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La distillation d’antan fait de la résistance à Cognac… Tant qu’elle a du charbon
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À l’ancienne
La distillation d’antan fait de la résistance à Cognac… Tant qu’elle a du charbon

Tenant des derniers des Mohicans, des vignerons charentais distillent encore à la flamme nue d’un feu de bois et de charbon. Épargnés par la flambée du prix du gaz, ils se heurtent à la disparition de la production de charbon vapeur.  
Par Alexandre Abellan Le 26 novembre 2022
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La distillation d’antan fait de la résistance à Cognac… Tant qu’elle a du charbon
C’est ce qui s’appelle descendre au charbon pour monter vers la part des anges. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
A

nnonçant une « distillation d’antan », le panneau d’accueil des visiteurs des cognacs Dudognon pose bien les choses en bordure du village de Lignières-Sonneville (Charente). Disposant d’un alambic de 1901 (d’un volume de 8 hectolitres) et d’un alambic de 1936 (12 hl), cette distillerie familiale les alimente en bois et charbon comme à l’époque de leur fabrication. Pour ce millésime 2022, la chauffe est lancée depuis ce lundi 21 novembre, avec de premiers vins mis à distiller ce mardi 22 novembre. « On s’installe pour deux mois ici, dans la distillerie : on y habite, on y dort… Jusqu’à la mi-janvier » résume Claudine Buraud-Dudognon, à la tête de 11 hectares de vignes en Grande Champagne (pour 25 000 cols commercialisés par an).

Au démarrage d’un cycle de distillation, « pour la mise au courant, il faut tout ce qui brule vivement : piquets, ceps… À renouveler toutes les deux heures environ » rapporte la vigneronne, qui fait état d’une expérience de distillation multisensorielle : le crépitement du feu, l’odeur de la distillation, le goût du brouillis et de la bonne chauffe… Et ponctuellement le bruit métallique d’une chute de boîte en fer, collée à la cire sur le réchauffe vin pour indiquer l’arrivée de la vapeur : « les anciens mettaient des clochettes. Dès que l’on est alertés, on vient calmer l’intensité du feu avec des briquettes de charbon, des briquettes à vapeur comme pour les locomotives. Nous cherchons une distillation, pas un vin chaud » explique Claudine Buraud-Dudognon.

Défi

« Les seuls réglages à notre disposition pour gérer le feu sont l’apport de bois et l’arrivée d’air (avec une tirette et la portière) » ajoute son époux, Gérald Buraud. Ce qui rend la distillation particulièrement organique et technique. « Heureusement que l’on avait mon père, Raymond, pour nous apprendre. Je mets quiconque au défi de faire du Cognac avec ça ! » témoigne Claudine Buraud-Dudognon, qui a le souvenir d’un blocage inexplicable lors d’une précédente campagne de distillation : « on n’arrivait pas à distiller malgré la chauffe. Une voisine âgée nous a débloqué : il y avait un vent du Sud, empêchant l’appel d’air. »

Avec des cycles de 8 à 9 heures de distillation, chaque alambic réalise en 48 heures trois chauffes de vin et une bonne chauffe (pour avoir suffisamment de brouillis). « C’est un choix de travail : c’est un savoir-faire appris/transmis » note Claudine Buraud-Dudognon, qui estime qu’il n’y a plus qu’une poignée de vignerons « irréductibles » distillant au bois et au charbon : « on se compte sur les doigts d’une main ». Cette pratique ancienne « demande plus de travail et de présence » reconnaît Gérald Buraud . « Mon père distillait la nuit et passait à la taille le jour venu » se rappelle Claudine Buraud-Dudognon.

Foyer familial

Véritable foyer familial, cette distillerie à l’ancienne est actuellement transmise à son fils, Pierre Buraud. Apprenant à maîtrise la flamme, le jeune vigneron se compare à la norme charentaise : « les brûleurs à gaz et les automatismes sont plus confortables, on touche un bouton et on ferme une vanne. Nous c’est plus laborieux, mais nous n’avons pas le bruit du brûleur en fond continu. Jouer avec le feu, c’est hypnotisant. C’est reposant, c’est un autre rythme de travail. » Ça, « C’est parce que tu ne fais pas la nuit » réplique Claudine Buraud-Dudognon, glissant dans un clin d’œil que son mari, Gérald Buraud, a été tiré au sort pour être de garde nocturne.

Discrets sur l’impact qualitatif de leur chauffe à l’ancienne, les vignerons de la maison Dudognon indiquent tout au plus que leurs petits alambics permettent d’affiner leurs sélections. Notamment en préservant des eaux-de-vie de monocépages (si l’ugni blanc domine, le domaine dispose aussi de folle blanche et de montils). Se plaçant en gardien des traditions (comme l’absence de caramel et de boisé), la maison Dudognon ne se prive pas des outils modernes : de la production, avec l’inévitable machine à vendanger, à la commercialisation, avec l’arrêt prochain de la production de Pineau des Charentes.

Approvisionnement en charbon

Économiquement, une partie de cette distillation ne coûte rien (avec l’utilisation des piquets , marqueurs*, de ceps morts...), « comme Bernard Palissy pour faire de l’émail, on brûle notre maison pour faire du cognac » s’amuse Claudine Buraud-Dudognon, qui note que pour le charbon, « ce n’est pas meilleur marché que le gaz. Du moins avant l’augmentation actuelle de l’énergie ». Pour l’avenir, « le seul enjeu est le devenir de la méthode avec la difficulté de s’approvisionner en charbon. On n’en trouve pas, mais on n’ira pas se fournir en Chine ! » pose Pierre Buraud, qui cherche des solutions (comme avec des essais de bois compressé).

« Il y a encore un stock de briquettes en charbon dans la campagne. Mais il n’y plus production locale (depuis l’arrêt de l’usine de Tonnay-Charente). Nous avons encore trois années de stock, avec une tonne de charbon pour 100 hl de vin. Il faut trouver une solution pour maintenir le travail à l’ancienne » conclut Claudine Buraud-Dudognon.

 

* : Les tuteurs des jeunes plantations de vigne.

 

Photo :

 

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Tous les commentaires (1)
MG Le 27 novembre 2022 à 09:38:04
Pour le charbon, il faudrais voir avec les associations de sauvegarde du patrimoine ferroviaire.
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