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Bon gré, mal gré
Comment les rhums s'invitent dans le cognac

Du finish à l'assemblage, les eaux-de-vie de vin et de canne à sucre se mêlent dans le cadre des nombreuses innovations propres à la filière des spiritueux, mais moins communes en Charente.
Par Alexandre Abellan Le 22 novembre 2021
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Comment les rhums s'invitent dans le cognac
Le finish de Hee Joy a lieu dans la distillerie de Chevanceaux (Saint-Palais-de-Négrignac, en Charente-Maritime). - crédit photo : Hedonist Spirits
L

a question est tranchée nettement à Cognac : pas de fin d’élevage de l’eau-de-vie charentaise dans un fût ayant connu un autre spiritueux sans perte de l’appellation. Ce qui n’empêche pas les essais de finish et autres mélanges entre catégories, hors du cadre AOC, mais dans le respect des règles d’étiquetage sur lesquelles veille le Bureau National Inteprofessionnel du Cognac (BNIC, voir encadré). Parmi ces OVNI, la gamme de rhum Hee Joy réalise un finish dans de vieux fûts ayant contenu des cognacs chez la distillerie de Chevanceaux. Une double maturation qui ne peut être directement étiquetée.

« On ne peut pas dire au niveau de l’étiquetage qu’il s’agit d’un finish au Cognac. Ce n’est pas possible, je respecte l’AOC et ne l’utilise pas sur les étiquettes. On parle de fûts de chêne français, sans dire qu’ils ont contenu du Cognac pendant plus de 20 ans, même si c’est vrai » explique Jean-Marc Larhantec, le fondateur de la startup Hedonist Spirits (de la liqueur éponyme alliant cognacs et gingembre). S’il ne peut s’y référer, ce rhum s’appuie sur le savoir-faire charentais en termes d’assemblage et de réduction des spiritueux note l’entrepreneur qui donne un supplément à son rhum tropical (originaires de la Jamaïque, de Trinidad et Tobago, de la République Dominicaine et du Suriname). « Le finish arrondi les angles » souligne Jean-Marc Larhantec, surtout quand il reste à distance de l’AOC Cognac.

70 % rhum, 30 % cognac

Ayant lancé le whisky français Bellevoye, les Bienheureux* vont un cran plus loin avec un hybride inédit. Une alliance de 70 % de rhum guatémaltèque et de 30 % de Cognac VSOP dans un même flacon. Une étiquette opportunément baptisée Thoreau, en hommage au philosophe américain Henry David Thoreau, connu pour ces thèses sur la liberté (et la désobéissance civile). « Nous nous laissons des marges de liberté dans nos assemblages et origines, mais notre travail est concerté avec le BNIC. Sur l’étiquette il est inscrit "boisson spiritueuse" en grand, et en plus petit "à base de rhum et de cognac" » indique Olivier Dumont, le nez des Bienheureux, qui assemble ces produits chez un prestataire charentais (non communiqué) et dans la distillerie Bercloux (rachetée en 2019 par les Bienheureux).

Proposant une version rajeunie du Cognac, l’œnologue note que Thoreau peut constituer une nouvelle porte d’entrée aux cognacs pour des consommateurs plus adeptes des rhums. Ayant cherché pendant des années un assemblage entre ces deux spiritueux, à la demande d’Alexandre Sirech le cofondateur des Bienheureux, Olivier Dumont note que ce sont des produits totalement opposés, mais pouvant être complémentaires. Après tout, « quand on prend du cabernet sauvignon, merlot et petit verdot, chacun a son style et apporte sa part dans l’assemblage pour créer de l’harmonie » explique l’œnologue, qui décrit un résultat où s’ajoutent les caractères vineux et puissants du cognac à la gourmandise et l’exotisme du rhum. Ne s’arrêtant pas à ce premier assemblage, les Bienheureux offrent à leurs visiteurs un cocktail particulièrement original : un Thoreau Bulles : réunissant leur rhum/cognac à du Champagne. Pour l’instant il n’y a pas de projets de commercialisation, le Comité Champagne peut dormir sur ses deux oreilles.

 

* : Fondés par Alexandre Sirech (ex-Havana Club, le rhum cubain du groupe Pernod Ricard) et Jean Moueix (du groupe bordelais possédant la propriété Petrus à Pomerol et le négoce Duclot).

 

Le point de vue du BNIC

Interrogé par Vitisphere, l'interprofession indique qu'"un cadre réglementaire existe au niveau européen sur la définition, désignation, présentation, étiquetage et protection des indications géographiques des boissons spiritueuses. Un certain nombre de modifications ont été apportées récemment à cette réglementation visant notamment les allusions à une indication géographique dans la présentation ou l'étiquetage d'une boisson spiritueuse. De manière générale, nous considérons que cette nouvelle réglementation renforce la protection des IG contre les détournements de notoriété et les pratiques susceptibles d’induire le consommateur en erreur. Le BNIC veille scrupuleusement au respect de ces dispositions dans le cadre de sa mission de protection de l’Appellation et s’assure au quotidien que la présentation des produits ne soit pas de nature à porter atteinte à l'Appellation Cognac."

 

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