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Viticulture durable

Équipe A ou plan B pour votre certification HVE ?

Vendredi 02 août 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 05/08/2019 10:48:11

« L’option B consiste à mesurer le degré d'autonomie de l'exploitation vis à vis des intrants » indique le ministère à Vitisphere.
« L’option B consiste à mesurer le degré d'autonomie de l'exploitation vis à vis des intrants » indique le ministère à Vitisphere. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
De plus en plus plébiscité dans le vignoble, le référentiel Haute Valeur Environnementale n’a qu’un seul niveau 3, mais deux voies pour y accéder. Peu évoquée dans la filière, l’alternative comptable à la méthode thématique suscite plus de réserves et moins d’engouement.

Acronyme encore peu connu du grand public, la certification Haute Valeur Environnementale (HVE) semble bien partie pour devenir la prochaine norme des vins français. Ayant le vent en poupe auprès des metteurs en marché (de la grande distribution au grand export), le référentiel agricole HVE est adopté par un nombre croissant de vignerons. Ces derniers représentent 91 % des 1 518 exploitations certifiées au premier janvier 2019, d’après le recensement du ministère de l’Agriculture (qui a créé et promeut le référentiel depuis 2011).

Il faut dire que ce référentiel a une promesse séduisante pour les producteurs : « la démarche HVE permet de valoriser les pratiques environnementales que vous avez déjà, mais que vous ne quantifiez pas jusque-là, tout en répondant aux futures exigences de vos clients et en accédant à de nouveaux marchés » explique la consultante Clarisse Guériaud, ce 30 juillet à Saint-Emilion, où l’experte forme cinq viticulteurs apporteurs du négoce bordelais Jules Lebègue, qui compte les certifier dès 2019 pour répondre à ses marchés (voir encadré).

Deux options

S’attendant à découvrir des demandes agro-environnementales pointues et affronter un cadre administratif contraignant, le vigneron suivant une formation HVE découvre surtout l’existence d’un choix inattendu : deux chemins permettant d'accéder à la certification, le niveau 3 de la démarche HVE. « L’option A repose sur quatre thématiques notées : la biodiversité (le pourcentage d’infrastructures agro-écologiques sur l’exploitation, type haies, arbres, fossés, talus…), la stratégie phytosanitaire (calculs de la surface non traitée et de l’indice de fréquence de traitement, mise en place de méthodes alternatives à la lutte chimique, déploiement de mesures agro-environnementales…), la gestion de la fertilisation (réalisation d’un bilan azoté, calcul de la surface non fertilisée, pratique de couverture des sols, utilisation d’outils d’aide à la décision…) et la gestion de l’irrigation (enregistrement des pratiques, utilisation de matériels optimisant l’apport d’eau…) » énumère Clarisse Guériaud.

"Plus comptable"

N’ayant pas à passer en revue une vingtaine d’indicateurs, l’experte est bien plus brève quant à « l’option B, plus comptable, qui demande de regarder deux indicateurs : la part d’infrastructures agro-écologiques sur la surface agricole utile (devant être supérieure à 10 %) et le poids des intrants sur le chiffre d’affaires (ne pouvant excéder 30 %). »

70 % d’option A

Il est évident que les indicateurs de performances de l’option A sont bien plus lourds que ceux de l’option B, mise en place pour permettre l’accès à un plus grand nombre en cas de difficultés de certification. « L’option B consiste à mesurer le degré d'autonomie de l'exploitation vis à vis des intrants » résume le ministère de l'Agriculture à Vitisphere. L'administration ajoutant que lors de son dernier recensement, l’option A est adoptée par plus de 70 % des certifiés HVE, l’option B étant suivie par les 30 % restants. La certification HVE étant volontaire, on peut supposer que les vignerons souhaitant l’obtenir ont d'abord une volonté d’amélioration continue de leurs pratiques, plus qu'un désir d’obtenir un label jusque là peu valorisé. Les consultants HVE contactés par Vitisphere précise d'ailleurs proposer de manière automatique l'option A, et ne s'orienter vers l'option B qu'en cas de blocages. « Il faut vraiment faire n'importe quoi au vignoble pour que l'option B ne soit pas envisageable » glisse une technicienne. Un auditeur HVE reconnaissant la mauvaise image de cette alternative, dont « il vaut mieux ne pas trop parler... »

"Critiques malvenues"

Mais l’option B ne doit pas être décriée estime Laurent Brault, le chargé de mission HVE des Vignerons Indépendants de France. « Je sais que l’option B est incomprise par la plupart des techniciens ou producteurs qui préfèrent l’approche technique à l’approche synthétique dans la filière viticole » plaide l’expert. Contacté par Vitisphere, Laurent Braut reconnaît qu’« elle fait l’objet de critiques malvenues liées à la méconnaissance du détail de son fonctionnement », mais il défend un outil synthétique tout aussi pertinent que l’option A.

Indicateur synthétique

Concernant la gestion des couverts végétaux, Laurent Brault détaille ainsi qu’« en option B, on identifie très facilement les méthodes de maîtrise de couverts végétaux. Pour les exploitations qui désherbent chimiquement, le poids des phytos est un poste important dans les intrants. Chez les exploitations qui travaillent le sol, on constate un transfert de la charge des intrants sur le poste du carburant et l’entretien du matériel (ce seul poste est multiplié par 3). Les exploitations qui font un enherbement permanent (tonte ou rouleau faka), les postes phyto et GNR sont très faibles, ce qui participe à passer sous le seuil des 30%. »

Que l’on choisisse une option ou l’autre, dans tous les cas, la HVE « n’est pas un changement radical des pratiques comme l’agriculture biologique, c’est une quantification des pratiques » conclut Clarisse Guériaud, rassurant les vignerons en formation.

Tendance et demande de marché

Cet été, les annonces de labellisation HVE se multiplient dans tout le vignoble français. « Il y a une urgence à être rapidement certifié, pour répondre à la demande des marchés pour des vins plus propres » rapporte Valérie Valmy, la responsable des achats vins de Jules Lebègue (l’activité de négoce d’Antoine Moueix, la filiale bordelaise du groupe Advini). « C’est aussi une question de notoriété, il faut aller de l’avant et plus loin que la Responsabilité Sociétale des Entreprises pour reprendre la conquête des marchés » renchérit Hervé Monthieu, le directeur Qualité, Hygiène, Sécurité et Environnement d’Antoine Moueix.

Alors que les vins de Bordeaux sont en difficulté commerciale, le lancement réussi d’une cuvée bio sans sulfites an dernier « a permis de limiter casse » reconnaît Alban de Belloy, le directeur général de Jules Lebègue. Qui envisage l’adhésion au label Bee Friendly, et compte déployer la certification HVE en 2019 sur ses marques propres et de distributeurs, puis se passer de produits phytosanitaires classés Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques en 2020.

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Dominique Le 05 août 2019 à 12:36:44
Cher « CMR » revendiqué, loin de moi l'idée de masquer la toxicité de l'alcool contenu dans le vin. Et plus que jamais, il vaut mieux boire moins mais mieux, en esthète plutôt qu'en soiffard. Il n'en reste pas moins que toutes les civilisations ont leur petite drogue, qui peut être socialement intégrée. Dans quel pays n'y a-t-il pas de produits de « transgression » : la feuille de coca, le khat ou diverses boissons alcoolisées ? Mieux vaut un verre de bon vin savouré délicatement entre amis plutôt que du binge drinking. Mais nos vies n'ont pas vocation à être des vies certifiées « zéro défaut » par la horde de tristes hygiénistes qui accompagnent Mme Buzyn et qui veulent transformer nos vies en chemin de croix. Notons au passage, que dans ces croisés anti-vin, comme dans beaucoup de hautes sphères, il y a beaucoup d'adeptes du rail de coke ( bio et durable ? ). Ceci dit, boire un verre de bon vin est un choix personnel. Par contre, l'imprégnation de tous les milieux et du sang de toute la population par tous les produits CMR épandus depuis 50 ans n'est pas un choix. C'est un fait établi, malgré tous les « progrès » dont vous parlez. Les nombreuses pathologies qui en découlent pèsent déjà et pèseront de plus en plus sur le budget de la Sécurité Sociale. Cela constitue un charge considérable qui n'est pas imputée dans les coûts de revient et le bilan carbone de l'agriculture conventionnelle, tout comme le coût de la dépollution des eaux. Vos arguments sur l'impact carbone de l'agriculture biologique reposent sur un faux bilan carbone. Désherber chimiquement dépenserait moins de gasoil que de travailler son sol. Certes, mais que faites vous de toute la chaîne en amont et en aval de l'utilisation du désherbant ? Que faites-vous du coût de fabrication, de dépollution des eaux, de l'impact sur la santé, le milieu et la biodiversité ? Apparemment, vous n'avez pas fait de vrai bilan carbone sur votre domaine ? Nous reparlerons dans quelque temps du flop que sera cette HVE3, annoncée avec tambours et trompettes, quand les amateurs sauront de quoi il en retourne. Mais mon propos, au moins sur l'abandon immédiat des CMR, relève d'abord de la mesure d'urgence pour éviter d'enfoncer encore plus le vin. Des programmes conventionnels sans CMR avec des phosphonates ou du fosétyl fonctionnent très bien. Qu'est-ce qui empêche de les mettre en œuvre plutôt que de s'enferrer encore avec des produits pourris comme le folpel ou le mancozèbe ? Une filière a bien le droit de se faire hara-kiri, mais est-ce bien raisonnable ? Enfin, la viticulture biologique, avec sa dépendance actuelle et non durable au cuivre, est un pis-aller momentané, mais le moins mauvais actuellement. La recherche sur des extraits renouvelables de végétaux, de bactéries ou de champignons divers déboucheront sur des solutions nouvelles. La fin du blocage réglementaire scandaleux sur les extraits de plantes ( et autres PNPP ) aiderait aussi à cette évolution. Pour conclure, je pense que l'évolution climatique ( qui pousse déjà à se demander si on va pouvoir faire de la viticulture sur le pourtour méditerranéen ! ) appellera tout le monde à lever le nez du guidon et à se poser des questions vraiment essentielles.
CMR Le 05 août 2019 à 09:17:52
Dominique, que répondez-vous donc à vos clients lorsqu'ils vous parlent de CMR ? Leur dites-vous que l'éthanol est un CMR avéré ? Dans votre propos on perçoit nettement votre orientation et l'envie de tirer la couverture (et donc les subvention) vers votre mode de production. Petite question : l'Agriculture biologique est-elle toujours la plus vertueuse en termes de Bilan carbone et donc dans le maintient de la vie des sols et de la préservation de notre belle planète ? La viticulture n'a pas attendue le label HVE pour modifier ses pratiques et cela évolue d'ailleurs à grand pas, au paris de prendre des risques techniques et de perdre une bonne partie de sa production. Mais peut-être qu'en fait il ne doit exister qu'une méthode de produire, la vôtre ?
Dominique Le 04 août 2019 à 11:18:09
On savait déjà que ce « label » HVE3 était quelque peu inconsistant puisque autorisant l'usage de produits CMR ( cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques ). Le recyclage des bidons usagés de CMR permettait, par dessus le marché, l'attribution de points attestant de « bonnes pratiques ». On se demandait bien combien d'amateurs de vin allait se faire duper par ce vrai-faux label, et surtout combien de temps. Le voie dite « comptable » pour accéder au label HVE3 finit de ruiner tout crédit accordé à cette escroquerie qui n'apporte aucune garantie au consommateur. Ce n'est quand même pas un enregistrement des pratiques ou un calcul d'IFT qui va changer ce qu'il y a dans la bouteille, ou ce qui se passe dans la vigne, ni rehausser l'image du vin gravement remise en cause aujourd'hui. En fait, on cherche encore une fois à « rassurer le consommateur » en modifiant l'emballage cadeau et le ruban. Comme l'avoue ingénument l'experte dans cet article : « la HVE n’est pas un changement radical des pratiques comme l’agriculture biologique, c’est une quantification des pratiques ». C'est donc ce référentiel indigent que toute la filière met en avant comme réponse au défi environnemental et sociétal ! Il est inquiétant que des élites auto-proclamées et cooptées n'aient pas de vision stratégique plus large. Il est à craindre qu'après un moment de crédulité, la déception des amateurs de vin soit encore plus grande. Quel gâchis de moyens ! Pour peu que les financements énormes alloués à HVE soient ré-affectés à développer une viticulture sans CMR, ou mieux, la viticulture biologique, on redonnerait du sens à notre métier. Mais les élites n'ont pas de plan B. Elles continuent invariablement dans les mêmes voies. Cela fait penser à Andréas Lubitz, pilote de la German Wings qui avait programmé une trajectoire à altitude constante en ignorant les obstacles….
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