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Rendement, précocité...
Voici les caractéristiques des cépages résistants Resdur 2 

Cinq nouvelles variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium, issues du programme Resdur, sont autorisées en France. Voici ce qu’on en sait.
Par Michèle Trévoux Le 17 mars 2022
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 Voici les caractéristiques des cépages résistants Resdur 2 
Le Cépage Coliris (photo) comme Sirano et Opalor peuvent atteindre des rendements de 80 à 100 hl/ha - crédit photo : Inrae
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oliris, Lilaro et Sirano en rouge, Selenor en blanc, ont décroché en décembre dernier leur inscription au catalogue, sésame pour être multipliées et plantées en France. Opalor, autre variété blanche, devrait l’être sous peu. Ces nouvelles obtentions sont issues du programme Resdur de l’Inrae de Colmar et s’ajoutent aux quatre variétés Resdur 1 (Vidoc, Artaban, Floreal et Voltis) agréées en 2018. Que valent-elles ? Christophe Schneider, en charge de ce programme dévoile les premiers éléments de réponse, basés sur les résultats du suivi VATE (valeur agronomique technologique et environnementale) mené pendant trois ans (2019-2021) sur deux sites différents pour chaque variété.

Plus résistants au mildiou

« Comme les Résdur 1, ces cinq obtentions sont toutes dotées de deux gènes de résistance contre le mildiou et de deux contre l’oïdium. C’est notre stratégie pour éviter le contournement de résistance », précise Christophe Schneider. Mais elles sont plus résistantes au mildiou que les Resdur 1 parce qu’elles possèdent le gène Rpv10, à la place du Rpv1, légué par le Bronner, un de leurs ascendants. Outre le Bronner, ces cépages comptent une variété Bouquet parmi leurs ascendants qui leur apporte, comme aux Resdur 1, le gène Run 1 de résistance totale à l’oïdium. Pour le Black Rot, Christophe Schneider ne parle de tolérance et non de résistance. « En cas de fortes attaques comme en 2021, il faut réaliser un ou deux traitements. Mais si la pression est faible, on peut se passer de protection spécifique ». Deux de ces variétés présentent en outre une bonne résistance à la pourriture grise : Coliris et Opalor. Pour les trois autres, cette résistance est moindre, intermédiaire entre celles du Merlot et du Chardonnay.

De toutes les époques

Coliris est le plus précoce, avec une maturité de 1ère époque, proche de celle du Pinot Noir. Son débourrement est également précoce. « En 2021, il s’est fait ramasser par le gel, 50 % des bourgeons ont été détruits, mais les contre-bourgeons sont bien repartis et au final, la récolte a été peu affectée. C’est une variété à réserver à la moitié nord de la France". Le Selenor est un peu plus tardif que le Coliris : sa maturité coïncide avec celle du chardonnay ou du pinot blanc. Les trois autres variétés sont plus tardives. Lilaro et Opalor (2ème époque) murissent en même temps que le Merlot, et Sirano avec la Syrah.

Assez productifs

Coliris, Sirano et Opalor sont les plus productifs avec des rendements qui peuvent atteindre 80 à 100 hl/ha. Lilaro est légèrement moins productif. Selenor est le moins vigoureux, sa productivité est moyenne. « Il est fertile mais il donne de petites grappes. Dans les essais, il a produit 70 hl/ha en moyenne. C’est une variété plus adaptée aux vins d’appellation », souligne le chercheur.

Diversement appréciés

D’après les premières dégustations réalisées par l’Inrae sur 3 millésimes, ces variétés présentent des profils organoleptiques très différents. « Aucune n’a de goût foxé. Chaque variété est autant voire plus appréciée que le cépage de référence -différent selon les régions- auquel nous l’avons comparée », soutient Christophe Schneider. Le Coliris est très coloré. Il donne des vins puissants et bien charpentés, de 13 à 14° à maturité phénologique, avec une acidité en rapport. Ses tannins sont plus soyeux que ceux du Vidoc. A l’inverse, le Lilaro présente une faible intensité colorante et une structure légère en bouche, ce qui le rapproche du Pinot Noir. Il est très expressif avec une dominante de fruits rouges. Sirano est encore différent avec une couleur soutenue. Il donne des vins charpentés et tanniques, moins fruités que les deux précédents mais plus épicés avec des notes végétales. « C’est une variété plus adaptée au sud de la France. En Val de Loire, sur certains millésimes, il présente une acidité très élevée. Les résultats sont beaucoup plus intéressants dans le Bordelais », précise Christophe Schneider.

Quant aux deux cépages blancs, ils ne sont pas très aromatiques. Selenor est le plus expressif des deux avec des notes florales qui restent discrètes. « Il conviendra sans doute mieux aux vignobles de la moitié nord ». Opalor donne des vins plus neutres, « mais avec du bouquet. Il pourrait se rapprocher du sylvaner en Alsace ou du sémillon à Bordeaux. Doté d’une belle acidité, il donne de bons vins de base pour effervescents ».

Une dégustation organisée en avril 2021 à Montpellier, n'a pas donné d'aussi bons résultats. Ce jour-là, Lilaro et Sirano ont été comparés à deux merlots et 6 variétés Bouquet. Lilaro était le moins bien noté de tous ces vins. Sirano s’est situé au niveau d’un des deux merlots et d'une des variétés Bouquet, mais s'est retrouvé en dessous des autres échantillons. En blanc, seul Opalor a été dégusté. Il s’est situé en dessous du témoin -un sauvignon- auquel il a été comparé, mais au même niveau que la variété Bouquet la mieux notée (G9). 

Un an de brainstorming pour choisir les noms

Comme pour les Resdur1, l’Inrae a réuni une vingtaine de représentants de la filière (vignerons, pépiniéristes, chercheurs, Interprofessions, IFV, Chambres d’agriculture…) pour trouver un nom à ses nouvelles variétés Resdur 2. L’affaire a duré un an. « Pour le Resdur1, nous avions fixé une direction : l’Histoire de France pour obtenir des noms très français et facilement prononçables. Pour cette seconde sélection, la consigne était d’éviter le nom de personnages historiques et de ne pas reproduire le nom de cépages existants », raconte Christophe Schneider. 350 propositions ont été émises par le groupe, dont certaines très originales. Pour nommer les prochaines obtentions, les metteurs en marché, qui s’estiment les plus concernés par la commercialisation de ces nouveaux cépages, veulent avoir leur mot à dire.

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