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Bordeaux en primeur : 2013, millésime taillé pour la consommation et pas la spéculation
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"C'est un millésime pour l'honneur, les domaines l'ont fait plus pour montrer leur savoir-faire...
Bordeaux en primeur : 2013, millésime taillé pour la consommation et pas la spéculation

Par Alexandre Abellan Le 03 avril 2014
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Bordeaux en primeur : 2013, millésime taillé pour la consommation et pas la spéculation
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ouchant à leur fin, les primeurs de Bordeaux auront montré la curiosité de la presse et des professionnels les vins de 2013, qualifiés tour à tour de millésime délicat, inégal, compliqué, fragile, qui ne pardonne pas, que l'on n'espère pas revoir... Mais le terme qui est le plus revenu pour définir 2013 aura été : "millésime de vigneron". C'est « aussi un millésime de chance » selon Stéphane Derononcourt (Derenoncourt Consultants, 65 domaines suivis dans le bordelais), « la climatologie a été perverse, avec des orages assassins en grêle et jaloux dans la distribution de la pluie. Malgré un bon terroir et un bon vigneron, cela pouvait ne pas passer... » Celui qui se définit comme un vigneron consultant précise : « c'est un millésime pour l'honneur, les domaines l'ont fait plus pour montrer leur savoir-faire que pour le chiffre d'affaires ». L'œnologue conseil Julien Belle (Œnoteam) est du même avis, pour lui «2013  aura le mérite de mettre en valeur le travail de précision et d'anticipation réalisé par le vigneron comme le consultant. Le millésime était beaucoup moins tolérant en terme de défauts et nécessitait un travail de titan. Il y a dix ans, les mêmes conditions auraient conduit à une catastrophe ! »

Grâce à l'évolution des technologies et des pratiques, la prédiction faite il y a quarante ans par le père de l'œnologie moderne, Emile Peynaud, se trouve confirmée par 2013 : « il n'y aura désormais plus de mauvais millésime à Bordeaux, juste des années difficiles ».Travail du sol, gestion de l'enherbement, effeuillage, gestion de la microbiologie des vins, régulation thermique et hygrométrique des cuviers et chais... Plus que l'outil, c'est « la technicité et la connaissance qui permettent d'anticiper » estime Bruno Lacoste (membre de l'équipe de Michel Rolland depuis 2001). L'exemple type en est la vendange verte, « qui est devenue presque systématique, mais qui dans un cas comme 2013 ne visait pas à enlever de la charge pour gagner en concentration, mais à décompacter, pour aérer les grappes. » Pour réussir millésime 2013, un tri sérieux était une étape clé, malgré le dilemme économique de sacrifier une partie de la récolte, déjà amputée par les mauvaises conditions climatiques du printemps. « Il fallait accepter de perdre beaucoup au vignoble et ensuite au tri » résume Bruno Lacoste.

« Malgré une petite récolte, les gens avaient conscience qu'il fallait beaucoup sélectionner » confirme Stéphane Derononcourt. « Ce millésime a un potentiel peu élevé, il fallait chercher une extraction fine, pas ce qu'il n'y avait pas. Dans le meilleur des cas, les vins sont un peu déficients en structure, mais il y a assez de maturité pour éviter des notes de poivron ou de lierre, des tanins anguleux... C'est un millésime de funambule, en équilibre sur un fil. » Pour ne pas forcer ou ''bodybuilder'' le millésime (« on ne fait pas courir le 100 mètres à un haltérophile » nous confiait le vigneron Marc Medeville), les parcours de vinification sont rester aussi modestes que la matière première qui se trouvait en face. Julien Belle confirme ainsi un retour au pilotage de la fraîcheur : « la meilleur connaissance du végétal pousse à ne pas rechercher la surmaturité, de l'alcool... Nous sommes tous d'accord, 2013 est moins musclé ou massif que ses prédécesseurs, mais il permet d'exprimer une précision aromatique que l'on avait oublié. »

Si les consultants d'Œnoteam (300 propriétés conseillées en Aquitaine, de Bergerac au Médoc, du grand cru au vrac) recevaient le soutien de l'équipe de rugby de l'Union de Bordeaux Bègles pour muscler leur présentation en primeurs, les vins conseillés par Michel Rolland prenaient plus de chair avec un glamour tout naturel, grâce à la présence du mannequin Adriana Karembeu. Sans pour autant faire l'impasse sur la technologie, comme les copeaux œnologiques, « qui permettent de donner de la sucrosité et de la couleur, tout en gommant les caractères végétaux » précise Bruno Lacoste. Mais plus que la qualité des vins, ce qui aura surprend ces consultants reste l'affluence des professionnels à ces primeurs. « Les gens viennent en traînant les pieds, mais ils repartent un peu rassurés » témoigne Stéphane Derononcourt, « de toute façon il n'y a que deux à trois grands millésimes par décennie à Bordeaux. C'est grâce à des millésime accessibles comme 2013 que Bordeaux a su se tailler sa réputation mondiale. »

« On revient à une bonne buvabilité et sur des grands classiques à Bordeaux, des vins friands et agréables avec un bon support acide » compléte Bruno Lacoste. Pour peu que l'accessibilité dans le verre soit doublée par celle des prix, ces vins devraient trouver leur place dans le porte-feuille des négociants de Bordeaux. « C'est bien un millésime de consommation, pas de spéculation »  nous confirmait Alain Moueix (château Fonroque, grand cru classé de Saint-Emilion), « il faut fixer un  prix de consommateur. Mais ce dernier a un sens très différent pour chacun... » La décision du château Gazin (Pomerol) de réduire d'un euro le prix de son premier vin en primeur en témoigne, étant déjà jugé « symbolique et insuffisante » selon la revue Harper's.

 

 

 

[Photos : à gauche Julien Belle dans les vignes du château Haut Sarpe (Saint-Christophe des Bardes), en haut à droite Stéphane Derononcourt dans les jardins du château de la Gaffelière (Saint-Emilion) et en bas à droite Bruno Lacoste dans les salons du château Beau Séjour Bécot (Saint-Emilion)]

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Tous les commentaires (1)
Max la Vignasse Le 27 février 2022 à 16:31:54
Très intéressant à relire aujourd'hui, 8 ans après. Les grands crûs s'ouvrent et montrent qu'à niveau de terroir égal il y a des équipes plus douées que d'autres, peut-être bien parce qu'elles disposent de dégustateurs de grande classe.
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