LE FIL

Taxation en question

Agnès Buzyn sera-t-elle tentée par une surtaxe des alcools ?

Vendredi 28 décembre 2018 par Alexandre Abellan avec Bertrand Collard et Marion Ivaldi

« Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre » estime Agnès Buzyn en février 2018.« Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre » estime Agnès Buzyn en février 2018. - crédit photo : Création Vitisphere
Un pas en avant, deux en arrière : la ministre de la Santé a beaucoup inquiété dans la filière vin suite à ses déclarations du début d’année, avant d’en arriver à défendre un gel fiscal.

« Taxer le vin : aujourd’hui, c’est non ! » affirme Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, ce 31 octobre sur BFM TV. Une déclaration qu’elle a mise en pratique en défendant le rejet d’un amendement au projet de loi de financement de la sécurité sociale prévoyant une hausse des taxes sur les boissons alcoolisées. De quoi rassurer un vignoble secoué par ses déclarations fracassantes du début d’année. « L’industrie du vin laisse croire aujourd’hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky. On laisse penser à la population française que le vin est protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux » lance Agnès Buzyn le 7 février sur France 2.

La ministre ouvre une vaste polémique qui l’a suivi toute l’année, alors que les projets de dénormalisation de la consommation des boissons alcoolisées laissent craindre, a minima, une taxation des vins (ce qui a causé un bref bras de fer entre la filière vin et le gouvernement). Face au tollé, Agnès Buzyn enclenche le rétropédalage dès la semaine suivante sur France Inter, estimant que « le buzz fait sur ma prise de parole fait penser à des gens que j’ai attaqué le vin. J’ai simplement parlé du problème de l’alcoolisme en France », ajoutant « par ailleurs, j’aime beaucoup boire un verre de vin en situation conviviale, comme tout le monde ». Agnès Buzyn étant appuyée par le président de la République et le Premier Ministre pour mettre un terme à la polémique, qui est résumée par la sénatrice/vigneronne bordelaise Nathalie Delattre : « votre ministre de la Santé ne cesse de jeter l’opprobre sur nos têtes. Sa Stratégie nationale de santé, souhaite passer d’une politique de prévention des risques, à une politique de prévention de toute consommation d’alcool. »

Plan prévention

Malgré les dénis gouvernementaux, les peurs viticoles sur une hausse de la taxation ont continué de gonfler cet été. En témoignent l’appel de 64 « grands crus » dans le Figaro contre une politique hygiéniste ou les échanges de vives tribunes entre tenants de la consommation raisonnée et de l’abstention. Ces tensions s’appuyant sur les échecs de concertation entre filière vin et ministère de la Santé concernant l’utilisation des 30 propositions pour participer à une politique de prévention en matière d’alcool.

L’intervention d’Agnès Buzyn sur la fiscalité du vin a finalement apaisé les craintes. D’autant plus que la ministre a apporté un soutien inattendu pour le statu quo fiscal des alcools lors du retrait parlementaire d’un élargissement de la taxe premix. « La conception même de la taxe pose problème au regard de son objectif » tacle Agnès Buzyn, qui ne ferme cependant pas la porte à une hausse de la taxation. Elle considère en effet qu’« une réflexion plus approfondie sur les paramètres, les objectifs et l’impact de cette taxe est donc nécessaire avant d’envisager une évolution de son champ ». Si le ministère de la Santé ne considère pas « aujourd’hui » le sujet d’une hausse de la fiscalité des vins, une augmentation des taxes reste un serpent de mer pour demain.

Le vin n’est donc pas tiré d’affaire : à suivre avec la prochaine loi de finance de la sécurité sociale.
 

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