LE FIL

Top 20 du vin 2020

Les pionniers de l’agroforesterie Benoit et Delphine Vinet sont vos personnalités de l’année

Jeudi 14 janvier 2021 par Alexandre Abellan

Impliqué dans le suivi technique, Benoit Vinet lance une activité de consultant en agroforesterie dans le vignoble français. Delphine Vinet gère la communication et la commercialisation de leur vignoble.
Impliqué dans le suivi technique, Benoit Vinet lance une activité de consultant en agroforesterie dans le vignoble français. Delphine Vinet gère la communication et la commercialisation de leur vignoble. - crédit photo : Philippe Laurençon (domaine Emile Grelier)
Le couple de vignerons bordelais a été plébiscité par les lecteurs de Vitisphere ayant donné leurs 4 920 voix à l’édition 2020 du top 20 du vin (voir encadré). Pilotant depuis vingt ans le domaine Emilie Grelier (18 hectares de vignes certifiées bio à Lapouyade, en Gironde), Benoît Vinet à la vigne et Delphine Vinet à la commercialisation sont devenus des références de l’agroforesterie. Ayant planté leurs premiers arbres en 2008, ils se sont lancés en 2014 dans cette démarche globale qu’ils estiment accessibles à tous.

L’agroforesterie semble être le nouveau mot à la mode dans le vignoble : comment le définissez-vous sur votre exploitation ?

Delphine Vinet : Nous ne parlons pas d’exploitation, notre démarche est différente par rapport à ce terme ambigu d’exploiter. Nous nous qualifions de vignerons paysans. Quand nous nous sommes lancés, l’agroforesterie n’était pas à la mode. Avec 570 arbres plantés et 1 200 mètres de haies (pour moitié plantées), nous avons mis l’agroforesterie en place parce que Benoît avait la volonté de remédier à la monoculture de la vigne.

Benoit Vinet : Il existe plusieurs définitions de l’agroforesterie. Celle que je me suis faite concerne les arbres et les haies, qu’il ne faut pas oublier. Les haies sont la peau d’une parcelle, les arbres en sont le cœur. Ayant créé le sol et une partie de notre atmosphère, l’arbre est le pilier qui a été laissé de côté alors qu’il peut être une solution d’avenir.

 

Quels effets concrets de l’agroforesterie relevez-vous ? Est-ce la rencontre du bon sens paysan et de l’agronomie ?

Delphine Vinet : L’arbre permet de créer un microclimat, de booster la vie du sol, de casser les vents dominants, de booster les travailleurs (le paysage étant moins monotone, l’atmosphère est différente), du relief sur le vignoble (dont a besoin la faune auxiliaire pour chasser, comme les chauve-souris pour les vers de la grappe)…

Benoit Vinet : L’impact est important sur la microbiologie du sol, avec la remontée des minéraux et l’hydrologie (l’eau entre et remonte plus facilement). L’agroforesterie permet des pas de géant : la vie du sol est énorme. Nous avons abandonné le labour depuis des années, nous allons jusqu’à ne plus tondre des inter-rangs. Normalement le sol ne devrait jamais voir le soleil, comme dans une forêt. Nous grattons occasionnellement le sol pour des semis.

Delphine Vinet : Les couverts végétaux ont l’avantage de filtrer l’eau et d’apporter de la nourriture à la faune du sol. C’est leur garde-manger. Avec une forme de paillage, on rentre également dans les techniques de permaculture, ce qui booste l’activité des sols.

 

Quelle est la différence entre agroforesterie et permaculture ?

Delphine Vinet : L’agroforesterie est à la base de toute permaculture. Les arbres sont toujours présents en pemaculture

Benoit Vinet : La permaculture ne se limite normalement pas à une plante plus présente que les autres. Il est difficile d’avoir de la permaculture dans le vignoble.

 

L’agroforesterie que vous promouvez est-elle compatible avec de la biodynamie ?

Benoit Vinet : Mes parents étaient en bio depuis 1976 et en biodynamie depuis 1988. Même si l’on est en biodynamie, des labours trop sévères ne respectent pas le sol. La première étape, c’est de rétablir un véritable écosystème sur la parcelle, de manière naturelle. Le summum, c’est d’apporter une touche de biodynamie.

 

L’aspect des vignes non labourées et non tondues peut sembler "sale" à certains vignerons, reflétant une volonté de contrôler le vignoble, de l’avoir "propre"…

Delphine Vinet : Qu’es-ce qu’une vigne propre ? Qu’est-ce qu’une vigne belle ? Quand nous voyons une vigne totalement labourée, nous ne la trouvons pas belle…

Benoit Vinet : Une photo de vignes avec des fleurs est très belle. En dix ans, le regard [des vignerons] a beaucoup changé sur les vignes désherbées, je suis optimiste : le regard s’habitue.

 

Certains vignerons pensent que l’agroforesterie ne leur est pas accessible, notamment en termes économiques et techniques. Quelles sont les difficultés à lever ?

Delphine Vinet : Il y a une réelle ouverture [dans la filière vin], nous avons beaucoup de sollicitations de visites (pour les formations de lycées agricoles et d’écoles d’agronomie, mais aussi de vignerons, y compris proches de la retraite).

Benoit Vinet : Il y a plusieurs solutions [pour déployer l’agroforesterie sur son domaine]. Nous avons intégrer l’arbre dans des rangs de vigne existants, mais ce n’est pas une obligation. On peut écarter les rangs [à la plantation] pour intégrer des arbres. Aujourd’hui, de grands domaines (et des petits !) s’interrogent sur l’agroforesterie et veulent au moins mettre en place des expérimentations pour se rendre compte de l’impact. Quand on a commencé, on se rend compte que ce n’est pas insurmontable et que ça peut être économiquement intéressant.

 

Quels sont ces effets économiques : moins d’intrants et un revenu supplémentaire grâce aux arbres ?

Benoit Vinet : Pour les insecticides, la régulation est rapide quand on arrête de tondre. Pour nos arbres fruities, nos récoltes ont dépassé la consommation familiale, sans toucher au rendement des vignes.

Delphine Vinet : Nous montons une conserverie pour des compotes et confitures sur le tiers-lieu que nous accueillons, la Possiblerie.

 

Que peut-on vous souhaiter pour 2021 ?

Benoit Vinet : De réussir nos nouvelles plantations, plus de 250 arbres !

Delphine Vinet : Un commerce florissant, parce que nous préférons être dans nos vignes !

Top 20 du Vin et votes retirés

Ouvert du 6 au 13 janvier, les votes des lecteurs de Vitisphere sur le top 20 du Vin 2020 a réuni un total de 6 445 voix pour un premier vainqueur. Mais il s’avère après le décompte que 1 515 voix ont dû être retirées suite à des votes massifs venant d’une seule origine informatique, jugée frauduleuse, ce qui a causé un nouveau palmarès. Au total, 4 920 voix ont été validées.

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