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Les vins d'Isère partent à la reconquête des surfaces et des cœurs
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Renaissance
Les vins d'Isère partent à la reconquête des surfaces et des cœurs

Depuis une douzaine d’années, des vignerons passionnés replantent des cépages autochtones sur les coteaux autrefois couverts de vignes. Lentement mais sûrement, avec le soutien des collectivités et des professionnels locaux, le vignoble isérois renaît de ses cendres.
Par Bérengère Lafeuille Le 12 novembre 2022
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Les vins d'Isère partent à la reconquête des surfaces et des cœurs
Des vignes à la reconquête des friches cet automne 2022. - crédit photo : Bérengère Lafeuille
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omme la météo, l’ambiance était au beau fixe pour la deuxième édition du « Salon des Vins de l’Isère et d’ailleurs », qui se tenait du 5 au 7 novembre à Montbonnot-Saint Martin (Isère). Après un week-end ouvert au grand public, ponctué de conférences et d’ateliers de dégustation, le lundi était réservé aux professionnels. Il se clôturait par le 11ème concours des vins de l’Isère.

« Environ 700 visiteurs et 150 acheteurs professionnels sont venus, évalue Wilfrid Debroize, président du syndicat des vins de l’Isère, qui regroupe 25 viticulteurs revendiquant l’Indication Géographique Protégée (IGP). Mais l’essentiel est qu’ils ont acheté du vin ! Chaque vigneron aura vendu en moyenne 4 à 5 000 € de vin, pour 150 € de frais engagés. Et tous ont pris des contacts. » Quelques 45 vignerons exposaient, les Isérois ayant invité des copains d’autres appellations. Pour la convivialité et pour limiter les frais, les invités étaient souvent logés chez les invitants. L’organisation conjointe du concours des vins, avec des aides des collectivités, a aussi aidé à contenir le budget.

Doux illuminés

Le palmarès du concours a été annoncé sous une pluie d’éloges, par un jury de trente professionnels (sommeliers, cavistes, œnologues…). Belle revanche pour un vignoble qui avait quasi-disparu du paysage et des mémoires. Passée son heure de gloire au XIXème siècle, la crise du phylloxéra et l’industrialisation de la vallée l’ont réduit de 33 000 ha à presque rien. Jusqu’à ce qu’une poignée de doux illuminés se mettent en tête de défricher les coteaux pour y réimplanter des cépages autochtones.

Depuis 2010, une vingtaine de domaines ont vu le jour, avec un âge moyen des viticulteurs à la création de 36 ans. « Le vignoble gagne 4-5 ha chaque année », indique Antoine Depierre, ancien sommelier qui a créé en 2013 le domaine Mayoussier sur 3 ha. Biodynamie, labour au cheval, réemploi des bouteilles : il a poussé loin la dimension environnementale. Comme l’ensemble du vignoble renaissant. « On essaie d’avancer ensemble sur la qualité et d’utiliser moins d’intrants », appuie Wilfrid, qui « espère que 80 % des domaines isérois seront bio d’ici 5 ans ». Pour entretenir la dynamique, le syndicat organise des sessions d’échanges, invite un œnologue…

Cépages patrimoniaux

Mais au-delà du label et des pratiques vitivinicoles, « la force de notre IGP vient de nos cépages patrimoniaux », affirme Wilfrid. Lui a recréé un domaine petit à petit à partir de 2010 autour d’un hectare de vieux cépages oubliés. Aujourd’hui, sur les 7 ha du domaine des Rutissons, la verdesse côtoie l’étraire de la dui, le persan, le joubertin, le sarvanin… L’IGP autorise une dizaine de cépages blancs et autant de rouges : quelques classiques (pinot noir, syrah, viognier…) et beaucoup d’autochtones, sans minimum imposé. « Ces cépages et la diversité de nos terroirs et du relief donnent à nos vins leur typicité, souligne Wilfrid. Leur fraîcheur aussi : une qualité que l’on commence à nous envier face au changement climatique. Des vignerons des Côtes du Rhône veulent maintenant investir dans l’Isère ! »

Mais le foncier, relativement peu cher car dur à exploiter, est rare. « On travaille avec les collectivités pour recenser et reconquérir le foncier disponible, notamment en coteaux », explique le vigneron. Divers dispositifs sont expérimentés. La mairie de Crolles a créé une Association Foncière Agricole (AFA) afin d’obtenir des aides au débroussaillement : une parcelle a ainsi été défrichée au bénéfice d’un vigneron, qui y plantera des vignes pour produire du vin IGP. A Voreppe, la commune a lancé un appel à projet pour créer une ferme viticole sur 5 ha, avec un logement mis à disposition et la possibilité de construire un chai. « Mais entre la plantation et la première récolte, il se passe trois ou quatre ans sans rentrée d’argent et avec des frais : c’est un gros frein, surtout pour l’installation hors cadre familial, soulève Wilfrid. On va donc tester un dispositif où le viticulteur serait ponctuellement salarié de la commune, pour des tâches adaptées à ses compétences et ses disponibilités, pendant les premières années. Il aura ainsi un revenu minimum garanti. »

Appuis

Le département et la chambre d’agriculture sont aussi engagés aux côtés du syndicat de l’IGP Isère. Une charte a été signée en 2020 par les trois structures, pour trois ans reconductibles. Le département apporte un soutien financier, la chambre un appui administratif. « Les vignerons peuvent toucher une aide de 6 000 €/ha, plafonnée à 10 000 €/an, pour planter des cépages autorisés par l’IGP, détaille Wilfrid. L’achat de matériel d’occasion, non éligible aux fonds européens, est aussi aidé jusqu’à 20 000 €/an par la Région et le Département. Cela peut couvrir 40 % de l’investissement avec un bonus de 20 % en bio. »

Dernier chantier lancé, celui de la promotion d’un vin qui a longtemps souffert d’invisibilité, voire d’une mauvaise image. Paradoxe de l’appellation : son marché se divise entre l’ultra-local et l’export (Amérique du Nord, Japon, Scandinavie…). « On voit un réel engouement », observe Wilfrid Debroize. Même verdict d’Antoine Depierre, dont les bouteilles se retrouvent à la carte de restaurants grenoblois et sur les belles tables de Tokyo et New York. Mais il faut s’assurer que le marché grandira au même rythme que les surfaces. D’où le réseau d’ambassadeurs professionnels lancé en 2021. Ces derniers (cavistes, restaurateurs ou influenceurs) s’engagent pour trois ans à promouvoir des domaines isérois. Lesquels, en contrepartie, communiquent sur ces professionnels et participent à des animations à leurs côtés.

 

 

Repères

Le département de l’Isère compte une soixantaine d’exploitations viticoles pour quelques 300 ha de vignes. Trois appellations y sont produites : l’AOC Savoie sur une commune frontalière (une trentaine de vignerons sur 190 ha), l’IGP Collines Rhodaniennes sur les Coteaux de Vienne (une quinzaine de vignerons sur 40 ha) et l’IGP Isère (environ 25 vignerons sur 65 ha). Cette dernière, reconnue en 2011, a supplanté les deux dénominations de Vins de Pays Balmes dauphinoises et Coteaux du Grésivaudan. Elle concerne des vins tranquilles rouges, rosés et blancs.

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