LE FIL

Plan d’urgence

Distillation de crise de 58 €/hl pour les vins sans IG et 78 €/hl pour les AOP/IGP

Vendredi 29 mai 2020 par Alexandre Abellan

Proposant des avancées, le gouvernement n'a pas encore tranché sur son plan d’aide à la filière vin.
Proposant des avancées, le gouvernement n'a pas encore tranché sur son plan d’aide à la filière vin. - crédit photo : Ministère de l'Agriculture
Le gouvernement vient de présenter ses mesures sectorielles à la filière vin, qui acte également des avancées sur l’aides aux distillateurs (10 millions €), le stockage privé (15 millions €) et l’intégration au dispositif national d’exonérations de charges (à définir).

Dévoilant le plan d’aides gouvernementales à la filière vin, la réunion interministérielle de ce vendredi 29 mai acte l'ouverture d'une boîte à outils pour la relance du vignoble, sans lever toutes les incertitudes sur son ampleur budgétaire après trois mois de crise du coronavirus. Au petit matin, Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, et Olivier Dussopt, le secrétaire d'Etat aux Finances, présentent un plan de sauvetage musclé autour des exonérations de charge, de la distillation de crise et du stockage privé.

Le gouvernement indique que le secteur vin intégrera le dispositif général d’exonérations de charges patronales et sociales (AMEXA), mais sans que les modalités d’accès et les taux d’exonérations ne soient encore précisées. Concernant la gestion des volumes excédentaires, les ministres ont présenté une enveloppe globale de 170 millions d’euros. Avec 155 millions €, le premier poste est la distillation de crise, avec une aide de 10 millions € pour les distillateurs et 145 millions € pour les producteurs, avec 78 euros/hectolitre pour les vins d’appellation et d’indication géographique protégée (AOP et IGP) et de 58 €/hl pour les vins sans indication géographique (VSIG). Le deuxième volet est l’aide au stockage privé qui s’élève à 15 millions €. Soit l’enveloppe demandée par la filière pour avoir un autre outil de gestion des excédents. Amener les surstocks à la chaudière suscitant oppositions et incompréhensions dans certains bassins, notamment en Champagne et en Loire. En termes de contrats (durée, volumes…), les modalités du dispositif restent à définir auprès de FranceAgriMer, avant juillet.

Prix plancher

Ce plan marque une avancée âprement négociée pour le vignoble, après les premières propositions gouvernementales (100 millions € pour les exonérations et 140 millions € pour la seule distillation) et les contre-propositions de la filière demandant d’aller « plus loin et plus fort ». Estimant entre 3 et 3,5 millions hl les besoins de de distillation, la filière viticole demandait une aide de 80 €/hl pour les vins AOP et IGP et de 65 €/hl pour les VSIG, ainsi qu’un soutien financier de 20 millions € aux distillateurs. Si l’on peut déjà entendre les cris d’orfraies dans le vignoble sur les modalités incertaines de cette distillation (voire modestes face aux 8 milliards d’euros d’aides, d’investissements et de prêts pour l’industrie automobile), les négociateurs de la filière appellent à prendre en compte l’ampleur des acquis (le gouvernement ayant évoqué un temps des cours bien moindres).

« Tout n’est pas parfait, loin de là. Mais il faut être réaliste pour pouvoir accompagner le plus de volume à la distillation » analyse Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France à l’issue de cette deuxième rencontre interministérielle. Regrettant que des « voix dissonantes du négoce aient porté des demandes à 70 et 50 €/hl », le vigneron de Fitou souligne que le prix de 78 €/hl s’approche du prix demandé en AOP et IGP, mais trouve « dommage les 58 €/hl pour les VSIG dommage, ça va déstructurer la pyramide de valeur pour la prochaine campagne ».

"A renforcer"

Globalement, il s’agit « de belles avancées à renforcer budgétairement » résume Jean-Marie Fabre, soulignant la demande de la filière vin à ce que l’engagement financier de 145 millions € pour la distillation puisse être revus selon les volumes engagés lors de l’appel d’offre, prévu du 4 au 20 juin. Cette clause de revoyure est acceptée par les ministres, qui doivent faire un nouveau point financier avant la date de fermeture du programme.

Face aux impatiences qui naissent dans le vignoble, « j’entends que tout n’est pas calé, mais le sujet n’est pas si simple. Trois ministères sont concernés, plus les arbitrages de Matignon, et il n’y a pas que la filière vin qui soit en difficulté.Ce n’était pas gagné qu’il y ait un plan sectoriel pour la viticulture » souligne la députée Marie-Christine Verdier Jouclas (La République en Marche), au nom du groupe d’études vignes et vin de l’Assemblée Nationale qu'elle préside. Pour la députée du Tarn, « les prix de distillation sont satisfaisants pour les AOP et IGP, la déception sur les VSIG sera compensée si tous les volumes demandes sont financés. Ce sera notre point de vigilance. L'important, c'est que l'on puisse lancer le dispositif d’engagement à la distillation avec un prix fixé. Il faut que les vignerons arrêtent de se prendre la tête et commencent à s’engager dans la distillation et l’aide au stockage. On verra ainsi s’il faut ouvrir un nouveau budget. Il faut se mettre en action alors que l’on est dans les délais. »

Course contre la montre

Ce plan de crise doit désormais passer dans les rouages administratifs. Le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer doit acter ce mercredi 3 juin l’ouverture la campagne de distillation de crise (le stockage privé sera étudié prochainement). Tout l’enjeu pour la filière est de tenir des délais serrés auprès des distilleries, pour vider les cuves avant les prochaines vendanges (le millésime 2020 s’annonçant de plus précoce). Pour les distillateurs, absorber 2 millions hl de vins excédentaires leur demanderait six mois, alors que le processus administratif doit être bouclé ce 15 octobre (cliquer ici pour en savoir plus).

 

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