LE FIL

Marché chinois

Protéger les AOP et IGP des vins français c’est bien, les exempter de taxes serait mieux…

Mercredi 06 novembre 2019 par Alexandre Abellan

Avec la reconnaissance chinoise de l'Appelllation Languedoc, cette contrefaçon de la Romanée Conti 'mise en bouteille à Montpellier' sera plus facilement poursuivie à l'avenir.
Avec la reconnaissance chinoise de l'Appelllation Languedoc, cette contrefaçon de la Romanée Conti 'mise en bouteille à Montpellier' sera plus facilement poursuivie à l'avenir. - crédit photo : CCEF
L’accord de protection d’indications géographiques en Chine ne déclenche pas l’allégresse dans le vignoble français. La portée du protocole étant plus symbolique qu’immédiate sur un marché de plus en plus concurrentiel.

Protégeant des contrefaçons sur le marché chinois de nouvelles indications géographiques de vins français (AOP et IGP*), l’accord 100+100 signé par les présidents Xi Jiping et Emmanuel Macron ce 6 novembre est accueilli avec une félicité circonspecte dans le vignoble. « C’est une journée satisfaisante. A partir du moment où le marché chinois s’installe, on est copié. Certains s’en satisfont en estimant que cela marque leur entrée dans la cour des grands, mais on ne peut accepter des contrefaçons » estime Jacques Gravegeal, le président de l’Interprofession du vin de pays d’Oc IGP (InterOc).

Cette protection supplémentaire est « une bonne nouvelle, ça part d’un très bon sentiment pour développer le marché chinois » renchérit Dominique Piron, le président de l’interprofession des vins du Beaujolais (InterBeaujolais). Qui reconnait cependant n’avoir aucune connaissance de contrefaçons aux vins du Beaujolais en Chine*. Pour le vigneron du Beaujolais, « une baisse des taxes serait aussi bien, alors que les concurrences sont de plus en plus fortes avec l’Australie et le Chili… » Avec la Géorgie depuis 2019 et la Nouvelle-Zélande depuis 2008, ces deux pays bénéficient en effet de droits de douanes nuls sur le marché chinois. « Les différences de droits douaniers sont une aberration et un handicap » tranche Christian Vanier, le directeur du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB). Précisant que « compte tenu de la structure haut de gamme de nos ventes en Chine (et via Hong-Kong) les droits de douane nous impactent peu, mais quand les ventes décolleront, il faudra que nos appellations régionales soient aussi compétitives que d’autres. »

"Exemption de droits douaniers"

Si la Chine est le dixième marché export des vins de Bourgogne, elle est la deuxième destination en volume des vins de cépage pays d’Oc (190 000 hl en 2018, quand Bordeaux caracole à 435 000 hl). « Si je pouvais donner un élément de réflexion à notre président » confie Jacques Gravegeal, « je lui dirai ne pas comprendre que l’on ne puisse pas valider une exemption de droits douaniers pour les vins français au vu de l’antériorité de nos relations diplomatiques, que l’Australie et le Chili n’ont pas. Nous devrions être mieux considérés dans les échanges commerciaux. » Le vigneron languedocien ajoutant que « le zéro droit de douanes ne gommera pas le différentiel de coût de production, mais au moins la compétition sera plus saine. Un premier pas a été réalisé avec la protection de notre IGP. Il faut en négocier un deuxième. »

La priorité des taxes américaines

« Pour le long terme, c’est une bonne chose de protéger nos indications géographiques sur le marché chinois. Dont l’administration a cependant du mal à comprendre le concept (y voyant une marque collective). Mais son effet est moins concret et rapide qu’une baisse des taxes » souligne Christian Vanier. Qui conclut par sa préoccupation, qui est aussi celle de l’ensemble de la filière française : « une victoire serait de supprimer la hausse de 25 % des taxes américaines… »

 

* : Il s'agit des IG Alsace, Armagnac, Beaujolais, Bordeaux, Bourgogne, Chablis, Calvados, Champagne, Châteauneuf-du-Pape, Cognac, Comté, Côtes du Rhône, Côtes de Provence, Côtes du Roussillon, Graves, Languedoc, Margaux, Médoc, Pauillac, Pays d’Oc, Pessac-Léognan, Pomerol, Pruneaux d’Agen, Roquefort, Saint-Emilion détaille un communiqué du ministère de l'Agriculture.

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