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Commercialisation

Les courtiers font le tour de France des vignobles en difficulté

Lundi 13 mai 2019 par Alexandre Abellan

« On souhaite une récolte 2019 généreuse en volume pour reconstituer les stocks et stabiliser les marchés » déclare Jérôme Prince, ce 13 mai à Bordeaux.
« On souhaite une récolte 2019 généreuse en volume pour reconstituer les stocks et stabiliser les marchés » déclare Jérôme Prince, ce 13 mai à Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
La carte française des commercialisations de vin en vrac dessine un panorama contrasté. Où les difficultés semblent généralisées pour les vins rouges, tandis que les bio, rosés et crémants s’en sortent mieux.

Dans la difficulté comme dans la prospérité, les courtiers sont par nature prudents. Ce 13 mai, au salon Vinexpo Bordeaux, le soixante-cinquième congrès de la Fédération Nationale des Courtiers en Vins et Spiritueux s’est ainsi montré très pondéré sur l’impact à prévoir des récentes gelées. Mais les effets conjugués de la généreuse vendange 2018 et du déficit de la petite récolte 2017 ont conduit à des diagnostics bien plus tranchés sur la campagne de commercialisation en cours. Avec des constats souvent inquiets. « Selon les régions, les vitesses sont différentes. Certaines sont en surchauffe et d’autres sous en sous-régime » résume le courtier bourguignon Jérôme Prince, qui préside la fédération.


Bordeaux dans le rouge

La morosité est particulièrement forte pour les vins rouges. Comme à Bordeaux, qui accueille ce congrès. « L’activité est au ralenti depuis un an, pour ne pas dire à l’arrêt » pose Xavier Coumau, le président du syndicat des courtiers en vins et spiritueux de Bordeaux, de la Gironde et du Sud-Ouest. Au trois quart de la campagne, les sorties vrac bordelais sont en repli de 22 % en un an, tandis que les cours du Bordeaux rouge chutent de 17 % (à 140 euros par hectolitres). Ne manquant pourtant pas de qualités, « le millésime 2018 est parfait pour relancer la commercialisation » note Xavier Coumau, qui explique ce « trou d’air » par un négoce couvert en volumes de 2016 et ayant payé chèrement le 2017. Espérant une reprise des commercialisations au deuxième semestre 2019 et une stabilisation des prix permettant de communiquer sur les engagements environnementaux de Bordeaux, le courtier souligne que l’été s’annonce difficile au vu des stocks ne trouvant pas preneurs : « tout le monde est en difficulté économique. Le vignoble, le négoce… et les courtiers. »

"Très peu de demande sur toutes les AOC de rouges"

Contrecoup des difficultés bordelaises, se traduisant pas des offres commerciales agressives, d’autres vignobles voient leurs marchés de rouges à l’arrêt pur et simple. Comme en Anjou et Touraine : « nos blocages sont liés au mauvais fonctionnement d’autres AOC. Quand on revient à une année de production normale, il est très compliqué de retrouver ses marchés perdus » note Christine Touron-Lavigne, la présidente du Syndicat régional des Courtiers en Vins et Spiritueux du Val de Loire. Qui rapporte à la fin avril des baisses de 45 à 55 % des sorties, tandis que les prix ont globalement chuté de 30 à 50 %. Mais tout n’est pas catastrophique en Loire. « Il y a eu un petit ralentissement des crémants, mais ils sont relancés suite au gel » pointe Christine Touron-Lavigne, qui ajoute que « les vins blancs et rosés sont stables et se vendent bien, malgré des volumes croissants ».

Boom provençal

Parmi les vignobles qui ont le vent en poupe, celui qui se distingue le plus est celui le plus rosé. « Ça se passe pas mal en Provence, c’est la surchauffe » rapporte le courtier rhodanien Didier Mayard. Qui ajoute que les côtes de Provence ont vu leurs cours passer de 80 à 350 €/hl en quelques années. Tirée par les marchés export, notamment américains, la commercialisation des rosés de Provence se projette sereinement dans l’avenir. Comme pour les vins blancs de Chablis, où le courtier Fabien Remondet témoigne « d’une demande soutenue des marchés. On a une régulation des prix sans chute, ça commercialise. »

« La seule gamme qui marche, c’est le bio » soupire pour sa part Claude Freyermuth, le président du Syndicat régional des Courtiers en vins et spiritueux d’Alsace. Faisant état d’un marché alsacien stagnant, il rapporte que « les caves sont pleines, les chiffres ne sont pas bons. Les négociants cherchent à reprendre les premiers prix abandonnés faute de volume » explique-t-il. « Les bio s’en sortent mieux, mais ce n’est pas l’euphorie » tempère Gilles Lambert, le président du Syndicat Régional des Courtiers en Vins et Spiritueux de la Vallée du Rhône, qui fait étant d’un marché rhodanien « pas folichon et actuellement atone ». Des qualificatifs qui peuvent désormais être utilisés dans le Midi.

"Le marché languedocien s’essouffle"

« Le début de campagne a été très dynamique sur les IGP Oc et les qualités premiums. Mais depuis mars, le marché s’essouffle, la campagne s’annonce difficile sur les AOP (Corbières, Costières de Nîmes) » explique Louis Servat, le président dans Syndicat Régional des Courtiers en Vins et Spiritueux du Languedoc-Roussillon, qui va désormais suivre les enlèvements pour estimer l’ampleur des tensions à attendre.

Prudence bourguignonne

Mais même quand les résultats sont bons, les courtiers montrent toujours de la circonspection. « La Bourgogne se porte très bien, le marché ne faiblit pas après deux grosses récoltes » note Jérôme Prince, le président de la Fédération nationale des Courtiers en Vins et Spiritueux. Soulignant que la région bourguignonne continue de blanchir son vignoble, il se dit « toujours prudent, à un moment où un autre, ça va ralentir… » Une mesure qui est assortie d’un souhait : que la récolte 2019 permette de finir de reconstituer les stocks pour stabiliser les marchés. Un vœu partagé sans réserve par ses autres confrères courtiers.
 

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