LE FIL

Bordeaux brushing

Vendredi 22 janvier 2021 par Alexandre Abellan

À 84 ans, Bernard Magrez décoiffe toujours autant. Il défrise même, gratis, en estimant que le dénigrement des vins girondins qu’est le Bordeaux bashing vient de leur manque d’innovation et de remise en question. Pour certains, l’homme aux 42 domaines n’aurait pas dû le dire (et Vitisphere l’écrire), car son avis cause un tort supplémentaire aux vins bordelais. Et à leurs opérateurs, qui se débattent depuis trois années dans une crise commerciale inédite (changement des modes de consommations, repli du marché chinois, surtaxes américaines, crise sanitaire…). Une situation critique qui demande de la nuance pour bien saisir les forces bordelaises, comme l'indique Pierre Jean Larraqué dans une tribune de réaction.

Pour d’autres, les critiques de Bernard Magrez sont d’autant plus insupportables qu’il vient du sérail et serait, à ce titre, aussi responsable que les autres du marasme économique actuel. Il est vrai que Bernard Magrez a fondé son empire viticole à Bordeaux, d’abord sur des vins d’entrée de gamme, dont il s’est séparé depuis 2015, pour ne garder que les clés de ses quatre grands crus classés, dont il est si fier. À l’époque, ce désengagement du vignoble bordelais n’avait pas fait plus de vagues, alors que les constats, et la stratégie, de Bernard Magrez restent implacablement identiques. Une constance qui est démentie par les évolutions actuelles de l’offre, du marketing et des profils des vins girondins.

Face aux vents contraires, Bordeaux amorce une remise en cause qui tient de la nouvelle mise en plis. Sans chercher des poux dans la tête des autres, on voit émerger un Bordeaux brushing porté par des innovations individuelles permettant d'espérer une relance collective. Parmi toutes les initiatives qui fleurissent dans le vignoble bordelais, on peut citer l'agroforesterie, la piraterie, la personnalisation des cuvées, la refonte packaging, la permaculture, l'approvisionnement en vins de France... et même la cuvée Bordeaux bashing ! Le défi des vins de Bordeaux est d'être goûtés dans ce qu’ils sont aujourd'hui et pas ce qu’ils sont censés représenter d'hier. Par leurs multiples approches novatrices, les opérateurs abandonnent la perruque poudrée pour une coupe moderne. Bien plus seyante aux atouts du terroir girondin.

 

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