LE FIL

Ministre de la Santé

Rétropédalage d’Agnès Buzyn sur les dangers du vin

Mercredi 14 février 2018 par Alexandre Abellan

« L’alcool n’est sorti de ma bouche qu’une seule fois, c’était mercredi dernier » souligne la ministre de la Santé, visiblement interpellée par la mobilisation de la filière et de ses élus.« L’alcool n’est sorti de ma bouche qu’une seule fois, c’était mercredi dernier » souligne la ministre de la Santé, visiblement interpellée par la mobilisation de la filière et de ses élus. - crédit photo : Radio France
Une semaine après, la ministre de la Santé essaie, laborieusement, d’éteindre la colère vigneronne allumée par ses déclarations sur la consommation de la dive bouteille. Ne reste plus qu’à appliquer la feuille de route présidentielle, comme le réclame Vin & Société.

« Je n’ai pris la parole sur l’alcool qu’une seule fois depuis huit mois. Dans une émission dédiée à l’alcoolisme sur France 2 mercredi dernier » semble presque regretter Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, invitée de la matinale de France Inter ce 14 février. Interpellée par un vigneron bien connu du Gard, Xavier Fabre*, l’ancienne présidente de l’Institut National du Cancer a tenté d’expliquer sa pensée, en l'atténuant au passage : « le buzz fait sur ma prise de parole mercredi dernier fait penser à des gens que j’ai attaqué le vin. J’ai simplement parlé du problème de l’alcoolisme en France. [J’ai] un devoir de prévention de l’alcoolisme, notamment sur deux populations vulnérables : les jeunes et les femmes enceintes. Je ne vois pas en quoi en disant cela, j’attaque la viticulture. Par ailleurs, j’aime beaucoup boire un verre de vin en situation conviviale, comme tout le monde. »

Animant le débat sans s’en laisser conter, le journaliste Nicolas Demorand a remis la ministre face à ses déclarations fracassantes : « maintenez-vous qu’il n’y a pas de différence de nature entre les alcools, quels qu’ils soient ? » Ce qui a donné lieu à un véritable exercice de contorsion : « ma prise de parole se mettait du côté du foie et du corps humain. L’alcool contenu dans tous les spiritueux, que ce soit la bière, le vin ou le whisky c’est la même molécule d’alcool. [Je parlais] pour le foie. Ensuite on peut évidemment trouver des vertus culturelles, un patrimoine, du plaisir et beaucoup de talents. Je parlais de la molécule d’alcool » a évacué Agnès Buzyn, bien moins tranchante sur France Inter que sur France 2.

"Déclarations intolérables"

Peut-être la ministre a-t-elle fini par être rappelée à l’ordre par la présidence de la République, Emmanuel Macron ayant déclaré, dans un récent courrier à la filière, que le vin est « l’âme de la France ». Peut-être répond-elle aux pressions politiques venant du vignoble, comme les déclarations du sénateur audois Roland Courteau, vice-président du groupe Vigne et Vin du Sénat, qui se positionnait « contre la plus sévère et injuste attaque que la boisson vin ait eu à subir depuis des décennies ». Peut-être a-t-elle entendu les déclarations de Vin & Société. Ne souhaitant initialement « pas commenter un programme télévisuel, fut-il consacré au vin et à l’alcool », l’association est sortie hier de son silence pour rappeler les vertus de l’éducation et sa lutte contre les consommations excessives.

« Quelle place pour le vin dans notre société ? Allons-nous vers la promotion de l’abstinence et de la prohibition ? Représenter les intérêts de la filière viticole n’est pas immoral comme certains voudraient le faire croire » lance dans un communiqué Joël Forgeau, le président de Vin & Société (qui n'avait pas souhaité participer au débat de France 2). Le vigneron ligérien ajoute que « la filière ne se substitue pas aux acteurs de santé, ni aux scientifiques. Elle peut être force de proposition et promouvoir les bons comportements sur le terrain. »

Dénormalisation

Tout l’enjeu pour la filière est désormais de créer un espace de dialogue avec les ministères de l’Agriculture et de la Santé, où sera présenté le plan de prévention en cours de rédaction (qui doit être rendu en mai prochain). Et de pouvoir enfin mettre derrière elle les craintes de dénormalisation de la consommation des boissons alcoolisées, qui planent sur la Stratégie Nationale de Santé 2018-2022.
 

 

* : « Dans une bouteille de vin, il n’y a que 12 % d’alcool, le reste c’est de la culture, de la convivialité, de la passion, des hommes et des femmes qui travaillent et des paysages. Je vous pose la question Madame la ministre : je suis viticulteur, est-ce que demain je serai considéré comme un dealer ? » lance d’une traite Xavier Fabre, président du Syndicat des Vignerons Gardois.

Du côté de l'ANPAA

Cette inflexion du discours d'Agnès Buzyn ne devrait pas manquer de décevoir l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA), qui s'est félicitée avec une vingtaines d'asssociations et d'experts « le discours très ferme » tenu sur France 2 le 7 février. « Un positionnement sans ambiguïté d’autant plus important dans une période où les producteurs, notamment de vin, se félicitent de trouver une oreille attentive à l’Elysée. Les propos de la ministre sont en droite ligne avec les positions des associations intervenant dans le champ de l’addictologie, qui réclament une information objective des Français sur les risques liés à la consommation d’alcool » souligne un communiqué collectif du 12 février.

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Robert BRIDET Le 16 février 2018 à 15:39:17
Il est de bon ton d’affirmer dans notre société médiatique Que le vin n’est pas une production artistique. Il est de bon ton d’admettre que les données sensorielles N’apportent rien d’autre que le bien-être matériel. Dieu merci, le bon usage du vin a d’autres implications: Le nez au dessus du verre ouvre bien d’autres horizons. Le vin est comme la vie, éphémère et éternel: En élevant l’esprit, il libère de l’enveloppe charnelle. Seule la vigne, dans le règne végétal, est un grand mystère, Elle rend intelligible la véritable saveur de la terre. Sa fidélité dans la traduction des secrets du sol Applique aux mérites de l’homme un sérieux bémol. On ne sait plus alors, qui de la terre ou de l’homme A le plus grand mérite, est le meilleur agronome. Et il faut bien se résoudre à admettre qu’en somme Le vin est le fruit de la terre et du travail de l’homme. Comment expliquer, autrement que par cette vérité, La pérennité d’une boisson connue depuis l’antiquité? Comment expliquer que ce produit ait traverser les ages Sans tomber dans l’oubli comme tant d’autres breuvages? Répondre à cette question, c’est tout un programme: Car le vin c’est la foi, l’amour, la fierté, l’orgueil, la flamme. Le vin sans la foi, c’est une vigne qu’on ne plante pas Pour les générations à venir. Le vin sans l’amour, c’est un vigneron qui ne tremble pas En écoutant l’orage grossir. Le vin sans la fierté, ce sont des ceps qui ne s’alignent pas A n’en plus finir. Le vin sans l’orgueil, c’est une boisson qu’on ne partage pas De peur d’en rougir. Le vin sans la flamme, est-ce encore du vin? C’est une toile sans cadre, un bijou sans écrin. Notre société s’évertue à déprécier le fondement de ces mentions, Drapée qu’elle est, dans la toge du rendement de ses actions. En s’empêtrant dans les notions de rentabilité du labeur, Elle oublie l’absolue nécessité de recherche des saveurs. Combien de temps encore pourra t-on justifier Les milliers d’attentions requises pour une seule cuvée? Il faudra pourtant comprendre avant qu’il ne soit trop tard Que le vin est le révélateur, avant même d’être un art, De la péremptoire logique de perpétuer les valeurs Indispensables au génie qui accompagne nos mœurs. Je n’ai que ces vers, je n’ai pas d’autres armes Pour éveiller les consciences et sonner l’alarme: A vous tous, Aristippe arrimés à Platon et ses cures, Je souhaite un retour sous la bannière d’Epicure. Car, aussi vrai que le vin a vu disparaître l’homme barbare, Il cesserait de penser, le peuple qui ne saurait plus boire…
Demeaux Le 14 février 2018 à 13:05:14
Ce que dit Agnés Buzyn n'est que la réalité que les vierges effarouchées de la filiére viticole font semblant de découvrir. On devrait offrir à tous ces "responsables" et aux élus qui les soutiennent une petite visite de nos services hospitaliers pour leur faire découvrir que la trés grande majorité des malades de l'alcool ont consommé essentiellement du vin. Quant au french paradox il ne résiste pas aux données épidémiologiques.
anjou Le 14 février 2018 à 10:39:34
j'ai mon beau père 95 ans 3 verres de vin rouge par jour et quelques apéros toujours vivant j'avais un ami 2 bouteilles par jour + quelques apéros i lest mort à 55ans cherchez l'erreur moralité : ne pas abuser de la dive bouteille mais un petit plaisir de temps en temps ne fait pas de mal
JEAN Le 14 février 2018 à 09:57:57
Bravo à V et S d'avoir donné de la voix...Mais il faut aussi parler des bénéfices -pas seulement culturelle - de la consommation modérée du vin: le "french paradox" existe, il n'y a pas que les Américains qui l'ont rencontré!
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