LE FIL

Taille critique

En prenant les rênes de Vinadeis, InVivo passe le cap des 500 millions €

Mercredi 01 juillet 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 03/07/2020 15:34:37

« Après avoir connu des hauts et des bas à différents niveaux, nous pouvons nous satisfaire d’avoir franchi cette première étape, indispensable » pointe Thierry Blandinières.
« Après avoir connu des hauts et des bas à différents niveaux, nous pouvons nous satisfaire d’avoir franchi cette première étape, indispensable » pointe Thierry Blandinières. - crédit photo : InVivo
Annoncé il y a cinq ans, le palier est atteint. La filiale vin du premier groupe coopératif français entre en négociation exclusive avec l’union coopérative occitane pour en devenir l’actionnaire majoritaire. Ce qui permettra d’atteindre l’objectif annoncé d’un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros en 2020 annonce Thierry Blandinières, le directeur général du groupe InVivo. Prenant momentanément la direction de la filiale vin, il se montre à la fois satisfait du passé, confiant dans le présent et ambitieux pour l’avenir.

Depuis des années les rumeurs se suivent et se ressemblent dans le vignoble concernant le désir d’investissement d’InVivo. On évoque des prises de contact avec Advini, Boisset, Grands Chais de France…

Thierry Blandinières : Les choses étaient calées, mais ce ne sera pas Gallo, Castel ou Grands Chais de France… mais Vinadeis ! Nous rentrons en négociation exclusive pour devenir l’actionnaire principal de Vinadeis avec 57 % des parts. En rachetant des titres et apportant du fonds de commerce. Les conseils d’administration du Val d’Orbieu et de Vendéole ont donné leur accord, le conseil d’administration d’InVivo a entériné le projet ce jeudi 25 juin. Nous avons reçu ce 30 juin l’accord des élus du personnel d’InVivo et de Vinadeis. L’autorité de la concurrence doit étudier la question, mais avec une entité de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, il reste encore de la place dans le monde du vin. Il nous faut également vérifier les comptes de Vinadeis, ce qui devrait aller vite comme nous en sommes actionnaire.

 

InVivo est en effet déjà actionnaire minoritaire de Vinadeis…

En 2015, il a été décidé de créer à partir de zéro une section vitivini (alors que nous étions un groupe plutôt céréalier). Pour rentrer dans le secteur du vin, nous avons voulu racheter le négoce bordelais Cordier et Mestrezat, et avons discuté avec ses actionnaires : le Crédit Agricole, Vinadeis et TAG. Nous avons racheté les participations du Crédit Agricole et du groupe suisse TAG. Vinadeis conservant ses 20 %, nous avons pris 20 % d’actions chez Vinadeis par réciprocité. La holding InVivo Wine a été créée à l’époque, nous avons signé un protocole avec Vinadeis nous donnant la possibilité d’en devenir l’actionnaire majoritaire par rachat de titres ou apports de nouveaux actifs. Cinq ans après, nous sommes revenus à ces fondamentaux.

Nous sommes descendus à 10 % d’actions de Vinadeis ensuite. La raison est fiscale, nous avons dilué notre participation pour ne pas avoir à sortir du cash en prenant le contrôle à 100 % de Cordier. Ce n’était pas un désengagement, mais un échange de titres pour investir dans le distributeur hollandais Baarsma [en 2017]. Avec cette acquisition, nous aurions pu actionner le protocole, mais nous avons décidé de ne pas le faire. La question s’est reposée avec Café de Paris, acheté en 2019 à Pernod-Ricard. Nous avons ouvert des discussions avec les actionnaires historiques de Vinadeis, le Val d’Orbieu et Vendéole. La crise du covid-19 est arrivée à ce moment. Elle nous a poussé à activer le protocole pour bâtir un nouvel ensemble et jouer à plein la synergie, s’organiser et saisir le moment de relance des marchés de la fin d’année.

 

Malgré la crise et les incertitudes commerciales du coronavirus, vous affirmez donc votre optimisme à court-terme ?

Il faut être optimiste ! On voit que l’Asie est bien orientée et qu’il y a une reprise. La grande distribution en Europe du Nord tourne bien. La GD française aussi, où nous avons de bonnes surprises sur Café de Paris et où Vinadeis est bien orienté. On souffre beaucoup plus sur la restauration, forcément. Je reste plus réservé et préoccupé sur le marché américain, qui reste à l’arrêt et où il faudra être patient.

 

Avec cette prise de contrôle, vous indiquez passer le cap des 500 millions € de chiffre d’affaires. Soit l’objectif que vous vous étiez fixé en 2015 pour 2020. Pari tenu ?

InVivo Wine enregistre un chiffre d’affaires de 225 millions d’euros et Vinadeis de 275 millions d’euros. Nous verrons comment cela évolue en 2020, mais nous sommes bien à une première étape. A la moitié du chemin [NDLA : InVivo Wine visant 1 milliard € en 2025].

Il fallait atteindre ce pallier pour avoir une taille critique permettant d’amortir les coûts fixes et d’investir commercialement. Je suis heureux que l’on ait réussi à atteindre cette première étape. C’est toujours plus difficile quand on part de zéro, on rame pas mal et il faut beaucoup discuter pour avancer. Après avoir connu des hauts et des bas à différents niveaux, nous pouvons nous satisfaire d’avoir franchi cette première étape, indispensable.

 

En parlant « de hauts et de bas », les départs soudains des directeurs d’InVivo Wine semblent témoigner de difficultés stratégiques récurrentes…

En effet, mais pour des raisons différentes. Le premier, Bertrand Girard, a pris la direction d’InVivo Wine par construction politique [en tant que directeur de Vinadeis, au moment de de la création de la filiale]. Il y a eu des tensions avec Vinadeis, sur lesquelles je ne peux m’exprimer, et nous ne pouvions pas le conserver.

J’ai engagé le deuxième, Frédéric Noyère, pour sa vision de marque issue de son expérience de LVMH. Mais quand on vient d’un grand groupe du luxe, la difficulté est de s’adapter au monde du terrain des coopératives. Ce n’est pas évident et il n’y a pas de griefs. J’ai senti qu’il ne serait pas l’homme de la situation pour gérer cette fédération.

Je prends la direction générale d’InVivo Wine pendant deux ans au moins. Nous formons un triumvirat avec Jacky Maria, le directeur général de Vinadeis, et Philippe Leveau, le directeur de Cordier.

 

Le nombre d’adhérents d’InVivo Wine stagne, quels sont vos objectifs en matière de séduction de nouvelles coopératives ?

Nous réunissons 9 groupes coopératifs (pour 25 000 hectares de vignes dans le Sud-Ouest, en Vallée du Rhône et dans le Beaujolais). Une dynamique se créé, nous sommes en discussion avec des groupes coopératives [pour leur adhésion à InVivo]. Nous espérons aussi embarquer des caves coopératives à Bordeaux, où les relations sont plus sereines et commencent à s’articuler. Nous réussissons à faire des prestations pour Tutiac et Univitis. Il fallait faire ses preuves avant d’être reconnu.

[Au sein du nouveau périmètre InVivo Wine], nous allons respecter l’identité de chaque terroir. Il y aura des synergies industrielles, commerciales, d’achats, de marketing… Avec Café de Paris en effervescent, Cordier à Bordeaux, Vinadeis en Occitanie et des coopératives adhérentes en Beaujolais et Côtes du Rhône, nous construisons notre gamme. Notre ambition est de faire émerger un leader coopératif. Je pense qu’avec notre chiffre d’affaires nous sommes déjà le premier groupe coopératif du vin en France.

 

Pour atteindre votre prochain objectif, 1 milliard € en 2020, de nouvelles croissances externes sont-elles prévues ?

Plus nous faisons nos preuves, plus nous serons à même de discuter avec les joueurs des autres tableaux. Nous verrons sur les cinq prochaines années comment nous progresserons. Une première étape est franchie. Nous sommes dans la consolidation. L’important est de délivrer des résultats pour financer nos développements. Nous n’investissons pas à fond perdu.

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VOS RÉACTIONS
Bernard Le 06 juillet 2020 à 22:06:08
Se fixer un objectif ambitieux il le faut, mais je pense que le premier objectif que doit se fixer la coopération n'est pas le chiffre d'affaire et la croissance externe mais la revalorisation des produits pour assurer un revenu décent aux viticulteurs. Or le seul objectif que c'est fixé Vinadeis, c'est le chiffre d'affaire et concurrencer le négoce en faisant du dumping! il en résulte une paupérisation générale de la viticulture. Dans cette bataille personne ne sort gagnant.
Stratégie Le 03 juillet 2020 à 09:45:05
IN VIVO Wine annonce le rachat de VINADEIS... ...et va vérifier les compte plus tard (dixit Th. BLANDINIERES) ! C'est trop fort... !
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