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Bourgognes et champagnes pourront dépasser le rendement butoir en 2022
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Millésime exceptionnel
Bourgognes et champagnes pourront dépasser le rendement butoir en 2022

Le principe d’un dépassement exceptionnel des plafonds de production en appellation est acté par le comité national des vins AOC. Devant répondre à des critères précis, les demandes individuelles seront étudiées en novembre.
Par Alexandre Abellan Le 09 septembre 2022
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Bourgognes et champagnes pourront dépasser le rendement butoir en 2022
En pleines vendanges, le virage du rehaussement des rendements au-delà de la limite butoirs est pris après avoir été bien négocié. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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ébat rendement mené ce 8 septembre au comité national des vins AOP de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). L’agora du vignoble d’appellation valide le principe d’un dépassement exceptionnel du rendement butoir pour le millésime 2022 (dans la limite de 7 % du rendement ou de 5 hl/ha mis en réserve) au bénéfice des vignobles justifiant d’une vendange exceptionnelle (quantitativement et qualitativement) succédant à une récolte déficitaire (a minima -20 % de pertes liées à un aléas climatique reconnu par arrêté de catastrophe naturel) et à une mobilisation conséquente des réserves (-35 % des volumes pour répondre à la demande d'approvisionnement des marchés). L’INAO précise que des contrôles seront renforcés sur la qualité (documentation sur les maturités des raisins et suivi organoleptique des vins) et que les volumes supplémentaires dégagés serviront à remplir des réserves, qu’elles soient interprofessionnelles ou individuelles (Volume Complémentaire Individuel, VCI). Un temps évoqué, le critère d'encadrement de la chaptalisation a été abandonné, afin de répondre à l'urgence du millésime (les demandes ont été formulées en juin dernier) et au cas particulier d'une demande dérogatoire pour ce seul millésime (avec le contexte particulier de la vendange déficitaire passée et de la généreuse récolte à venir) précise Christian Paly, le président du comité national vins AOP.

Sous conditions strictes, cet accord de principe est théoriquement ouvert à toutes les appellations françaises en faisant la demande lors du comité national de novembre prochain. En pratique, peu de vignobles se préparent à un dépassement des rendements de base ce millésime marqué par une succession d'aléas climatiques (gel, grêle, sécheresse...). Cet été, ils étaient trois vignobles à pousser cette demande inédite : la Bourgogne, la Champagne et la Savoie. Ce dernier bassin viticole s’est finalement retiré des discussions, car « le ministère a imposé une condition tellement contraignante sur la baisse de rendement global que le dispositif n’est pas accessible pour les vins de Savoie malgré des pertes conséquentes » indique Alexis Martinod, le directeur du Syndicat Régional des Vins de Savoie, qui demandait une hausse de 2 hl/ha pour les vins blancs de Savoie afin de reconstituer le VCI mis à contribution l’an passé (il est tombé à 2 000 hl aujourd’hui, contre 8 000 hl avant le gel du printemps 2021). Sans amertume, Alexis Martinod note que les discussions avec le ministère et l’INAO auront permis d’esquisser de nouveaux outils qui pourraient être mobilisables à l’avenir : « on n’en est qu’au début ».

Reconstituer de la réserve

De son côté, « la Champagne rentre totalement dans les clous et pourra bénéficier de 7 % d’augmentation de son plafond, à 1 000 kg de raisins supplémentaires par hectare » indique Maxime Toubart, le président du Syndicat Général des Vignerons de Champagne (SGV), qui « pense à tous les vignerons qui vont pouvoir reconstituer de la réserve » pour appréhender plus sereinement le prochain millésime, alors que les années se suivent et ne se ressemblent pas : de « 2021, année la plus horrible vécue en 70 ans » à « 2022, l’année la plus belle depuis 70 ans ». N’ayant pas ménagé sa peine pour obtenir ce dépassement, le vigneron champenois salue la réactivité de l’INAO dans ce dossier.

Félicitant également la mobilisation des services de l’administration, Thiébault Huber, le président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB) se déclare « très content et satisfait. Le déplafonnement est demandé par 4 Organismes de Défense et de Gestion (ODG) : Bourgogne, Chablis, Mâcon et Hautes Côtes de Beaune ». Toutes les demandes envisagées seraient possibles*. « Ce sera à réfléchir pour un outil plus pérenne » note Thiébault Huber. Le vigneron de Meursault pointant que ce déplafonnement de rendement s’inscrit pour l’instant dans un régime dérogatoire, et qu’un travail sur un futur décret permettrait de mettre à profit les millésimes exceptionnels dans le cas de « bonnes maturités, bons rendements et stocks bas », pour avoir la possibilité d’adapter plus facilement les limites de rendements. « Pourquoi pas » esquisse Christian Paly, notant que toute dérogation pérenne au Code Rural doit nécessiter des réflexions dans la sérénité et non dans l'urgence. Ne pouvant se faire qu'à l'aune des expériences de 2022, les futurs projets d'adaptation du rendement butoir s'inséreraient dans la stratégie d'adaptation de la filière vin au changement climatique. Ce « qui passe par des évolutions réglementaires sur l'encépagement, le rendement, l'irrigation, la désalcoolisation » indique Christian Paly.

Comité de novembre

Le texte adopté par le comité national doit désormais être repris dans un décret des ministères de l’Agriculture et des Finances, afin que les demandes spécifiques des AOC candidates puissent être étudiées au comité national du 30 novembre, selon les demandes des Organismes de Défense et de Gestion indique Caroline Blot, la responsable des vins au sein de l’INAO.

 

 

* : Ces appellations de vins blancs sont Bourgogne (rendement autorisé de 68 hl/ha avec 7 hl/ha de VCI +5 hl/ha de dépassement en VCI), Bourgogne avec dénomination géographique (rendement autorisé de 66 hl/ha avec 7 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI), Coteaux Bourguignon (rendement autorisé de 72 hl/ha avec 7 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI), Bourgogne Hautes Côtes de Beaune et de Nuits (rendement autorisé de 66 hl/ha avec 6 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI), Bourgogne Aligoté (rendement autorisé de 72 hl/ha avec 3 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI), Bourgogne Côte d’Or (rendement autorisé de 66 hl/ha avec 7 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI), Chablis (avec un rendement autorisé de 60 hl/ha + 10 hl/ha de VCI et 2 hl/ha de dépassement en VCI), Petit Chablis (rendement autorisé de 60 hl/ha avec 10 hl/ha de VCI + 2 hl/ha de dépassement en VCI), Chablis Premier Cru (rendement autorisé de 58 hl/ha avec 10 hl/ha de VCI + 2 hl/ha de dépassement en VCI), Mâcon (rendement autorisé de 70 hl/ha avec 5 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI), Mâcon Villages (rendement autorisé de 68 hl/ha avec 7 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI) et Mâcon avec nom de commune (rendement autorisé de 66 hl/ha avec 7 hl/ha de VCI + 5 hl/ha de dépassement en VCI). Pour les AOC Bourgogne régional en rouge un VCI est ouvert pour la première fois ce millésime 2022, avec une baisse du rendement autorisé de 2 hl/ha par rapport au plafond pour donner plus d’espace au VCI (en dessous du butoir).

 

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Tous les commentaires (1)
JFD Le 18 septembre 2022 à 21:00:30
Il est vrai que 2021 a été tellement difficile dans la plupart des vignobles de France, qu'il fallait bien rentrer la vendange 2022 d'une qualité exeptionnelle et un rendement qui pouvait nous permettre de reconstituer notre VCI qui a été bien imputé l'année dernière. Quand nous pourrons le refaire quand se sera necessaire, nous redemanderons une dérogations si besoin. Nous voyons bien toute l'utilité d'une réserve de type VCI qui nous permet de palier en cas d'année déficitaire. Ce type de VCI, devrait être généralisé à tout les vignobles, ce qui éviterait les assurances récoltes honnéreuses dont les clauses ne sont pas toujours bien claires pour les indemnisations. Le VCI pour moi est une assurance simple et facile à mettre en place par les interprofessions. Le HIC c'est qu'il faut de la place pour stocker les vins.
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