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Millésime 2021
Les vins blancs d'Espagne sollicités face aux pénuries de France et d'Italie

Généralisée, la petite récolte 2021 met sous tension les metteurs en marché à la recherche de volumes de vins blancs aussi rares que chers. La situation s'annonce plus contrastée pour les rouges et rosés.
Par Alexandre Abellan Le 22 octobre 2021
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Les vins blancs d'Espagne sollicités face aux pénuries de France et d'Italie
« Tous nos acheteurs nous questionnent depuis le mois de juin, voire depuis le lendemain du gel » rapporte le courtier Florian Ceschi. - crédit photo : Cogevi
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rès complexe et usant au vignoble avec le gel, la sécheresse, le mildiou, etc., le millésime 2021 est d’ores et déjà difficile à gérer pour le commerce de la filière vin. « On risque d’avoir de sacrés maux de tête lors de campagne » souffle un opérateur languedocien, rappelant tout le retournement de la situation commerciale mondiale en quelques mois : « le 5 avril 2021 on était en train de parler d’une deuxième campagne de distillation. Le 7 avril on allait doubler les prix. » Du jour au lendemain, les équilibres de marché se sont retournés, les pesants surstocks de la crise covid paraissant soutenant bien désirables.

Ainsi, sur les sept premiers mois de 2021, « l’Italie est en train de demander beaucoup de vins à l’Espagne, avec 2,37 millions hl de vins importés en vrac (+114 % en volume et +68 % valeur par rapport à l’année précédente) » indique Rafael del Rey, le directeur de l’Observatoire Espagnole du Marché du Vin (OeMV). Si l’Italie anticiper des manques de vins, en doublant ses approvisionnements sur l’entrée de gamme, la France maintient sa demande (3,4 millions hl, +9,7 %). « La France a toujours besoin de vins importés, l’enjeu est de savoir si la baisse de sa production nationale va amener à des substitutions, cela dépendra des gammes touchées » indique Rafael del Rey.

Le vin blanc est clairement recherché

Alors que la production européenne de vin se replie fortement (en France surtout, mais aussi en Espagne et Italie), ce sont les vins blancs qui sont les plus recherchés. Avec 4,4 millions hl de vrac échangés sur l’année glissante s’achevant en juillet dernier, soit une hausse de 28,7 %. Quand les rouges et rosés montent à 4,8 millions hl pour +14,9 %. « Le vin blanc est clairement recherché. Des manques ont été anticipés, ils sont plus importants que prévus. Il n’y aura pas beaucoup de vins en Espagne suite aux gelées » prévient Rafael del Rey, qui souligne qu’« il y a toujours façon de répondre à la demande : la hausse des cours, mais à partir d’un certain niveau, il n’y a plus de marché. L’historique montre que quand l’Italie achète des vins espagnols, le prix importe peu, la priorité est de fournir les clients. Ce n’est pas le cas pour la France et l’Allemagne. »

« Il n’y a pas d’embellie. Il n’y a pas un pays où l’on pourrait s’approvisionner en compensant les pertes des autres producteurs. Les récoltes européennes et du nouveau monde sont plutôt basses, particulièrement sur vins blancs » confirme le courtier Florian Ceschi, le directeur de Ciatti Europe, qui prévoit « au niveau mondial des manques importants sur le sauvignon blanc, plus que sur le chardonnay ». Confrontée aux pénuries, la filière vin fait face à des stratégies de rationnements souligne le courtier : « les producteurs de vin, les unions coopératives et les négociants vracqueurs ne prennent pas de nouveaux clients et rationnent comme ils peuvent leurs acheteurs existants ».

Manque de stock

Si les tendances haussières sont anticipées, actuellement, peu de prix sont sortis pour la récolte 2021. Mais les hausses s’annoncent aussi mécaniques qu’incontrôlables prévient Jérôme Prince, le président de la Fédération Nationale des Syndicats de Courtiers en Vins et Spiritueux de France. Car si ce sont les vendeurs qui font les baisses de cours, ce sont les acheteurs qui enflamment les prix pour assurer leurs approvisionnements. Et « la situation générale en France est au manque de vins blancs : Alsace, Languedoc, Val de Loire, Bordeaux… et Bourgogne. Ce manque est très compliqué à gérer comme il y a une conjonction de forte consommation, d’une petite récolte et d’un manque de stock » résume Jérôme Prince, qui voit des prix s’envoler à Chablis et Mâcon. « Nous n’avons jamais connu une telle situation de manque de vin » souligne le courtier bourguignon.

S’annonçant élevées pour les vins blancs, ces hausses ne pourront pas passer pour tous les réseaux de distribution estime Florian Ceschi, qui note qu’avec l’envolée du prix des matières premières (carton, bouteille, énergie…), il devient impossible de rogner sur les marges des intermédiaires. « On risque de perdre des parts de marché pour les vins français cette année » pointe le courtier, qui ajoute que les substitutions d’origine sont compliquées. Pour le sauvignon blanc de Nouvelle-Zélande, les tentatives de bascule avec le même cépage venant du Chili ou de l’Afrique du Sud se heurtent aux attentes du consommateur indique l’expert.

Moins de tensions sur les rouges et rosés

Prévoyant moins de tensions sur les rouges en général, Florian Ceschi note que la pénalisation tarifaire des vins australiens en Chine fait qu’« il n’y a jamais eu autant de volumes rouges disponibles. Ce qui régit le monde, ce sont les guerres géopolitiques et les problématiques de logistiques (difficultés transport liées covid). » Concernant les vins rosés, le courtier craint que « la bascule de millésime ne se fasse tardivement comme il reste des stocks ».

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