Accueil / Oenologie / Des vignerons recyclent le CO₂ issu de la fermentation alcoolique
Des vignerons recyclent le CO₂ issu de la fermentation alcoolique
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Fini le gaspillage
Des vignerons recyclent le CO₂ issu de la fermentation alcoolique

Des caves s’équipent pour récupérer, sécher et stériliser le gaz carbonique afin de l’utiliser pour l’inertage sans risque de contamination. Quelques-unes franchissent une étape supplémentaire pour tout stocker et en disposer selon leurs besoins.
Par Pauline Orban Le 05 janvier 2023
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Des vignerons recyclent le CO₂ issu de la fermentation alcoolique
Des caves récupèrent le CO2 pour le recycler - crédit photo : DR
E

lectricité, eau, gaz : fini le gaspillage ! Les économies au chai sont bel et bien dans l’air du temps. Pour des raisons de budget, écologiques, mais aussi de bon sens. « Plus de la moitié des vignerons achètent du CO2 sous forme de neige carbonique, de carboglace ou de gaz pour inerter leurs cuves et protéger leurs vins de l’oxydation », constate Matthieu Planté, codirigeant de CO2 Winery qui développe un système de captation et de valorisation du CO2 fermentaire. Une aberration selon lui, quand on sait qu’au cours de la fermentation alcoolique les levures produisent jusqu’à 8 kg de CO2 par hectolitre de vin fini.

Plutôt que de laisser le CO2 s’échapper dans l’air, CO2 Winery ou Vivelys proposent la mise en place de réseaux se branchant directement sur les chapeaux ou les trappes des cuves pour capter ce gaz, le sécher et le stériliser afin qu’il puisse être employé par la suite sans risque de contaminer une cuve à cause de levures ou bactéries indésirables.

L'important est de bien dimensionner l'installation

« Quelques milliers d’euros suffisent pour installer de tels systèmes. Nous avons d’ores et déjà équipé plusieurs caves, souligne Matthieu Planté. Le plus important, c'est de bien dimensionner les installations pour éviter toute surpression. Après, chacun peut utiliser le CO2 comme il l’entend. »

Au château de La Dauphine, à Fronsac, le maître de chai, Julien Schaus, a fait beaucoup plus simple. Après quelques années de réflexion, il a fabriqué son propre système de captation de CO2, à l’aide de tubes PVC et de gaines VMC. « Mes cuves ont toutes des trappes identiques. Donc je peux m’y brancher avec un même tuyau, précise Julien Schaus. Mon système est mobile et permet tout simplement de faire un pont entre une cuve en pleine fermentation et une autre que je veux inerter. En plus d'utiliser un déchet, ça permet d’assurer des macérations préfermentaires et de limiter les doses de SO2 à l’encuvage ainsi que le risque de contamination microbiologique. »

Recyclage du CO2 en bicarbonate de sodium et de potassium

Jean-Philippe Ricard, fondateur de CO2Winery, est catégorique : « Avec un système de captation fait maison, on ne recycle que 1 % du CO2 produit par les levures, et ce, uniquement pour inerter les cuves. Alors que d’autres débouchés sont possibles. »

C’est ainsi que le château Montrose, à Saint-Estèphe, a installé un réseau de captation sur ses 90 cuves en 2018, pour pouvoir recycler l’intégralité du CO2 en bicarbonate de sodium et de potassium. « Nous sommes passés d’un déchet à un produit valorisable, explique le directeur technique Vincent Decup. Il existe des marchés pour le bicarbonate dans le domaine des détergents, la cosmétique et la spiruline. Pour y accéder, nous travaillons avec une filiale de Véolia. »

Au château Latour, à Pauillac, cela fait deux ans que la directrice technique Hélène Génin teste un système de captation et de recyclage du CO2, avec le même objectif : produire du bicarbonate. Mais, selon elle, c’est un produit difficile à commercialiser et pas très utile au chai. « Nous avons donc décidé de réutiliser ce CO2 pour l’inertage de nos cuves à la place de la carboglace. Nous avons également mené des essais pour injecter du CO2 dans l’eau de nettoyage des cuves. Le système est simple, il suffit de brancher une petite bombonne de CO2 à la sortie du robinet et l’eau qui en sort est gonflée au CO2. Cela réduit de 30 % notre consommation d’eau de rinçage après un détartrage à la soude et donc d’autant le volume des effluents. »

Matthieu Planté ajoute « qu’avec une eau carbonatée de pH 5, on divise par deux le temps de rinçage d’une cuve désinfectée à la soude. Nous l’avons mesuré montre en main au Château Latour ».

Transformation en neige carbonique

Au château Peychaud, à Ambarès-et-Lagrave, en Gironde, la directrice technique Elisabeth de Pontac a franchi une étape supplémentaire : elle s’est équipée d’un compresseur et d’une cuve pour stocker le gaz qui est ensuite transformé en neige carbonique au fur et à mesure des besoins. « Dans un premier temps, nous avons mis en place le réseau de captation de CO2 pour 11 000 €, indique-t-elle. Cela a amélioré les conditions de travail des opérateurs pendant les fermentations et les décuvages. Ensuite, nous avons acheté un compresseur. Nous avons deux châteaux : Peychaud et Myrat. À Peychaud, on utilise la neige carbonique que nous produisons pour inerter les cuves avant encuvage. À Myrat, on s’en sert pour inerter le pressoir et la vendange. Nous sommes encore en phase de test. La rentabilité d’un tel projet reste à confirmer. » Bien entendu, cette rentabilité dépend de l’investissement réalisé et du coût de fabrication de la neige carbonique, des données qu’Elisabeth de Pontac ne souhaite pas communiquer.

Le château Latour va s’équiper lui aussi pour comprimer et stocker le CO2. « C’est un projet complexe et ambitieux à plusieurs centaines de milliers d’euros, relate Hélène Génin Mais nous pourrons alors employer tout le CO2 produit par nos fermentations, y compris par les dernières alors qu’aujourd’hui, on le laisse s’échapper. »

 

Un outil clé en main

La société Vivelys développe Scalya Up, un système clé en main pour récupérer et compresser le CO2 fermentaire. Partant de là plusieurs utilisations sont possibles, à commencer par le remontage. « Avec Scalya Up, nous injectons le gaz par le dessous de la cuve, en cours de fermentation, sous le chapeau du marc, pour faire remonter le moût et extraire en douceur, sans risque d’oxydation, ni de trituration. Le système que nous avons développé permet même de moduler ces injonctions de CO2 en fonction du stade de fermentation et du profil aromatique du vin souhaité », explique Laurent Fargeton, directeur du développement chez Vivelys. Scalya Up peut aussi servir à remettre les lies en suspension au cours de l’élevage ou pour injecter du CO2 dans une cuve de raisins blancs en cours de macération préfermentaire en vue d'extraire davantage de jus de goutte par la suite. Scalya Up est encore en phase de lancement. Laurent Fargeton espère pouvoir installer son système dans des domaines à la prochaine vendange.

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2023 - Tout droit réservé