LE FIL

Pas d’angle mort

La transition écologique, du vin à… l’étiquette

Mardi 01 décembre 2020 par Alexandre Abellan

Ces étiquettes représentent un surcoût de 15 centimes d’euro par bouteille.
Ces étiquettes représentent un surcoût de 15 centimes d’euro par bouteille. - crédit photo : Vignobles André Lurton
Si les démarches de développement durable sont visibles et valorisées au vignoble et dans les chais, les innovations environnementales commencent également à émerger pour l’aval de la filière. Exemple avec l’étiquette écoconçue du château Bonnet, dans l’Entre-deux-Mers.

Alors que les labels agroécologiques se multiplient et se diversifient sur les bouteilles de vin, le château Bonnet (300 hectares en Entre-deux-Mers) fait le pari de transformer son étiquette en engagement environnementale. Devant dépoussiérer son habillage pour répondre aux attentes des marchés, français et internationaux, la gamme de la propriété bordelaise a été refondue dans la forme (voir ci-dessous) et dans le fond de son papier.

Pour le vin rouge, « on a l’impression que c’est du pain complet ! Nous avons choisi un papier avec du foin, ce qui donne un aspect brut, donnant envie de le toucher aux consommateurs » rapporte Jacques Lurton, le PDG des vignobles André Lurton (dont le château Bonnet est la maison mère). Pour le vin blanc, commercialisé cette fin d’année, un papier recyclé a été choisi pour s’accorder aux reflets de la cuvée.

"Champ des possibles"

Mais ce choix du papier n’est que la partie émergée de l’écoconception de ces étiquettes. « Lors de nos réflexions, nous avons découverts l’imprimerie LithoBru à Cognac, qui permet de pousser le raisonnement plus loin, avec un champ des possibles que l’on n’avait pas imaginé » témoigne Jacques Lurton. Distingué par le salon Dionysud, l’imprimeur charentais (également basé à Epernay, en Champagne) se distingue de la concurrence par sa réutilisation des rouleaux d’encre et de dorures.

« L’imprimerie rachète les rouleaux d’encre qui ne sont utilisés qu’à 80 % à la fin du trajet dans l’imprimante. En changeant la place dessin sur un autre endroit, il est possible de réutiliser le rouleau et de lui donner une deuxième vie au rouleau » rapporte Jacques Lurton, soulignant que « parfois la juxtaposition du nouveau dessin avec la précédente impression donne un résultat à chaque fois différent, avec ses imperfections » qui donnent un cachet supplémentaire aux étiquettes.

"Seconde vie"

« Nous allons au bout de la démarche de réutilisation. Nous recourrons à des encres seconde vie et réutilisons des dorures. Normalement un imprimeur utilise 2 à 5 % d’un rouleau de dorure, nous pouvons monter de 10 à 15 % de réutilisation » indique Vanessa Chavanneau, responsable grands comptes pour LithoBru, qui propose aussi des impressions numériques avec des encres à eau.

« Nous anticipons au maximum les attentes des clients et des marchés sur l’écoresponsabilité afin de proposer un discours cohérent. Avoir un vin bio c’est un bon début, c’est encore mieux d’être dans une démarche d’ensemble » met en perspective Vanessa Chavanneau. Cette fin d’année, un autre projet d’étiquettes écoconçue est finalisé dans le vignoble, avec le château Brillette (Moulis-en-Médoc) et château Bonnet (Lurton), la pandémie de covid, et sa crise, ayant mis à l’arrêt d’autres projets.  Il faut dire que le recours à ces encres et dorures recyclées a un coût non négligeables.

Surcoût de 15 centimes/col

« Les engagements ne sont parfois pas faciles à prendre, parce qu’il y a des enjeux économiques. Plus on est dans l’entrée de gamme, plus c’est compliqué d’être vertueux » résume Jacques Lurton. Indiquant travailler une marge au centime sur ses vins d’AOC Bordeaux, le PDG des vignobles André Lurton note un surcoût de 30 % pour chaque étiquette, se répercutant par une hausse de 15 centimes par bouteille.

« Cette technique n’est pas anodine. C’est un énorme challenge économique » souligne Jacques Lurton, qui défend une démarche globale, du recyclage des capsules de café dans ses bureaux à la réduction des intrants à la vigne. Certifié Haute Valeur Environnementale (HVE) depuis 2017, le domaine a banni les produits phytosanitaires classés Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques (CMR) depuis 2015. « Ce sont des petits gestes. La démarche globale n’est pas encore aboutie, il reste encore des zones de perfectionnement à explorer » conclut Jacques Lurton, qui évoque les colles pour les étiquettes (autoadhésives dans ce cas).

 

 

Les trois nouveaux habillages du château Bonnet sont nés d’une véritable thérapie d’entreprise à entendre Jacques Lurton. La construction visuelle de ces étiquettes suit une volonté forte : « nous voulions montrer en premier que nous sommes accueillants, puis que l’histoire est familiale, que nous sommes dans une appellation et que nous utilisons un cépage » explique le PDG. Pour rendre chaleureux sont château, l’étiquette le réduit à des lignes, avec un chemin d’accès dans les vignes, où circulent des personnages.

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