ce référentiel existe. Il y aurait sans doute des évolutions qui seraient souhaitables pour assurer un niveau d’ambition environnemental toujours plus élevé » indique-t-on au cabinet du ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Toutes les pistes sont sur la table : l’arrêt de la voie B, la question des produits phytos classés Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques (CMR), la comparaison à la moyenne régionale des Indices de Fréquence de Traitement (IFT)… « Il y aura un travail en profondeur pour voir les options retenues » indique-t-on rue de Varenne.

Plébiscitée par le vignoble (79 % des certifiés au premier juillet 2020), la certification HVE devait s’implanter auprès des agriculteurs et consommateurs avant d’être révisée selon le ministre de l’Agriculture. « Nous nous sommes vraiment attachés à développer cette certification en assurant une stabilité pour les producteurs qui s’engageaient. Parce que changer un référentiel en plein développement c’est compliqué. Nous sommes rentrés dans une phase d’évolution avec cette étude qui vient d’être lancée » indique le cabinet du ministre de l’Agriculture.

"Ne pas faire douter"

« Sur le fond, nous sommes complétement ouverts à la réflexion pour ne pas rester figés. La seule chose est de ne pas faire douter les gens qui sont en ce moment en train de se faire certifier et ceux qui ont fait l’effort de s’améliorer » estime Jean-Jacques Jarjanette, le président fondateur de l’association pour le développement de la HVE, qui demande comme préalable à toutes modifications d'ampleur la mise à niveau des filières en retard sur le label (comme l’arboriculture et le maraîchage qui ne bénéficient pas encore de modalités de calcul de leurs IFT). « Une évolution et pas la révolution » résume Jean-Jacques Jarjanette.

Enjeux PAC

Devant aboutir d’ici la fin 2021 ou le début 2022, ces réflexions doivent permettre à la certification HVE d’être mise à jour pour 2023 et l’entrée en vigueur de la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC 2023-2027). Par rapport à un projet initial de modifications en 2021, « nous aurions préféré nous donner plus de temps, mais 2023 est un rythme plus acceptable que ce qui était demandé par certains » réagit Jean-Jacques Jarjanette, pour qui « aujourd’hui, la priorité des priorités est de mener une communication sur fonds publics pour le logo HVE. Sans ça, il n’y aura pas de création de valeur et de différenciation "made in France" (par rapport à l’import et non au bio). Sans ça, le label disparaîtra, ce qui en arrangerait certains... »

Clairement visibles depuis la fin 2020, les tensions entre la HVE et la bio sont en effet ravivées ce printemps avec les débats actuels sur la PAC. Déclinées en Plan Stratégique National (PSN), les subventions européennes aux agriculteurs vont mettre en place un éco-régime à deux niveaux. Dont le plus élevé sera accessible aux certifiés HVE. Et aux certifiés bio. Soit une égalité de traitement qui ne manque pas d'agacer la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB). L'organisation demande dans un communiqué « la réouverture des arbitrages et qu’une différence nette soit faite entre l’agriculture biologique et la certification HVE ». Et de s’appuyer sur un récent article du Monde qui rapporte que la HVE « ne présente, dans la grande majorité des cas, aucun bénéfice environnemental » selon un rapport de l’Office Français de la Biodiversité (OFB).

"Tansition agroécologique"

Au cabinet du ministre de l’Agriculture, on indique que si la note citée restera interne, elle alimentera la réflexion sur la future « HVE rénovée ». Continuant de désamorcer toute opposition entre les labels agroenvironnementaux*, on précise rue de Varenne que la logique de l’éco-régime n’est pas proportionnelle aux efforts environnementaux, mais incitative afin de dépasser certains niveaux d'actions environnementales. « A l’heure actuelle, l’agriculture biologique a accès au paiement vert, mais on n’a jamais dit que l’AB avait le même niveau d’exigences que le paiement vert » indique un conseiller. « On estime que la certification HVE est une certification environnementale qui pousse les exploitations vers la transition agroécologique » renchérit une autre source ministérielle.

« La HVE est aujourd’hui le seul signe officiel de qualité qui parle de biodiversité » indique regretter Jean-Jacques Jarjanette, qui défend avec sa certification l'opportunité de mettre en avant un sigle made in France, environnementalement vertueux et en complémentarité avec la démarche bio. Il ne reste plus qu'à placer l'acte 2 de la relation entre HVE et bio sous un autre signe que celui de l'antagonisme.

 

* : Ce 21 mai, lors d’une visioconférence de presse sur le PSN, Julien Denormandie l’affirme à nouveau : « le bio ne saurait s’opposer au HVE. C’est un non-sens. Cette guerre fratricide entre bio et HVE est un non-sens. Que le bio dénigre le HVE, que le HVE dénigre le bio, c’est un non-sens. On a de la place pour les deux dans notre pays, donc il faut les accompagner. » Julien Denormandie précise que dans la future PAC, « l’écorégime permettra d’avoir accès au niveau supérieur à la fois quand il y a une certification bio, une certification HVE 3. Dans la voie de certification, nous construirons également une certification dite CE2+ qui reste à construire. » Avec des obligation de résultats, ce nouveau label intermédiaire doit permettre d'accéder au niveau de base de l’éco-régime.

 

Manifestation de la FNAB

Dans le cadre des tensions sur l’éco-régime, la FNAB appelle à la manifestation ce mercredi 2 juin à midi aux Invalides pour protester contre la future PAC, estimant une perte de 66 % des aides en moyenne. Le ministère de l’Agriculture réfute, en indique que les aides à la conversion bio vont augmenter (à 340 millions €, +30 %) et que les taux d’éco-régime ne sont pas encore négociés (la PAC étant actuellement dans une impasse).

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fabbio Le 03 juin 2021 à 06:49:08
C'est sûr qu'il faut refonder complétement la hve, sinon elle va droit dans le mur car pour le consommateur, aucune différence marquée avec le conventionnel. Cela a déjà été le cas il y a une quinzaine d'années avec la certification agriculture raisonnée des exploitation, cela a fait un flop monumental. Avec la hve on prend le même chemin si il n'y a pas de remise en question. En plus la hve tel qu'elle est aujourd'hui, c'est un outils pour la grande distribution pour proposer des produits soit disant respectueux de l’environnement sans y mettre le prix. Si commercialement ça ne décolle pas dans 2 ans on en entendra plus parler commercialement mais cela restera une contrainte pour la production. Dans quelques années, la hve sera la base et les agriculteurs vendront toujours au même prix sans aucune gratification pour l'effort engagé. L'histoire des ift, c'est du flan, tous les vignerons engagés l'affirment. Par exemple, vous achetez une bouillie bordelaise homologué à 20kg/ha au lieu d'une à 3kg/ha pour la même concentration en cuivre et là vous baissez directement vos ift. Une vrai refonte de la hve passe tout simplement par les critères de production: arrêt des engrais chimique, arrêt des désherbants chimiques, arrêt des cmr et continuer de mettre l'accent sur les biocontrôles. Et là il y aura peut être l'espoir d'un vrai label reconnu par le consommateur et valorisé pour le producteur.
Gracia jean paul Le 02 juin 2021 à 12:59:57
Les masques tombent ! Qui fait la guerre à qui et pourquoi ? Les réponses sont simples. Le label HVE ne s'est pas fait pour remplacer et dénigrer le label BIO, il n'a jamais voulu le copier mais mettre l'accent sur d'autres facteurs que le BIO ne prend pas en compte: gestion de l'eau, gestion des effluents vinicoles, prise en compte des fréquences de traitements, du bilan carbone que génère la mécanisation... Voir des vignes pleines d'herbe avec des gouttes à gouttes, des domaines qui traitent 20 fois, une mécanisation à outrance et des vendanges à la machine ne me semblent pas plus écologiques que certaines failles du HVE. On ne passera pas sur l'usage du cuivre qui est limité mais pour lequel les fédérations bio demandent chaque année des dérogations. Rappelons ici que ce dernier devait être interdit au début des années 2000 Mr Denormandie pense, dit plutôt, que cette rivalité est un non sens. C'est bien le contraire ! L'appel à la manifestation de la fédération nationale de l'agriculture biologique le prouve. Cette dernière ne veut pas partager le gateau. Il s'agit des aides financières, des subventions principalement. Mais aussi du monopole de "l'écologie". Les vignerons conventionnels ou en HVE savent bien qu'une des méthodes commerciales des "BIO" est de se hausser en rabaissant les autres, bref de dénigrer ceux qui ne font pas comme eux. C'est humain, mais on peut valoriser ses choix (bio, hve, terra vitis, ou rien) sans être sectaire et donner des cours de morale qui se résument au catalogue de la pensée unique. On est bien dans une lutte pour des parts de marché, des ventes, de l'argent on y revient Ces dures remarques ne concernent pas tous les acteurs bio , bien sur, mais il faut comprendre que le marché du bio est un énorme et juteux business bien loin du coté fleur bleue qu'en ont certains consommateurs. Leurs yeux se dessillent et de telles attitudes finiront par se retourner contre leurs auteurs, du moins je l'espère. Sont ils assez intelligents pour le comprendre ? Mr Denormandie le pense ou fait semblant. Comme il est question d'argent, les fédérations bio continueront cette guerre et tous les moyens seront bons, surtout les plus bas.
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