Accueil / Edito / Eau-de-vigne
Eau-de-vigne
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Eau-de-vigne

Par Alexandre Abellan Le 05 août 2022
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Eau-de-vigne
P

remier miracle du Christ, lors des noces de Cana, et obsession du capitaine Haddock, dans les 7 Boules de cristal, la transformation de l’eau en vin fait actuellement partie des souhaits de nombreux vignerons éprouvés par la troisième vague de chaleur de cet été 2022. Les vignes souffrent : feuilles jaunies et tombantes, blocage de maturité, raisins secs… voire péril sur l’aoûtement et donc sur la mise en réserve pour tenir les prochains millésimes qui ne s’annoncent pas plus épargnés par les aléas climatiques. Mais revenons au millésime 2022, qui est loin d'être fini : un quatrième coup de chaud semble s’annoncer, toujours sans perspective de pluies. Soleil et grains de plomb pèsent sur le vignoble, où les baies de raisin se concentrent alors qu’elles devraient grossir. Alors que de belles sorties permettaient d’espérer une récolte généreuse dans les zones épargnées par les multiples aléas 2022 (gel, grêle…), les incertitudes sont fortes sur les rendements (suspendus à des précipitations, "sans glaçon", d’ici les vendanges), les blocages de maturité et leurs impacts sur les équilibres (notamment acides) et les typicités aromatiques (la tuile des thiols…).

Si le stress modéré de la vigne compte parmi les caractéristiques recherchées d’un bon millésime, la surchauffe thermique et le déficit hydrique de cette année poussent des ceps dans leurs ultimes retranchements. Des parcelles atteignent clairement leurs limites, en termes de production pour cette récolte, mais aussi de pérennité pour l’avenir. Dans les vignobles, on voit clairement la différence entre ceux qui irriguent et les autres. De quoi faire de l’accès à l’eau un enjeu crucial pour l’avenir de la filière vin. Même s’il estime en avoir besoin pour se maintenir, le vignoble ne doit pas se bercer d’illusion en matière d’irrigation. La vigne n’étant pas une culture alimentaire prioritaire, elle n’aura pas d’accès privilégié à l’eau dont le manque concerne déjà, et concernera encore plus demain, tous les usages. Les vignerons doivent trouver des sources d’irrigation où il n’y ait pas compétition d’usage, notamment avec celle vitale des populations. Une approche déjà validée par Cognac, qui s’impose de ne pas utiliser une goutte d’eau de nappe phréatique pour son irrigation. Les alternatives vont de la réutilisation des eaux usées aux idées de désalinisation, en passant par les retenues collinaires. Ces dernières étant un sujet de débats virulents. Mais alors que le climat français semble de plus en plus ressembler à une longue saison sèche et à une violente saison des pluies (les épisodes cévenols sont d’ores et déjà craints dans le Sud…), la solution est à étudier pour mettre à profit l’excès d’eau pendant la période où il en manque.

Alors que l’irrigation rimait souvent avec science-fiction dans le vignoble français, donnant l’impression que ce n’était pas un sujet convenable pour des terroirs d’appellation, les coups de chaud de 2022 achèvent d’en faire un sujet de débat prioritaire. Comme le rappelle à juste titre le professeur de viticulture Cornelis van Leeuwen (Bordeaux Sciences Agro) en commentaire de de cet article, l’irrigation peut sembler être la solution la plus facile, permettant de mettre sous perfusion un vignoble mis à mal, mais d’autres outils existent pour adapter un vignoble au changement climatique : l’adaptation du matériel végétal, l’évolution des pratiques culturales (densité de plantation, orientation des parcelles, taille des vignes, travail du sol…).

 

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (1)
marc Le 05 août 2022 à 12:31:41
Irriguer puis distiller ou arracher ? En passant trop rapidement par la Provence où des villages sont ravitaillés par camions citernes en eau potable, à quelques kilomètres des vignes sont irriguées... Un vigneron local, travaillent depuis trente ans en biodynamie, n'y a pas recours. Il estime 2022 sur un profil a grand vin rouge mais la région consacre 92  % de ses superficies au rosé dont le rapport avec la couleur est différent... Soutenir les volumes avec l'irrigation cela existe déjà en Languedoc sur la plaine avec des rendements à 150 hl/hectos pesant sur les cours des AOC Minervois et autres. Le sujet est vaste...
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé