LE FIL

Jean-Martin Dutour

"La distillation n’est pas un outil pour régler un problème structurel"

Mercredi 06 mai 2020 par Alexandre Abellan

Travaillant à un plan de régulation interprofessionnel, le val de Loire serait moins porté sur la distillation de crise que sur le stockage privé.
Travaillant à un plan de régulation interprofessionnel, le val de Loire serait moins porté sur la distillation de crise que sur le stockage privé. - crédit photo : Maison Baudry-Dutour (Chinon)
Ne voyant pas dans la distillation une solution miracle, le président de l’interprofession des vins de Loire plaide pour une gestion raisonnée des stocks, qui n'est pas vu comme un problème mais un outil de lissage de long terme entre offre et demande.

Quel est votre diagnostic de la filière des vins de Loire en cette crise du coronavirus ?

Jean-Martin Dutour : Nous ne sommes pas encore dans le dur de la crise, nous le sentirons dans trois à six mois. Aujourd’hui, nos trésoreries vont commencer à s’effondrer. Ça risque d’être très compliqué, on attend la position du ministère de l’Agriculture pour aider la filière. A court terme je suis très inquiet par les problèmes de stocks et de méventes.


Au centre des débats viticoles, la distillation de crise est-elle la solution aux problèmes de stocks de la filière ligérienne ?

La situation est très complexe aujourd’hui. A un problème structurel s’ajoute un gros problème conjoncturel. Et la distillation de crise n’est pas un outil pour régler un problème structurel. Encore moins en Val de Loire où l’on manquait de vin il y a trois ans. A cette situation s’ajoute une crise conjoncturelle liée au covid qui est à envisager selon différents pas de temps.

D’abord il va y avoir trop de vins que l’on ne vend pas alors qu’arrive la vendange. La distillation n’est pourtant pas une solution. Il n’est pas envisageable distiller autant de volumes avant la fin août. Les distilleries ne laissent pas leurs chaudières chauffer en attendant une décision ministérielle ! En revanche, la distillation peut être une partie de la solution cette fin d’année pour les produits périssables n’ayant pas trouvé de marché. Si vous produisez un vin de sauvignon blanc frais et fruité dont les acheteurs sont friands du dernier millésime, vous ne pensez pas aux mêmes outils que pour un vin rouge de Chinon qui peut gagner en qualité à être stocker correctement.

 

Quelles sont vos solutions alternatives ? Il semble que le problème du stockage privé soit justement le manque de cuveries disponibles…

Comme toujours, la vérité se trouve dans l’ensemble des systèmes pour pouvoir s’adapter au cas par cas. Nous préférons inciter au stockage et adapter les rendements à la conjoncture. Il faut aider les trésoreries pour stocker et envisager à court-terme de nouveaux dispositifs juridiques. Aujourd’hui, il est interdit de mettre ses vins chez son voisin. Il faut voir comment les Douanes et la Direccte peuvent assouplir les possibilités de stockage privé entre viticulteurs et/ou négociants pour mobiliser un maximum de notre capacité de stockage.

Comment faire en sorte ensuite que ce stock ne pèse pas sur les marchés ? Nous réfléchissons au sein d’Interloire sur un dispositif de type réserve interprofessionnelle. Un Comité d’Orientation Stratégique se tient à la fin du mois pour arrêter des propositions [NDLR : un article sur ces leviers paraîtra prochainement sur Vitisphere].

 

Vous espérez donc trouver une solution répondant aux enjeux conjoncturels et structurels ?

Les années où il y a un peu trop de vin, il ne faut pas se précipiter pour le détruire. Avant d’être un problème, le stock peut être un atout. Il faut distinguer au cas par cas les volumes. Certains pouvant être excédentaires, d’autres non. Le problème en Val de Loire, c’est l’irrégularité de la production, alors qu’en face le marché a besoin de régularité d’approvisionnement. Il arrive fréquemment que nous perdions la moitié de la récolte en Val de Loire.

Début avril, les bourgeons étaient éclatés et les températures tombaient à -3°C. Nous sommes passés à un cheveu d’une gelée noire ! Il faut adapter la vigne à son climat (par l’encépagement), faire évoluer les pratiques culturales (avec des outils contre le gel et la grêle) et mettre en place un stock de respiration. C’est un élément de résilience indispensable.

 

En matière d’aides aux trésoreries de la filière, Interloire va-t-elle diminuer ses Cotisations Volontaires Obligatoires (CVO) ?

Ce n’est pas un enjeu. La CVO n’est prélevée qu’a posteriori, quand il y a un mouvement commercial de vin [et donc] une entrée d’argent. L’impact de la CVO sur la filière se trouve à 0,5 % du chiffre d’affaires. Il ne faut pas trop fantasmer, ça n’a pas d’impact global. Tout le monde convient par contre que qu’à un moment donné il faudra relancer la machine et que la majeure partie de la CVO est utilisée pour une communication qui sera utile.

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