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Le développement durable concerne toute la filière vin, même le conseil œnologique
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Exemple avec les laboratoires Rolland
Le développement durable concerne toute la filière vin, même le conseil œnologique

Qui a dit que la Responsabilité Sociétale des Entreprises n’était qu’un sujet viticole, à traiter dans les domaines ? Certainement par les laboratoires Rolland, qui lancent depuis Bordeaux une vaste réflexion sur leur modèle d’activité.
Par Alexandre Abellan Le 22 novembre 2022
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N’apportant pas de réponse définitive mais des réflexions progressives, la démarche RSE est partagé par le laboratoire Rolland et Associés. - crédit photo : DR
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our le laboratoire Rolland et associés (basé à Pomerol, Gironde), le changement, c’est maintenant. Ayant renouvelé en 2020 ses actionnaires et dirigeants avec le retrait progressif de ses fondateurs iconiques, Dany et Michel Rolland, l’entreprise utilise depuis la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pour se structurer face aux enjeux environnementaux, sociétaux et managériaux. « Nous ne voulions pas faire différent pour changer à tout prix, mais pour nous améliorer au vu des enjeux actuels. La RSE ne concerne pas que les clients, elle touche aussi les fournisseurs, salariés… Il faut se mettre à la page » pose Stéphanie Rolland, la directrice générale des laboratoires Rolland, fille de Dany et Michel Rolland. « Le changement de génération est une transition. Nous sommes toujours à taille humaine, mais le management est moins descendant et familial. La RSE arrive là-dessus pour professionnaliser et structurer » ajoute l’œnologue-conseil Julien Viaud, président et co-actionnaire du laboratoire (250 clients dans 15 pays, pour 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les analyses œnologiques et le conseil technique).

« On parle de management plus participatif, d’optimisation de modes de fonctionnement… Le management joue plus collectif » abonde Stéphanie Rolland, notant l’impact positif d’une réflexion et d’actions RSE. « La démarche existe dans beaucoup de secteur. Dans notre partie de conseil et d’analyse, elle est plus dans l’ombre, c’est assez nouveau. Nos confrères vont s’y mettre. C’est une démarche bénéfique à tout point de vue » souligne-t-elle, ajoutant qu’« en tant qu’acteur du circuit vigne et vin, à partir moment où l’ensemble des acteurs réfléchissent à des actions sociales et environnementales, il est évident que tous les maillons de la chaîne doivent s’y mettre. »

Chaîne d’engagement

« Dans la RSE, il faut une vision de filière. Il ne peut pas y avoir de maillon qui ne soit pas engagé. Avoir une chaîne d’engagement. C’est fondamental » confirme Yann Chabin, consultant RSE suivant le cabinet de conseil. Pour les laboratoires Rolland, l’objectif est de valider sa démarche RSE par l’obtention d’une certification ISO 26 000 en 2023. « Ce sera une reconnaissance de notre travail, mais ça ne s’arrêtera pas là. La certification est importante, mais la RSE est une réflexion qui permet d’avancer » indique Julien Viaud, pour qui le sujet environnemental s’est d’abord concentré sur la gestion des échantillons de vin (traitement des effluents, réduction de la consommation de l’eau pour le nettoyage des échantillons, gestion des produits chimiques…).

Pour le laboratoire, ces effluents se comptent en centaine d’hectolitres de vin et de moût (envoyés à la distillerie) ajoute son président. Avec 34 000 échantillons traités par an, l’entreprise a besoin de 2 000 bouteilles. Rolland et associés reste sur des bouteilles en verre, permettant la réutilisation après nettoyage et le recyclage en cas de casse note Marie-Line Prigneau-Bourgade, technicienne de laboratoire, qui note que les flacons de prélèvement réduisent leur volumen à 18 cl pour diminuer les effluent : « la RSE, c’est de l’amélioration continue » pointe-t-elle.

Réduction des consommations

Pour réduire les consommations en électricité, les locaux sont désormais éclairés avec des LED dotées de détecteurs de mouvement dans les couloirs indique l’œnologue Sophie Maltaverne, responsable du laboratoire et de la RSE. Un projet de pompe à chaleur est évoqué, ainsi que des poses de panneaux photovoltaïques fin 2023 à l’occasion de travaux de rénovation des toitures. En attendant, un bilan carbone global est lancé en ligne. « Notre point noir, ce sont les véhicules » pointe Julien Viaud, indiquant un basculement en cours des véhicules de l’entreprise vers des moteurs hybrides (essence et électrique).

La RSE est également l’occasion de formaliser certaines bonnes pratiques qui peuvent sembler relever de l’évidence, mais peuvent impliquer la responsabilité pénale des entreprises. « Nous sommes dans la formalisation avec la mise en place d’un cadre qui permet de connaître les risques » explique Marie-Line Prigneau-Bourgade. Sont finalisés un livret d’accueil des nouveaux arrivants (l’entreprise emploie 9 CDI, plus des CDD en renfort pendant les vendanges), des chartes sur l’alcool (pour avoir des éthylotests, une consommation responsable durant les dégustations et déjeuners…) et la conduite (pour les coursiers). Un règlement intérieur est également en cours de rédaction, il traitera notamment de la prévention des violences sexistes et sexuelles.

Faire d’une contrainte un atout

La RSE serait ainsi une façon de transformer la contrainte réglementaire en levier d’amélioration. « On ne voulait surtout pas tomber dans la lourdeur administrative avec la RSE » pointe Julien Viaud. « Il y a un enjeu de sens, cela permet d’améliorer et de protéger » confirme Marie-Line Prigneau-Bourgade. L’enjeu est de « faire d’une contrainte un atout » ajoute Yann Chabin, qui note l’obligation pour les TPE/PME de se doter de règlement intérieur, de document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), de charte informatique conforme au règlement général sur la protection des données (RGPD)… « Des obligations réglementaires par forcément connues, mais pouvant coûter cher s’il y a un souci » alerte le consultant.

Pour avoir du sens, la démarche RSE doit être un travail d’équipe rapporte Stéphanie Rolland. Une réunion mensuelle des salariés a été créée, permettant des discussions sur les valeurs et les visions de chacun explique Sophie Maltaverne, qui note des avancées sociales grâce à ces échanges et au nouveau management. L’équilibre entre vie privée et engagement professionnel s’est ainsi amélioré. « Précédemment, le laboratoire était ouvert de 7 heures du matin à 2 heures de la nuit suivante pendant les vendanges. Nous n’en avons plus l’envie et plus le besoin grâce à l’automatisation » déclare Julien Viaud, qui préfère l’efficacité au présentisme pour ce « métier saisonnier, nous passons un mois et demi de stress ». Une effervescence partagée par les clients du laboratoire, qui partagent les mêmes orientations RSE.

 

 

Historique des laboratoires Rolland

Fondés en 1973, les laboratoires Rolland ont repris l’activité œnologique de Jean Chevrier (pharmacien œuvrant depuis 1959). Dans les années 1980, le laboratoire se lance dans le conseil pour renforcer sa rentabilité. Des magasins indépendants sont lancés dans les années 1990. « Ce ne sont pas les mêmes entités, ni le même actionnariat » précise Stéphanie Rolland, notant que « beaucoup de laboratoires vendent des produits œnologiques qui permettent d’être plus facilement rentables. Les analyses œnologiques sont moins rentables : il faut investir pour être plus performant et efficace avec des travaux d’automatisation, d’innovation dans l’offre… »

En 2020, l’entreprise ouvre son capital à trois collaborateurs (Jean-Philippe Fort, Mikael Laize et Julien Viaud). Des investissements conséquents sont réalisés, de l’ordre de 200 000 € pour se doter de nouvelles machines rapporte Stéphanie Rolland, indiquant depuis des investissements annuels de 50 à 100 000 €/an pour de nouveaux outils (œnologiques, informatiques, etc.). « Des investissements nécessaires pour produire des analyses moins chères, plus fiables et plus efficaces » note la directrice générale, reliant modernité et compétitivité : « il faut l’être au vu du prix des analyses, courantes (sucre, alcool, sulfites…) et fines (éthylphénols, résidus de pesticides…) ».


 



 

 

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Tous les commentaires (2)
La rédaction Le 22 novembre 2022 à 15:14:47
Bonjour Sven O. Merci pour votre commentaire. N?hésitez pas à partager vos informations sur des pratiques et certifications durables dans des laboratoires ?nologiques. Il n?est pas question de rendre compte d?une première dans cet article, mais de faire état d?une approche et de réflexions encore rares en dehors de la production et de la commercialisation de vin. Bonne journée
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Sven O. Le 22 novembre 2022 à 15:07:53
Bonjour, il me semble qu'au moins un laboratoire oenologique de Gironde est déjà labellisé "RSE"... Il serait bon de se tenir informé lorsque l'on fait un travail de journalisme...
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