LE FIL

Début de campagne

Les cours des vins rouges boostés par le blanchiment de la Bourgogne

Mercredi 25 novembre 2020 par Alexandre Abellan

« Pourquoi les prix montent-ils ? Parce qu’il n’y a pas de production. Nous avons souffert dans les AOC régionale de pinot noir » pose Jérôme Prince.
« Pourquoi les prix montent-ils ? Parce qu’il n’y a pas de production. Nous avons souffert dans les AOC régionale de pinot noir » pose Jérôme Prince. - crédit photo : BIVB
Faibles stocks et petites vendanges limitent les disponibilités et conduisent à une hausse de 30 % des cours du pinot noir en appellation régionale générique ce mois de novembre.

Ces dernières semaines, les cours du pinot noir explosent de 30 % en appellation Bourgogne régionale. « Il faut distinguer l’appellation Bourgogne générique qui est passé de 900 à 1 200 euros la pièce, l’AOC Bourgogne Côte d’Or, qui marche très bien est passée de 1 100 à 1 200 € la pièce » rapporte Jérôme Prince, président du syndicat des courtiers en vins et spiritueux de Grande Bourgogne. Cette flambée des prix tient autant à une certaine rétention des propriétés qu’à la volonté de se couvrir des négociants, alors que la récolte en rouge est insatisfaisante en quantité

« Il y a un déséquilibre de production entre chardonnay et pinot noir au niveau quantitatif. Il suffit d’une petite récolte pour qu’il y ait des tensions » résume Pierre Gernelle, directeur de la Fédération des Syndicats de Négociants-Eleveurs de Bourgogne. « Nous avons fait une récolte globalement très satisfaisante en blanc (Chablis et Mâcon), mais insuffisante en rouges (Côte d’Or et côte chalonnaise) » confirme François Labet, président délégué du Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne (BIVB).

"25 % de rouge"

Faisant état d’un « gros déficit de production » en rouge, le vigneron souligne que la production bourguignonne ne cesse de blanchir, accentuant les tensions sur les stocks et les disponibilités. Si le BIVB table une vendange 2020 globalement généreuse, avec 1,55 million d’hectolitres de vin, la part des rouges s’y réduit comme peau de chagrin. « Nous estimons qu’il y aura 75 % de blanc pour 25 % de rouge. Par le passé, nous étions à un tiers de blanc pour deux tiers de rouge » souligne François Labet.

Pour le millésime 2020, la sécheresse estivale pèse sur les rendements en jus des raisins rouges, des baisses de 20 à 50 % de la production se rencontrant fréquemment dans le vignoble bourguignon. Permettant d’atteindre des maturités optimales, ce coup de chaud donne des vins très qualitatives note Jérôme Prince, faisant état de vins concentrés et équilibrés (« il y a peu d’acide malique, on voit déjà le rendu final des vins »). Le président des courtiers estime que l’emballement des cours du pinot noir en AOC régionale répond au phénomène des besoins du négoce en « petits vins » qui alimentent le marché bourguignon.

Profondeur de gamme

« La marque Bourgogne est toujours demandée. Les ventes de Bourgogne baissent aux alentours de -10 % à l’export et -15 % en France » rapporte Pierre Gernelle, pour qui, « vu le contexte, on ne s’en sort pas trop mal ». Pour le porte-parole du négoce bourguignon, la force de l’offre des vins de Bourgogne est sa profondeur de gamme, des régionales aux grands crus, selon des niveaux de prix suivant une gamme pyramidale.

« Quand on parle de vins de Bourgogne, on pense à des vins chers. Mais 50 % de notre production est composée de bonnes bouteilles d’AOC générique qui forment notre socle. Les vins d’AOC Bourgogne et Mâcon se vendent très bien en grande distribution parce qu’ils ont d’excellents rapports qualité/prix » estime François Labet. Pour le vice-président du BIVB, les cuvées bourguignonnes réussissent à rester accessibles en termes budgétaires et organoleptiques. « Nos vins sont appétissants. Le réchauffement qu’on constate depuis le début du millénaire est bénéfique qualitativement aux vignobles septentrionaux. Notre buvabilité colle à ce que le marché souhaite » précise François Labet.

"La campagne est faite sur le Bourgogne rouge"

« La campagne est faite sur le Bourgogne rouge (et il n’y a plus grand-chose dans les rouges périphérique, comme le passetoutgrain) » pose Jérôme Prince, qui estime que les cours devraient se maintenir pour les Bourgogne Villages les plus recherchés (avec « peut-être des baisses en fin de campagne sur certains Villages aux prix élevés »). Alors que la production de vins blancs augmente, le courtier se montre confiant dans la robustesse du marché. Actuellement, « l’Aligoté se négocie autour de 550 € la pièce, contre 700 € l’an passé. C’est un atterrissage en douceur, assez dynamique sur le marché de la grande distribution français. Si c’était la crise, l’Aligoté serait à 400 € » pronostique Jérôme Prince, qui estime que pour les cuvées de chardonnay, la campagne devrait bien se présenter sur Mâcon, mais être plus attentiste à Chablis. « Il faudra sans doute se réhabituer à des campagnes plus longues » prévient le courtier bourguignon.

Mais « globalement, les fondamentaux de la Bourgogne sont bons, ce qui lisse les effets du covid. Avec les taxes Trump et la fermeture des restaurants ce n’est pas l’euphorie, mais on travaille correctement » témoigne Jérôme Prince. « La situation reste saine, comme la demande est forte et les stocks sont bas (en AOC régionale : 13 mois de stocks en blanc et 16 mois en rouge) » conclut Pierre Gernelle.

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