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Point de situation
Encourageant pour les blancs, poussif pour les rouges, les vins de Bergerac entre deux eaux

Malgré de sorties de chais satisfaisantes, les cours des vins rouges restent bas pour les vins de Bergerac. Les indicateurs commerciaux sont plus favorables pour des vins blancs attractifs en grande distribution. L'interporofession veut renforcer l'ancrage local de la production du bassin.
Par Olivier Bazalge Le 11 avril 2022
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Encourageant pour les blancs, poussif pour les rouges, les vins de Bergerac entre deux eaux
Monbazillac produit les vins liquoreux défendus par l'interprofession des vins de Bergerac Duras - crédit photo : DR
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ntre Dordogne et Lot-et-Garonne, l’interprofession des vins de Bergerac Duras (IVBD) représente depuis 2014 les différentes familles de la viticulture des dix appellations locales. Touchées de manière hétérogène par le gel, ces zones de production ont produit 425 000hl en 2021, soit une baisse de 8% par rapport à un millésime 2020 qui restait loin des 527 000hl produits en 2018.

« Les contractualisations se portent bien », précise d’emblée Pierre-Henri Cougnaud, directeur de l’IVBD, relevant même « une légère augmentation alors que la campagne précédente était déjà plutôt bonne. Elles se situent donc à un niveau correct par rapport à la moyenne des cinq dernières années ».

Bon ryhme de sorties

Les vins rouges représentent presque la moitié des volumes (200 000hl) produits en 2021 sur l’aire couverte par l’IVBD, en majorité grâce aux Bergerac et côtes de Bergerac rouges, qui atteignent à eux seuls 149000 hl. « C’est peut-être un peu juste pour la campagne », selon le directeur de l’IVBD, les sorties de chai de ces vins s’étant élevées à 148000hl lors de la campagne 2019/2020, 157000hl pour 2020/2021. « Nous vendons ce que nous savons produire, et le volume des rouges va donc tout juste permettre d’assurer les besoins du marché, avec peut-être quelques tensions selon le contexte. Le négoce est d’ailleurs un peu inquiet et surveille de près le rythme de ces sorties. Nous ne sommes qu’à 18 mois de stocks, il sera donc important d’avoir une récolte correcte en 2022 pour ne pas se retrouver en tension sur nos marchés», relève-t-il. Les stocks des côtes de Duras rouges sont quant à eux dans les valeurs attendues.

Les cours de cette campagne vont en s’améliorant, « mais restent cependant dans des tranches trop basses, de l’ordre de 850 à 950€/tonneau, alors que les opérateurs produisant des Bergerac rouges ont besoin de cours supérieurs à 1000€/tonneau », reprend le directeur. Les cours sont plus favorables pour les côtes de Duras, ceux-ci étant bien moi dépendants de la contractualisation, « environ 20% des volumes, tout le reste est vendu directement. Il y a une cave coopérative importante qui est un opérateur essentiel aux côtés d’un tissu de vignerons indépendants très dynamiques », précise Pierre-Henri Cougnaud.

Alors que les marchés des rouges sont globalement similaires à ceux des Bordeaux voisins, Pierre-Henri Cougnaud appuie tout de même que la bonne dynamique de sorties de chais lève une grande partie des inquiétudes.

Fournir les marchés

50000 hl de vins rosés sont également produits entre Bergerac et les côtes de Duras, et 40% de la récolte 2021 (176 000hl) va vers les vins blancs secs, moelleux et liquoreux. « Les productions de blancs secs et moelleux sont quasiment égales, 64000hl chacune, et Monbazillac a produit 50000hl de liquoreux en 2021, contre 55 à 60000hl habituellement, plus en raison d’un mauvais printemps et de la pourriture aigre plutôt que le gel », affine le directeur.

Il précise toutefois que les disponibilités faibles (moins d’un an de stocks) des moelleux, liées à une demande favorable, pourraient conduire les producteurs à des arbitrages pour orienter leur prochaine récolte vers les moelleux plutôt que les blancs secs. « Ces derniers bénéficient pourtant eux aussi d’une bonne dynamique, il faut donc rester très vigilant à une baisse de notre offre qui pourrait nous faire perdre des marchés que nous ne pourrions pas fournir », prévient Pierre-Henri Cougnaud.

Essentiellement produits à Bergerac, presque 60% des vins blancs moelleux sont commercialisés en vente directe, « la grande distribution occupant une part importante des débouchés, à hauteur de 47%. C’est d’ailleurs valable pour l’ensemble des vins blancs, qui y ont progressé de 9% », souligne le directeur de l’IVBD. Sur le marché vrac, le cours des vins blancs secs se situe au même niveau que celui des rouges, 850 à 950€/tonneau. Le prix des blancs moelleux se stabilise depuis plusieurs années autour de 1000€/tonneau, confirmé par la campagne en cours, « ce qui serait un prix correct pour les producteurs si les rendements étaient réguliers et supérieurs à 55hl/ha. Dans le contexte actuel, le point d’équilibre permettant de l’investissement se trouve plutôt à 1200€/tonneau », avise Pierre-Henri Cougnaud.

Lien fort de nos vins avec le territoire

Il note également que les vins blancs secs ont du mal à trouver leur clientèle à l’export, « qui reste le point noir des vins de Bergerac Duras, avec un peu moins de 10% des volumes commercialisés à l’étranger, c’est un point sur lequel nous ne sommes pas bons ».

Côté vignoble, le potentiel de production est resté relativement stable depuis 2017, quasiment à l’équilibre entre les variétés blanches et noires, « ce qui est un marqueur historique de notre bassin, alors que Bordeaux s’est beaucoup plus orienté vers le merlot depuis plusieurs décennies ».

L’interprofession garde donc son cap essentiel, visant à obtenir une meilleure valorisation pour la production, même si elle ne dispose pas d’un budget de promotion important. « Il y a un ancrage et un lien fort de nos vins avec le territoire du Périgord, mais aussi les marqueurs du Sud-Ouest, grande famille au sein de laquelle nous sommes largement identifiés en grande distribution. Notre communication s’articule donc autour de ces axes locaux en lien avec le patrimoine, l’attractivité de la Dordogne et l’œnotourisme », conclut Pierre-Henri Cougnaud

 

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