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"La viticulture en Bretagne n’est plus un challenge, mais une opportunité"
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Réchauffement climatique
"La viticulture en Bretagne n’est plus un challenge, mais une opportunité"

Le climat breton actuel ressemble à celui des vignobles nantais et angevin d'il y a quelques années. Du grenache et de la syrah pourraient bientôt être plantés à Rennes. Dans 50 ans, le carignan et l’aramon pourraient même mûrir dans le sud de la région.
Par Marion Bazireau Le 04 mars 2021
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15 stations météos ont été installées dans les vignobles de Bretagne. - crédit photo : Laboratoire LETG Université Rennes 2
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a vigne fait bel et bien son retour en Bretagne. « L'Association pour la Reconnaissance des Vins Bretons recense une centaine d’hectares, en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan, mais également dans les Côtes d’Armor et le Finistère, aussi bien sur le littoral que dans les terres » indique Valérie Bonnardot, maître de conférences en géographie et chercheuse en climatologie au laboratoire LETG du CNRS à l’université de Rennes 2.

Dans le cadre des projets Laccave 2 et VinAdapt, elle et son collègue Hervé Quénol ont calculé l’indice d’Huglin en utilisant les données journalières de température récupérées depuis 1950 par les stations météorologiques de Dinard-Pleurtuit (35) et Quimper-Pluguffan (29), proches de deux parcelles de vignes commerciales récemment plantées. « Nous les avons comparées aux données de Nantes-Bougenais et Angers-Beaucouzé, dans les vignobles nantais et angevins ».

Deux scénarios climatiques

En parallèle, les chercheurs ont réalisé des projections climatiques à moyen et long termes (2041-2070 et 2071-2100) en les comparant à la période 1950-2005 selon le scénario RCP4.5 (+1,8°C à échéance 2081) ou RCP8.5 (+3,7°C) du GIEC.

« Nous avons aussi évalué les conditions régionales de croissance de la vigne et de maturation des raisins à l’aide appliquant les indices « GFV » et « GSR » proposés par Parker en 2020 au chenin, chardonnay et pinot noir en utilisant les données de Dinard et de Quimper sur la période 1950-2019 » complète Valérie Bonnardot. Ces deux indices indiquent le cumul degré-jour nécessaire à partir du 1er mars à un cépage pour atteindre la floraison et la véraison, ou à partir du premier avril pour que ses baies atteignent 170 et 200g/L de sucre.

Climat « tempéré » à « tempéré chaud » dans 50 ans

L’indice d’Huglin confirme l’évolution positive des températures pour la viticulture bretonne. « Il est passé de 1200 sur la période 1950-1980 à Dinard comme à Quimper, à 1488 en moyenne sur les neuf dernières années, se rapprochant fortement de l’indice calculé à Nantes (1582) sur la période 1961-1981 ».

Selon les projections climatiques, la Bretagne devrait connaître un climat « frais » voire « tempéré » à échéance 2041 et « tempéré » à « tempéré chaud » à horizon 2070. « Les valeurs de l’indice projeté à moyen terme selon le RCP8.5 ou à long terme selon le RCP4.5 correspondent à l’indice d’Huglin à Angers sur la période 1991-2019 » commente Valérie Bonnardot.

Au nord comme à l’ouest de la Bretagne, l’indice GFV donne des dates théoriques moyennes de floraison et de véraison pour le chardonnay sur la période 1990-2019 autour des 19 mai et 6 août. « Cela correspond bien à ce qu’observent les viticulteurs sur le terrain » précise la chercheuse.

De 170 à 200g/l de sucre au 16 octobre

En ciblant 170 g/L de sucre sur du chenin, Valérie Bonnardot a calculé une date théorique au 16 octobre sur la période 1950-1990 et au 30 septembre sur 1990-2019, soit un gain de 15 jours. « Et si on prend la date du 16 octobre, on constate que la teneur en sucre des baies a basculé de 170 à 200g/L dans les années 1990, de quoi systématiquement pouvoir faire des effervescents mais aussi des vins tranquilles ».

La projection RCP4.5 indique que le pinot noir pourrait régulièrement atteindre les 200g/l de sucre au 9 septembre d’ici 2041. « Les viticulteurs bénéficieront d’un climat plus propice à sa bonne maturation ».

Et la pluie ?

« La viticulture bretonne est passée du challenge avant les années 1990 à une vraie opportunité de diversification » estime la chercheuse, précisant que les études vont être élargies à d’autres paramètres tels que les précipitations ou l’humidité, qui pourraient favoriser les maladies. 15 stations météos ont été installées dans les vignobles de la région à cette fin.

Les chercheurs sont également en train de spatialiser plus finement l’indice d’Huglin pour déterminer quels cépages seront les plus adaptés à chaque secteur. « Si le scénario RCP8.5 se réalise, aramon, carignan, cinsault, grenache et syrah pourront s’épanouir autour de Nantes et jusqu’à Rennes d’ici 2071. Dans le centre de la Bretagne, on aura plutôt de l’ugni blanc, du cabernet, du merlot et du sémillon. Dans le nord du Finistère, ce sera plutôt du pinot noir et du pinot blanc » décrit Valérie Bonnardot.

 

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Tous les commentaires (4)
Karl Poinson Le 02 août 2022 à 09:49:58
Les rédacteurs de cet article ne connaissent visiblement ni l'Histoire de la Bretagne ni encore moins l'Histoire du vignoble nantais qui précisément doit son développement au statut privilégié qu'avait le Pays Nantais Breton dans le duché éponyme. Pour rappel Nantes étant alors la capitale de la Bretagne. Alors évitez le révisionnisme historique à dessein, merci.
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albert Le 09 mars 2021 à 12:36:33
Que la vigne fasse un retour en Bretagne, pourquoi pas ... puisque la recréation d'un vignoble en Île de France a été adoubée récemment par l'INAO (et le Ministère Agri). Et bientôt, pourquoi ne verrait-on pas des candidats volontaires de la "diversification" agricole tenter de s'essayer à la vigne .. allez, soyons fous ! .. dans le Pas de Calais ! Mais si tout devient possible, faudrait peut-être savoir qui a autorité pour demander si TOUT est raisonnable ? Le vin n'est plus un produit de first nécessité et, à l'horizon 2050 ... 2060 ou 2070, toutes ces néo productions viendront - sauf à rester à un niveau production confidentielle - sur un marché concurrentiel du "vin plaisir" qui sera toujours et encore alimenté par les "anciens" ou "plus anciens" vignobles pour lesquels, personne ne peut ou ne pourra imaginer un scénario crédible incluant l'option ARRACHAGE (l'évolution des conditions agro climatiques conduira à adapter l'encépagement et les cahiers des charges ... l'AOP s'éloignera encore un peu plus de notre concept AOC originel franco-français). Donc, pourquoi pas un vin "breton", encore qu'on pourrait tout aussi bien se demander pourquoi ne seraient pas testées d'autres productions au même "motif" que celui d'une nécessaire diversification !
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LePetitM?ounais Le 08 mars 2021 à 22:57:25
Pourquoi planter (encore) quelques chose qui ne sera probablement pas a son plein potentiel plutôt que certains "hybrides" poussant même jusqu'au sud de la Suède et nécessitent aussi beaucoup moins d'intrants? Où est le côté novateur ? Le Solaris sera capable de mûrir plus que suffisamment par exemple ...
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Maxime Ch?neau Le 05 mars 2021 à 15:16:48
Je lis : "Le climat breton actuel ressemble à celui des vignobles nantais". C'est tout à fait normal car le vignoble nantais est breton...
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